Les présidents Biya et Obiang ont perdu leurs éminences grises

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A deux jours d’intervalle, loin de leurs pays car hospitalisés pour une longue maladie, le Camerounais Martin Belinga Eboutou et l’Equato-guinéen Antonio Mba Nguema Mikue sont décédés en emportant avec eux les secrets de la longue gouvernance de Paul Biya (36 ans) pour le premier et de Teodoro Obiang Mbasogo (39 ans), pour le second.

Ces deux serviteurs de l’ombre, peu connus à l’international, qu’ont été Martin Belinga Eboutou et Antonio Mba Nguema Mikue avaient de nombreux points communs.

Le Richelieu camerounais

Martin Belinga Eboutou, éminence grise du président camerounais

Martin Belinga Eboutou (79 ans) est décédé à Genève le 8 mai 2019, après une année d’hospitalisation qui avait mis un terme, le 2 mars 2018, à ses importantes fonctions de directeur du cabinet civil du président camerounais. Cet habile et fin diplomate était devenu le bras droit de Paul Biya pendant une dizaine d’années. Le quasi mandataire de son ancien confrère du séminaire catholique d’Akono avait mis en oeuvre, sans sourciller et avec une fermeté intransigeante, la Raison d’Etat qui s’est notamment traduite par l’Opération Épervier, destinée officiellement à lutter contre les détournements et la corruption mais plus concrètement à consolider le pouvoir de Paul Biya. De part sa formation ecclésiastique et son sens politique, Martin Belinga Eboutou était bien dans la lignée du cardinal de Richelieu qui, en France, se mit au service du Roi Louis XIII pour renforcer le pouvoir monarchique.

L’ ange gardien du Président Obiang

Antonio Mba Nguema Mikue, ministre de la Guinée équatoriale à la sécurité présidentielle

Antonio Mba Nguema Mikue ( 68 ans ) est décédé, le 6 mai 2019, en Afrique du Sud où il était hospitalisé. Demi-frère du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, le Capitaine général des Forces armées – plus haut grade de l’armée équato-guinéenne – était ministre d’État à la présidence chargé de la sécurité présidentielle, après avoir été successivement, depuis 1992, directeur général de la sécurité nationale et ministre de la Défense. Il avait la mainmise sur l’armée, la police et les services de renseignements. D’une loyauté totale envers le chef de l’État, il a été l’instigateur des principales purges au sein du parti au pouvoir, le parti démocratique de Guinee équatoriale, et des rudes répressions des opposants au président Obiang. Antonio Mba Nguema Mikue entretenait les meilleures relations avec Martin Belinga Eboutou.

Deux Fangs, hommes de l’ombre

Comme Paul Biya et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, leurs deux plus proches collaborateurs étaient originaires de la même région de peuplement. Paul Biya et Martin Belinga Eboutou sont nés dans le département de Dja-et-Lobo, à proximité de la frontière avec la Guinée Equatoriale. Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et Antonio Mba Nguema Mikue sont nés près de Mongomo au nord de la région continentale du Rio Muni, à environ 300 km de distance des lieux de naissance de leurs homologues Camerounais. Appartenant au groupe ethnique Fang, les deux chefs de l’État et leur éminence grise pouvaient s’exprimer en toute compréhension dans leur langue régionale, aux mêmes racines linguistiques : le Bulu pour les deux Camerounais et le Ntumu pour les deux Équato-guinéens.

Au-delà des mêmes valeurs culturelles en partage, les deux chefs de l’État et les deux récents défunts ont été élevés dans la religion catholique. Si Paul Biya s’est éloigné de l’Église catholique, il n’en est pas de même du président Obiang qui est demeuré un catholique pratiquant, même si sa pratique du pouvoir prend des libertés avec l’Évangile. Son demi-frère et Martin Belinga Eboutou sont restés attachés à la foi catholique. Martin Belinga Eboutou, diplômé en droit canon, entretenait des relations particulieres avec la hiérarchie épiscopale camerounaise, comme en témoigne l’hommage du cardinal Tumi, à l’annonce de son décès. 

La disparition de Martin Belinga Eboutou, même s’il n’était plus aux affaires à Yaoundé, et de Antonio Mba Nguema Mikue va marquer les deux chefs de l’État, au crépuscule de leur pouvoir autocratique. En revanche, les deux premières dames, la Camerounaise  Chantal Biya et l’Équato-guinéenne Constancia Mangue Nsue Okomo vont pouvoir accroître leur emprise sur l’appareil d’État et s’investir davantage dans la succession de leur époux, âgé de 86 ans pour Paul Biya et de 77 ans pour Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Elles devront néanmoins avoir en mémoire la même ambition qu’avait eue Grâce Mugabe, avec le retentissant échec que l’on connaît.

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