Tariq Ramadan, éternel procédurier

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Depuis des mois, Tariq Ramadan prétendait à tort que le journaliste Ian Hamel avait été mis en examen en Suisse pour « calomnie ». Sa plainte a été classée par la justice suisse le 21 janvier.

 Voici le témoignage de Ian Hamel dont les enquêtes et les livres sur Tariq Ramadan ont été décisives pour révéler la réalité du parcours et de la personnalité de ce personnage controversé. 

Le 4 novembre 2017, quelques jours à peine après que deux femmes en France aient déposé plainte pour viol contre Tariq Ramadan, La Tribune de Genève, sous le titre « Le professeur Tariq Ramadan séduisait ses élèves mineures », révélait que l’enseignant non seulement harcelait ses élèves, mais aurait eu des relations sexuelles avec certaines d’entre elles. « Il était un homme tordu, intimidant, qui usait de stratagèmes relationnels pervers et abusait de la confiance de ses élèves », témoigne l’une d’elle. Une autre évoque ses relations sexuelles : « j’ai eu des bleus sur tout le corps. Il m’a toujours fait croire que je l’avais cherché ». Ces révélations font l’effet d’une bombe : la famille Ramadan est installée depuis plus de soixante ans à Genève, et très peu de personnes osent la critiquer. Tariq Ramadan, né sur les bords du lac Léman en 1962, a enseigné dans un collège de 1984 à 2004. Son frère Hani Ramadan dirige le Centre islamique de Genève, fondé par leur père, Saïd Ramadan, gendre de Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans en Égypte.        

 

« Viol » et « contrainte sexuelle »

 

Contrairement aux plaintes en France, les faits sont prescrits en Suisse. Tariq Ramadan annonce qu’il va déposer plainte, mais il ne le fait pas. Un comité de soutien se mobilise aussitôt pour « protéger les femmes qui ont osé briser l’omerta ». Quelques mois plus tard, en avril 2018, une femme en Suisse va déposer plainte contre le prédicateur, affirmant qu’il l’a violé dans un hôtel à Genève en 2008. Le Ministère public ouvre en septembre 2018 une instruction pénale pour « viol » et « contrainte sexuelle ».

Le Conseil d’État (gouvernement du canton de Genève) demande à deux anciens magistrats de mener une enquête, qui met indirectement en cause le Département (ministère) de l’Instruction publique. Pourquoi Tariq Ramadan, qui a enseigné pendant deux décennies à Genève, n’a-t-il pas été sanctionné ? Le rapport de 32 pages, rendu en novembre 2018, est accablant. Il confirme les accusations contre le prédicateur. « Ce rapport fait froid dans le dos. On a eu affaire à un prédateur qui s’est servi de son poste d’enseignant pour assouvir ses propres besoins sans aucune considération », déclare Antonio Hodgers, le président du Conseil d’État. Le 26 novembre 2018, j’écris un article sur le site du magazine Le Point, intitulé « Le gouvernement genevois confirme les accusations portées contre Tariq Ramadan ».

Accusé de « falsification de documents »

Au total, pas moins 65 médias francophones et internationaux publient un compte-rendu de ce rapport mettant en cause le petit-fils d’Hassan al-Banna. Malgré cela, le 30 janvier 2019, Tariq Ramadan dépose plainte contre moi pour « calomnie » et « diffamation ». Contre tout logique, il assure que ce rapport le blanchit totalement… Je suis entendu par Olivier Jornot, le procureur général de Genève, le 13 mars 2020. Le jour même, Tariq Ramadan se déchaîne sur les réseaux sociaux prétendant dans un communiqué de presse que j’ai été « mis en examen pour calomnie, voire diffamation ». Le prédicateur affirme que j’aurai été « incapable de citer un passage du rapport qui justifierait le contenu mensonger de [mon] article ». Depuis mars 2020, des dizaines d’articles publiés sur des blog animés par ses derniers supporters, et des centaines de Tweets, vont relayer ces accusations mensongères. Ils prétendent même que je serai poursuivi pour « falsification de documents », et que je risque la prison… Mais curieusement, Tariq Ramadan ne dépose pas plainte contre mon livre « Tariq Ramadan, histoire d’une imposture », paru en janvier 2020, qui évoque longuement le rapport du gouvernement genevois. Par ailleurs, sous le titre « Ian Hamel face à la justice helvétique pour avoir calomnié Tariq Ramadan », le blog « Le Réveil citoyen » affirme qu’en 2007 j’aurai menacé dans un e-mail de « buter » Tariq Ramadan. On se demande pourquoi l’auteur du « Devoir de vérité » n’a pas immédiatement déposé plainte contre cette menace de mort.

Des élèves fort jeunes

La stratégie est facile à comprendre : il s’agit d’effrayer les journalistes qui couvrent les péripéties judiciaires du plus connu des Frères musulmans dans le monde francophone. Mais aussi de faire croire que la France, forcément raciste et islamophobe en raison de son passé colonial, est le seul pays à s’en prendre au prédicateur. A l’étranger, au contraire, non seulement il n’aurait rien perdu de son aura, mais il serait défendu par les autorités…

Patatras, le 21 janvier 2021, le procureur général a rendu une ordonnance de classement de la plainte de Tariq Ramadan. En pages 11 et 12, on peut lire notamment qu’il « ressort bien des témoignages des personnes entendues que Tariq Ramadan aurait effectivement entretenu des relations sexuelles avec Y, une élève âgée de 18 ans, et avec X, une ancienne élève âgée de 18 ans. Il aurait également entretenu, durant un an et demi, une relation avec V, une élève âgée de 14 ou 15 ans ».

Le fils de Saïd Ramadan, l’ancien porte-parole des Frères musulmans en Occident, est condamné aux frais de procédure. Comme à son habitude, il a exercé un recours contre cette procédure de classement.    

 

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7 COMMENTS

  1. Il existe néanmoins un réseau de Frères musulmans qui cherche à se faire passer pour le seul interlocuteur légitime de nos Etats pour les musulmans vivant en Europe. Ce réseau compte peser sur nos institutions pour faire changer nos lois dans le sens qu’il souhaite. C’est un combat politique à des fins religieuses.

  2. C’est un énergumène qui joue un double jeu, mais rien de bizarre du moment que c’est le cas du plus grand nombre des mouslimines.

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