Les Gardiens de la révolution, piliers du régime iranien 

Depuis les années 1980, cette armée idéologique a acquis un poids et une influence considérable dans tous les rouages de la République islamique mais aussi dans plusieurs pays du Moyen-Orient.

Ils sont reconnaissables à leurs uniformes et casquettes verts. Les Gardiens de la révolution (appelés « Pasdaran » en persan) sont nés presque en même temps que la République islamique d’Iran. En 1979, après que la révolution a chassé le chah, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, devient le premier Guide suprême du pays. Craignant alors un coup d’état de l’armée, il décide quelques semaines après sa prise de pouvoir de fonder un corps militaire chargé de protéger et sauvegarder les acquis de la révolution : les Pasdaran.

Ils se sont très vite faits connaître auprès de la population iranienne. Ce sont eux qui ont été envoyés sur le front durant la guerre Iran-Irak (1980-1988). Depuis, les Pasdaran n’ont cessé d’acquérir du poids et de l’influence en Iran mais aussi dans la région. Ils sont aujourd’hui, plus que jamais, l’un des piliers du régime des mollahs.

Un « État dans l’État »

Contrôlés par le Guide suprême, les Gardiens de la révolution comptent plus de 125 000 hommes et forment une véritable armée parallèle par rapport à l’armée régulière (« Artesh » en persan). Ils ont à leur disposition des forces navales, terrestres, aériennes ainsi que des unités d’élite comme la « force Al-Qods ». Cette dernière est notamment présente dans plusieurs pays du Moyen-Orient où l’influence iranienne est présente (en Irak, Syrie, Liban…).

Leur influence en Iran atteint un pic sous la présidence de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013). Plusieurs ministres du gouvernement d’alors venaient directement des Gardiens de la révolution ou des services de renseignement. Les Pasdaran ont également sous leur contrôle une partie de l’économie iranienne. On estime la part du PIB iranien sous leur contrôle à environ 15%.

Le corps des Gardiens de la révolution est donc un acteur économique, financier, militaire, sécuritaire mais aussi un politique très important de par le rôle qu’il occupe au sein des structures du pouvoir iranien. « Ce sont les Pasdaran qui doivent être consultés pour la nomination des ambassadeurs dans les pays limitrophes de l’Iran, comme en Irak par exemple. » explique Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran et chercheur associé au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grips), contacté par Mondafrique. Il ajoute que les Pasdaran sont « un véritable État dans l’État ».

Le corps des Gardiens de la révolution n’est toutefois pas une structure uniforme et homogène. « Le cœur du régime iranien fonctionne avec toute une série de jeux de factions au sein duquel on retrouve les Pasdaran mais aussi d’autres factions conservatrices, des membres du clergé… », précise le chercheur. Il ajoute qu’il existe aussi « des factions et des tensions au sein même des Gardiens de la révolution ».

Pas de gouvernance « sans le soutien des Pasdaran »

Les manifestations survenues en Iran au mois de septembre ont remis sur le devant de la scène une question qui se pose depuis plusieurs années : celle de la succession du Guide suprême. La dernière fois qu’elle s’est posée, c’était en 1989, à la suite de la disparition de l’ayatollah Khomeini. Ali Khamenei, l’actuel Guide suprême, est âgé de 83 ans et occupe ce poste depuis 33 ans. Déjà opéré d’un cancer, de nombreuses rumeurs circulent sur son état de santé. Des médias pointaient notamment son absence durant l’été. Il a cependant apparu en bonne forme lors de cérémonies publiques récentes.

Compte tenu du poids et de l’influence des Pasdaran, ces derniers auront-ils un rôle à jouer dans la succession du plus haut personnage de l’État iranien ? Une question légitime car « aucun des successeurs de Khamenei ne peut gouverner sans le soutien des Pasdaran. » estime Jonathan Piron. Il ajoute que le corps des Gardiens de la révolution s’est toujours distingué par une « forme de distinction dans ses revendications politiques ». « On voit que leur volonté est de ne pas se mettre clairement en avant pour éviter de se retrouver sous le feu des critiques (…) Les intentions politiques des Pasdaran sont difficilement discernables de par le jeu des factions et de contrôler en coulisses l’ensemble des choses ».  

La loyauté des Gardiens de la révolution va à l’égard d’Ali Khamenei depuis 1989, à la fin de la guerre avec l’Irak, à une époque où ils n’étaient pas aussi puissants qu’aujourd’hui. « La grande question est de savoir comment cette loyauté à l’égard du successeur du Guide va se réaliser aujourd’hui. Sont-ils des faiseurs de roi, tellement indispensables que ce sont eux qui vont pousser pour que ce soit un tel qui succède au Guide et non un autre ? Ou accepteront-ils, du fait de la présence des autres factions, la nomination d’un successeur parce qu’ils trouvent des intérêts ? », s’interroge M. Piron. Il estime qu’il est difficile pour le moment de connaitre la réponse, notamment parce que « tout se joue en coulisses ».

Ebrahim Raïssi et Mojtaba Khamenei

Parmi les prétendants à la succession d’Ali Khamenei, deux noms reviennent souvent : l’actuel président Ebrahim Raïssi, et le fils du Guide : Mojtaba Khamenei. Mais ces deux personnages font l’objet de critiques. « On a vu des déclarations d’Ali Khamenei dans lesquelles il était très critique à l’idée que le titre du Guide s’hérite. On ne sait donc même pas si Khamenei est favorable à ce que son fils lui succède, qu’on revienne à une sorte d’âge impérial théocratique », précise Jonathan Piron, ajoutant par ailleurs que cette critique est aussi exprimée par certains membres du clergé.

Ebrahim Raïssi est critiqué par certains conservateurs, « du fait de sa mollesse, parce qu’il ne parvient pas à mettre en place les différentes réformes économiques et sociales, et qu’il n’arrive pas à s’imposer comme un leader qui pourrait jouer un rôle très important en Iran à la mort du Guide », précise M. Piron. On se retrouve donc dans une situation où il est, aussi, difficile d’imaginer un potentiel successeur d’Ali Khamenei.

Quoi qu’il en soit, le dernier mot reviendra à l’Assemblée des Experts – un collège de 88 religieux élu au suffrage universel direct -, et dont le rôle est de nommer le nouveau Guide.

1 COMMENT

  1. C’est la profondeur de l’État. La France aussi a sa profondeur, les décisions stratégiques sont prises non pas dans cette profondeur mais en collaboration et harmonie, ce qui est rassurant, vu que le sens de l’harmonie des institutions qui s’exprime par le respect des libertés au quotidien, ce qui nous fait aimer la France.
    L’Iran doit comprendre que chaque étape du développement économique, ce qui est visible malgré l’embargo, requiert un niveau de liberté ou bien de responsabilité reconnue au citoyen. Ce n’est donc pas l’État qui se dépouille, mais le sens de l’État qui se décentralise au niveau citoyen. Le tout fait l’État. Plus vous êtes développés, moins de « policier » pour vous rappeler ce qui serait utile à l société.

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