Série les fils de (3/5), Téodorin Obiang, l’enfant très gâté

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Téodoro Nguema Obiang, surnommé affectueusement Téodorin, est le cliché du fils de président africain. Principal protagoniste de l’affaire des biens mal acquis, le fiston Obiang  est aujourd’hui mis sur la touche par son président de père qui cherche la voie d’une réconciliation générale. 

Téodorin Obiang est le cliché du fils de président africain. Habitué des boutiques de luxe de Paris et de Malibu, il a plusieurs fois laissé les caméras le suivre lorsqu’il faisait ses emplettes. Ses voitures de luxe sont généralement assorties à ses chaussures. Décomplexé, il aimait montrer son train de vie avant que la justice ne s’en mêle.

Peu importe qu’il soit le fils du président d’un pays classé 132ème en termes de développement humain. Dans un documentaire diffusé dans les années 1990, il se met volontiers en scène dans une suite de luxe d’un hôtel parisien, hésitant entre plusieurs bijoux. Une montre à 128 000 francs ? « C’est raisonnable comme prix ».

Teodoro fils, surnommé Teodorin a huit ans quand son père devient président. En 1991 il part à Malibu avec pour prétexte un cursus d’anglais. Cinq mois plus tard, trop fatigué par sa vie de fêtard, il préfère arrêter les études. Il voyage et continue à vivre dans le faste. À 24 ans, il devient conseiller présidentiel en charge des forêts.

Deux ans plus tard, il entre au gouvernement avec le portefeuille de l’Agriculture et des forêts qu’il gérera pendant plus de vingt ans. Sa réputation grandit. Les tailleurs de luxe, bijoutiers, agents immobiliers, vendeurs de voitures ou décorateurs d’intérieur se l’arrachent. Cet été et alors que le pouvoir guinéen tente une réconciliation nationale avec l’opposition, le fiston Obiang voit son avenir compromis.

Pourquoi compter quand on peut détourner?

La fortune de son père est estimée à 600 millions par l’infaillible magazine Forbes. En lisant les rapports de l’association Transparancy Watch, il apparaît que les moyens de la famille sont en fait plus près du budget national que de ceux des sociétés anonymes familiales domiciliées aux quatre coins du monde. Le petit Teodorin n’a aucune raison de se retenir. Entre autres biens, il possède une villa de trente millions de dollars à Malibu, un immeuble de deux milles mètres carrés Avenue Foch à Paris, un label de rap, une radio, une myriade d’entreprises et des voitures de toutes sortes (pour plus de 5 millions d’euros rien qu’en France).

Petit Qatar d’Afrique, la Guinée rivalise avec les émirats du Golfe en terme de PIB par habitant en se classant 24ème mondial. Grâce à une exploitation de pétrole qui dépasse les 200 000 barils par jour, la famille est courtisée par l’administration américaine. Teodoro Obiang Ngeuma Mbasogo, le papa de Téodorin, est arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 1979, année de la révolution islamique. Le rapport qu’il entretient avec la démocratie n’est pas un problème pour les chancelleries occidentales. L’or noir lui ouvre toutes les portes et il enchaine les mandats avec des scores édifiants. Seule déception pour l’autocrate, l’élection de 2009. Cette année-là il n’atteint pas les résultats précédents et est « réélu » avec un score décevant de 95,19%.

Méchante justice

Obiang père dépense allègrement, achète des biens en France et ailleurs, à l’image de ses homologues Bongo, Mobutu ou Sassou-Nguesso. Mais cette génération a le bon goût de le faire en douce. Son fils, lui, veut qu’on le voie mener une vie de rappeur. Les média, la presse people surtout, commencent à s’intéresser à celui qui accroche à son tableau de chasse des starlettes américaines du rap et de la télévision. La justice américaine tire la première. Une commission d’enquête du Sénat s’intéresse à la famille et dévoile les nombreuses propriétés, sociétés et voitures de luxe. En France, des associations obtiennent en 2010 l’ouverture d’une procédure judiciaire dans l’affaire des biens mal acquis (BMA).

« Je ne l’ai jamais vu faire quelque chose qui ressemblait à du travail », a déclaré un de ses chauffeurs. Teodorin, après presque 20 ans d’abnégation au service du gouvernement et de sa tirelire personnelle, est nommé Vice-président par son papa. Les mauvaises langues diront que cette nomination est un moyen pour le fiston d’être protégé par une immunité diplomatique.

Mais le petit Obiang sait que le monde est vaste. Ce ne sera plus Paris ni Malibu mais plutôt la Chine, le Kazakhstan ou le Venezuela. Dans ces pays de liberté, il pourra continuer à pratiquer ses passions pour les gros bateaux, les voitures qui vont vite et les accoutrements les plus chers. Il ne peut plus recevoir avenue Foch et ses jouets ont été confisqués. Il s’en remettra.

À Paris, après les Ferrari, les Rolls et autres bolides, il collectionne les avocats.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)
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