Les troublants secrets d’un général algérien en fuite, Ghali Belkecir

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En fuite en France et en Espagne depuis l’été 2019, le général Ghali Belkecir, ex-patron de la Gendarmerie nationale algérienne est accusé de « haute trahison » par la Cour Militaire de Blida.
 
 
 
Les gendarmes du général Belkecir menaient les enquêtes judiciaires contre les adversaires de l’ex chef d’état major  Gaid Salah
 
Pour la première fois de l’histoire de l’Algérie, un officier supérieur de l’Armée, le général Ghali Belkecir, qui était à la tète de la Gendarmerie, est mis en cause pour… « Haute trahison », le chef d’inculpation le plus gravissime qui soit au sein de l’institution militaire. Du lourd !
 
L’instruction judiciaire avait débuté à la fin du mois de juillet 2020 lorsque les autorités turques avaient extradé vers l’Algérie l’adjudant-chef Guermit Bounouira, ancien secrétaire particulier du défunt Chef d’Etat-Major Ahmed Gaid Salah et détenteur des secrets les mieux gardés de la République algérienne de ces deux dernières années. Or c’est ce jeune sous officier qui, au départ d’une carrière aussi fulgurante que brève, aura suscité, dès 2013, le rapprochement entre Ghali Belkecir et Ahmed Gaid Salah, alors sous les ordres de l’ex Président Bouteflika…
 
L’influence de Guermit Bounouira sur l’ex-puissant patron de l’armée algérienne n’avait aucun équivalent. On se perd encore aujourd’hui en conjectures sur la confiance que le vieux militaire plaçait dans ce jeune et élégant sous officier pour qui il nourrissait un sentiment quasi paternel. Jusqu’à sa disparition le 23 décembre 2019, Gaïd Salah lui avait confié l’organisation de son agenda. Plus encore, l’ex patron de l’armée partageait tous ses dossiers les plus sensibles avec Guermit Bounouira. Lequel conservait  l’essentiel de cesinformationst sur une clé-Usb, véritable boite noire du système de pouvoir en Algérie. 

Le dossier de cocaîne, formidable levier judiciaire

Revenons au patron de la gendarmerie que Gaid Salah eut l’intelligence de transformer en un allié inconditionnel. Le général Belkecir est ainsi devenu le bras armé judiciaire du chef d’état major. C’est sur la base d’enquètes de la gendarmerie que le puissant patron de la police et possible dauphin d’Abdelaziz Bouteflika, le général Abdelghani Hamel, a pu être condamné et emprisonné. 
 
Avec l’affaire de la cocaïne durant l’été 2018, la machine judiciaire s’emballait. Ce dossier était géré de bout en bout par les services du général Ghali Belkecir, provoquant l’élimination d’un certain nombre de généraux hostiles à Gaid Salah, tels Habib Chentouf ou Said Bey, deux anciens poids lourds de l’Etat-Major de l’Armée algérienne.
 
Dans les mois qui ont suivi le départ du pouvoir de Bouteflika, le général Belkecir occupe une place de plus en plus centrale. Sauf que sa volonté compulsive d’enrichissement personnel a fini par surprendre Gaid Salah, qui sans être un prix de vertu, n’a jamais eu l’obsession de l’argent. Durant l’été 2019, le chef gendarme est mis dehors. « Quitte le pays, lui conseille le chef d’état major, car si tu restes, je t’envoie en prison ».

Quelques biens immobiliers en Europe

Disposant d’une fortune accumulée de 2014 à 2019, Ghali Belkecir s’installe alors entre l’Espagne et la France. Ce haut gradé disposerait d’une luxueuse villa à Malaga. Ses deux filles possèdent un appartement dans le 16e arrondissement (voir le document ci dessous). Un prestigieux cabinet d’avocats parisien veille sur ses intérêts. 
 
 
Les services secrets turcs ont « cuisiné » le secrétaire particulier de Gaid Salah avant de l’extrader vers Alger
 
Quant à Guermit Bounouira, le secrétaire particulier de Gaïd Salah, il s’était réfugié en Turquie durant l’été 2020. Ce qui fut une aubaine pour les services secrets turcs qui l’ont « cuisiné » sur les coulisses de l’Armée algérienne. Autant d’informations compromettantes en possession également du général Ghali Belkecir qui les a distillées aux services occidentaux à Paris et à Madrid

La Turquie, intermédiaire obligé

Les services algériens qui finissent par localiser Bounouira à Istanbul vont rapidement demander au président Tebboune d’obtenir de son homologue, le président Erdogan l’extradition du « traitre ». Les Turcs démentent tout d’abord la présence du jeune militaire en Turquie. Au départ, ils avaient l’intention de l’utiliser pour informer les leaders de la nébuleuse islamiste algérienne qu’ils soutiennent discrètement. L’ex diplomate algérien réfugié au Royaume-Uni, Larbi Zitout, devait se déplacer en Turquie au mois d’août 2020 pour rencontrer officiellement le militaire en fuite.
 
Les Algériens font alors pression pour obtenir l’extradition de Bounouira. A la clé, des contrats importants pour les entreprises turques dans le bâtimente, près de 2 milliards de dollars. L’accord est conclu, l’officier algérien est renvoyé à Alger fin juillet 2020. Début aôut, les services algériens laissent filtrer  l’information sur ce retour attendu pour mettre en avant leur supposée efficacité. En fait, ce sont clairement les services turcs qui ont réussi un joli coup qui leur permet d’exercer toutes sortes de chantages sur l’Algérie.  
 
La famille du général Belkecir possède dans les quartiers résidentiels parisiens un agréable appartement via la SCI « Mimosa »
 
Auditionné longuement, Bounouira passe aux aveux. Lui et le général Belkecir à Paris avaient en leur possession suffisamment de secrets sur l’Etat-Major de l’Armée algérienne pour susciter des divisions au sein de l’armée algérienne, déstabiliser Said Chengriha et espérer enfin  reprendre un certain contrôle sur le pouvoir à Alger. 
 
Ces informations mettent l’Élysée et la diplomatie française dans une grande gêne. En Algérie, l’entourage du nouveau Chef d’Etat-Major Said Chengriha reproche aux autorités françaises d’avoir protégé le général Ghali Belkecir et son épouse, l’ex-présidente de la Cour de Tipaza, Fatiha Boukhers. Des contacts  sont initiés entre le ministère de la Défense nationale et l’attaché de défense de l’ambassade de France à Alger pour obtenir l’ expulsion de l’ancien patron de la gendarmerie. Officiellement, les autorités françaises nient toute relation avec Belkecir.
 
Depuis, le patron de l’armée algérienne, Said Chengriha, ne décolère pas. Il exige du Président Tebboune, au mieux avec Emmanuel Macron, de faire pression sur les Français pour qu’ils lâchent le général Belkecir.
 

Une atmosphère de fin de règne 

Le président algérien n’ignore pas que le retour de Belkecir en Algérie fera l’effet d’une bombe. C’est ce dernier en effet qui a fait mettre en prison en juin 2018 son propre fils, Khaled Tebboune qui apparaissait dans des vidéos compromettantes en compagnie du principal accusé du scandale de la cocaïne du Port d’Oran, le milliardaire Kamel Chikhi, alias « le Boucher ».
 
De quelles marges de manoeuvre dispose le président Tebboune, politiquement affaibliet contesté par le Hirak, face à une institution militaire qui l’a fait roi? Une passionnante partie d’échecs a débuté. La tête de Belkecir est sur l’échiquier. Avec la France dans le rôle de l’arbitre.
 
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