Les dernières heures pathétiques de l’ex Président Ben Ali

La BBC a obtenu des « enregistrements extraordinaires » qu’elle pense  être des appels téléphoniques passés par  l’ex président Zine al-Abidine Ben Ali, alors qu’il quittait le pays en 2011. Ces derniers moments montrent comment son autorité s’est effondrée, scellant le sort de son règne de 23 ans et déclenchant la vague de soulèvements pro-démocratiques du Printemps arabe dans la région.

S’ils sont authentiques, les enregistrements donnent un aperçu incroyable du changement d’humeur de Ben Ali dans les dernières 48 heures de son régime, alors qu’il commençait lentement à comprendre le véritable impact des protestations qui ébranlent  le régime en place.

 Les enregistrements  commencent dans la soirée du 13 janvier 2011. Le premier est un appel à un proche confident Tarak Ben Ammar, un magnat des médias  et du cinéma qui se dépenses en assurances sur la situation dans la pays. Ben Ali semble rassuré alors que, de surcroît, Ben Ammar ne cessait pas de tarir  d’éloges sur lui.

« Vous avez été merveilleux, c’est le Ben Ali que nous attendions ! » dit Ben Ammar dans l’enregistrement.ien Ali fait preuve d’autodérision en disant que son discours manquait de fluidité, mais son confident le rassure.

« Pas du tout… C’est un retour historique. Vous êtes  un homme du peuple.  Vous parlez  leur langue »,  lui dit-il.

Ben Ali rit de ce qui ressemble à un soulagement. Mais le discours prononcé devant le public tunisien n’est manifestement pas suffisant. Le lendemain, les manifestations s’intensifient et menacent d’envahir le ministère de l’Intérieur. Des dispositions sont prises pour que la famille de Ben Ali prenne un vol hors du pays pour sa propre sécurité – à destination de l’Arabie saoudite – et Ben Ali est alors persuadé de les escorter, dit-il.

Ridha Grira, Rachid  Ammar, Kamel Eltaief …

L’enregistrement  comprend une série d’appels de plus en plus frénétiques à trois personnes, à savoir  son ministre de la Défense,  Ridha Grira, le chef d’état-major des trois armes, le général Rachid Ammar, et un proche confident, Kamel Eltaief.

Ben Ali demande à celui que l’on croit être le ministre de la Défense, Ridha Grira, quelle est la situation sur le terrain en Tunisie. Grira lui annonce qu’un président par intérim est désormais en place. Ben Ali demande à Grira de répéter cette information trois fois, avant de répondre qu’il sera de retour dans le pays « dans quelques heures ».il appelle alors un homme que la BBC considère comme un proche confident, Kamel Eltaief. Ben Ali dit à Eltaief que le ministre de la Défense l’a rassuré que les événements sont sous contrôle.

Eltaief corrige sans ambages cette évaluation de la situation. « Non, non, non. La situation change rapidement et l’armée n’est pas suffisante », lui dit-il.

Ben Ali l’interrompt pour lui demander : « Tu me conseilles de revenir maintenant ou pas ? ». Il doit répéter la question trois fois de plus avant qu’Eltaief ne réponde correctement.

« Les choses ne vont pas bien », répond finalement Eltaief.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)