Algérie, les réfugiés syriens sous surveillance

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Préoccupés par la montée en force de Daech à ses frontières libyenne et tunisienne, l’Algérie renforce la surveillance d’internet et des quelques 12 0000 réfugiés syriens présents sur son territoire

Nous sommes à Gué de Constantine. L’une des banlieues les plus populaires d’Alger. C’est dans cette banlieue que se trouve le fameux bidonville Remli. Plus de 5000 familles s’entassent dans des constructions précaires et des baraques construits avec tôles et des déchets de matériaux de construction. Officiellement les autorités de la wilaya d’Alger s’affairent pour construire des logements neufs pour reloger toutes ces familles. Mais, le programme tarde. Et toutes les familles ne pourront pas relogées dès la livraison de futures cités de logements sociaux construits par des entreprises chinoises autour de la capitale algérienne.

Les connexions dangereuses 

Des logements neufs pour affronter la misère et diminuer la pauvreté ? Pas seulement. Dans cette banlieue populaire, l’exclusion sociale profite au terrorisme et au djahidisme islamiste. Après les émeutes et la délinquance, les jeunes de «Remli» et des autres quartiers précaires de Gué de Constantine, Ain Naâdja, Bourouba et Eucalyptus sont de plus en plus séduits par la propagande de Daech. Une propagande diffusée essentiellement sur Internet.

Et internet, ce vaste espace mondial fait réellement paniquer les autorités algériennes qui viennent de décider de tout faire pour contrôler les agissements des jeunes internautes algériennes. Une scène témoigne de ce nouveau dispositif mis en place par les renseignements généraux de la police algérienne : l’arrestation musclée en plein mariage de trois jeunes qui ont été identifiés après avoir fréquenté pendant de longues nuits un cybercafé où ils se sont connectés très assidument à des forums djihadistes gérés par les services de communication de l’organisation Etat Islamique (DAECH).

Et comme par hasard, la scène s’est produite la semaine passée dans une cité de Gué de Constantine. Une dizaine d’arrestations ont été recensées à travers les banlieues populaires de toute la capitale algérienne, nous révèlent des sources policières algériennes. La chasse aux recrutements de Daech a été lancée au lendemain de l’attaque sanglante contre le musée Bardo de Tunis en mars dernier. Cette croisade sécuritaire a redoublé de férocité après le carnage de Sousse, indiquent nos sources. Tous les moyens ont été mobilisés : caméra cachée, mise sous écoute téléphonique, filature et déploiement d’agent civil d’infiltration, les renseignements généraux algériens ne lésinent pas sur les moyens pour démanteler la moindre cellule de Daech en cours de constitution à Alger.

Un véritable plan a été élaboré ces trois derniers mois. Plus de 500 agents et enquêteurs équipées de voitures balisées et de moyens de télécommunications les plus sophistiquées ont été dépêchés sur le terrain. Leur mission ? Infiltrer les quelques 3000 cybercafés de la capitale et repérer les fidèles abonnés aux sites djihadistes. Des rapports quotidiens sont établis. Des fiches de chaque jeune suspect sont réalisées et archivées. Elles sont étudiées minutieusement et les chefs de la police algérienne décident ensuite s’il faut procéder à une arrestation ou s’il faut patienter encore le temps de débusquer la preuve irréfutable prouvant un lien concret avec l’organisation Daech.

Des recruteurs parmi les réfugiés syriens 

Mais il n’y a pas que les cybercafés qui sont surveillés à Alger. De nombreux réfugiés syriens sont également pistés. Officiellement, l’Algérie a abrité depuis le début de la guerre civile syrienne entre 12 et 13 mille réfugiés syriens. A Alger, ils seraient entre 6000 et 7000. Les services de sécurités algériens ont identifié certaines catégories «suspectes» parmis ces réfugiés. Ils les surveillent de près car ils sont soupçonnés de «rouler clandestinement» pour des groupes djihadistes syriens, nous apprend une autre source sécuritaire à Alger.

«Ils achètent étrangement beaucoup de biens immobiliers, ils louent des magasins, font du commerce et fréquentent beaucoup les 55 mosquées salafistes que nous avons recensé. Nous croyons qu’ils veulent récupérer les salafistes les plus extrémistes pour les convaincre d’aller se battre en Syrie ou de basculer dans la lutte armée ici en Algérie», confie notre source.

Face à ce danger, toute une brigade des services secrets algériens, a été mobilisée. Filature, infiltration et surveillance accrue, l’objectif est d’empêcher des Algériens de se faire recruter par ces syriens envoyés en Algérie par des groupes alliés à l’Etat Islamique. Les agents algériens ont été instruits de ne plus reproduire l’erreur commise l’été de l’année dernière lorsqu’un certain Derri Mohamed, le leader de la filière djihadiste qui recrute des Algériens pour aller se battre en Syrie contre le régime de Bachar Al-Assad, a pu échapper à leurs filets au moment il allait être arrêté et placé sous mandat de dépôt. Quelques semaines plus tard, cet enfant des Eucalyptus, une autre banlieue difficile d’Alger, est devenu l’un des égorgeurs les plus redoutables de Daech et ses vidéos qui témoignent de ses exécutions sommaires ont révulsé toute l’Algérie.

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