Le temps de la politique est venu pour le premier imam candidat au Niger

Cheikh Daouda Boureima

Le cheick Boureima Abdou Daouda vient de créer la surprise au Niger en se faisant investir pour la présidentielle du 27 décembre. Dans une interview à Mondafrique, il dit qu’il ne se présente pas au nom de l’Islam mais au  nom de la citoyenneté.  

Mondafrique : C’est une première, au Niger, un imam qui se jette dans la campagne politique. Qu’est-ce-qui vous a poussé à prendre une telle décision ?

Cheikh Boureima Daouda: Nous l’avons dit dans notre discours d’investiture, depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, notre pays stagne. Il est donc temps de créer une alternative pour faire prospérer ce pays conformément à ses réalités et à ses croyances.

M. Comment comptez-vous faire adhérer les Nigériens à votre candidature ?

C.B.D. Notre slogan de campagne est: Union des Nigériens engagés (UNE). Nous nous sommes engagés parce que nous sommes tous conscients que beaucoup de choses ne vont pas dans ce pays, malgré l’espoir que les gens avaient fondé sur l’avènement de la démocratie, malgré les partis politiques qui ont existé jusqu’à aujourd’hui.

Nous comptons sur la soif d’alternative et d’espoir des Nigériens. D’ores et déjà, nous recevons des encouragements des femmes et des hommes, même à l’extérieur du pays, qui nous confortent dans notre projet. Nous espérons apporter cette alternative. Cette idée d’entrer dans le domaine de la politique ne date pas d’aujourd’hui mais la décision de la concrétiser est venue très récemment. Nous comptons sur ce peuple assoiffé de tout.

M. L’Imam Dicko au Mali vous  a-t-il inspiré ?

C.B.D. (Rire). Non, jamais! J’ai fondé un parti en septembre 1999, géré par mon frère Boureima Abdou Badjé. Contrairement à l’Imam Dicko, mon projet n’est pas un soulèvement populaire. Il ne faut pas attendre que les Nigériens choisissent leur candidat, élisent leur Président puis se soulèvent. Ce serait comme une sédition, comme une rébellion! Non, c’est maintenant qu’il faut faire la compétition, conformément à la Constitution et aux droits et devoirs que le pays nous offre. Nous avons notre vision de la chose et peut-être l’Imam Dicko, que je connais bien et que je respecte aussi, a-t-il sa propre vision.

M. Quel est votre programme ?

Dans mon discours d’investiture j’ai évoqué 8 axes: l’unité, la sécurité, la justice, la liberté, l’éducation, la santé, l’agriculture et l’élevage et le développement économique, financier, social, culturel, technologique, scientifique, industriel, minier, énergétique, hydraulique, urbain, diplomatique…

Si nous prenons, par exemple, la sécurité, j’ai travaillé, de 2012 à 2016, en tant que président de la ligue des Oulémas, prêcheurs et Imams des pays du Sahel. Je connais le terrain. J’ai proposé des solutions que j’abrège sous le sigle PRIMEES: Politiques, Renseignement, Idéologiques, Militaires, Educatives, Economiques, Sociales. Aucune solution ne peut sortir de ces axes. A chaque situation, on va adopter la solution qui convient: ceux qui veulent négocier, on négocie; ceux qui veulent parler le langage de l’arme, on va leur appliquer la solution militaire. Parmi les causes de l’insécurité, il y a aussi les problèmes économiques et sociaux. Mais il faut occuper un certain niveau de responsabilité pour que vos propositions soient prises en compte. Et donc, on n’a pas tenu compte de mes propositions. On a plutôt donné l’importance aux armes et au renseignement au détriment des solutions éducatives, économiques et sociales.

M. En quoi serez-vous différent des autres hommes politiques du Niger ?

C.B.D. C’est une idée providentielle. Le temps du changement est venu. Je parle d’alternative, pas d’alternance, parce que ce sont ceux qui sont au pouvoir qui veulent créer l’alternance, entre eux. Je parle d’alternative, pour changer la vision, le programme, le système.

M. Est-ce que vous comptez rester dans le cadre de la 7e République ?

C.B.D. Notre objectif n’est pas de changer les choses sur le plan institutionnel ou juridique. Notre objectif est d’avoir la possibilité d’orienter les gens vers ce qui est positif. Aujourd’hui, la politique divise les gens. Au Niger, on est toujours en campagne. Nous voulons réunir tous les Nigériens et nous mettre au travail. Nous avons des richesses mais nous avons besoin d’une bonne gouvernance, du concours de tous nos fils et filles, à l’intérieur comme à l’extérieur du Niger. Nous sommes des frères, comme le dicte notre devise.

M. Les hommes politiques actuels ne peuvent-ils pas incarner un tel projet ?
C.B.D. Les gens les ont déjà testés, madame ! Les Nigériens ont aujourd’hui, en face d’eux, un leader avec une page blanche et s’ils le soutiennent, ils seront sur la bonne voie Inch’Allah.

M. Quel est votre agenda ? Votre projet est-il de compter vos forces pour peser dans un futur gouvernement ou pour revenir à la charge dans quelques années ?
C.B.D. Nous avons décidé d’entrer dans le jeu parce que le temps de le faire est venu. Cela nous permettra d’acquérir de l’expérience sans attendre encore cinq ou dix ans.

M. Et vos forces, quelles sont-elles ?

C.B.D. Nous comptons sur notre Seigneur et sur tous ces Nigériens qui aspirent au changement et qui doivent être prêts à en payer le prix. Nous comptons sur leur participation. Nous avons besoin de fonds pour mener la campagne. Nous comptons également sur les partenaires qui peuvent apporter leur concours. Nous sommes ouverts à tous ceux qui veulent travailler et aider le Niger à sortir de son retard au progrès. Nous demandons aux uns et aux autres de nous prêter main forte. Inch’Allah nous allons remporter les élections de façon miraculeuse et providentielle. Je suis une épreuve pour les Nigériens. Ils ont le choix de continuer à patauger dans les problèmes ou d’être prêts pour l’alternative en me soutenant.

M. Est-ce qu’il y a des puissances étrangères derrière vous ?

C.B.D. Y a-t-il une puissance plus importante que Dieu?  Pour le moment, il n’y a aucune puissance étrangère derrière nous. Il n’y a aucune organisation internationale derrière nous, mais ça ne veut pas dire que ça ne viendra pas. Nous sommes ouverts.

M. Comment réagissent les Imams du Niger?

C.B.D. Notre premier axe, c’est l’unité. C’est pourquoi je suis en train d’entreprendre des consultations et des visites pour consolider cette unité entre les musulmans. Consciemment ou inconsciemment, on a voulu dresser les gens les uns contre les autres. Mais nous sommes tous des sunnites. Ce qui nous unit, c’est avant tout Allah, le Coran, le Prophète, l’Islam et le Niger, notre destin commun. J’ai rendu visite au calife de Kiota qui incarne la majorité des Nigériens aujourd’hui et Dieu merci, il est prêt à nous accompagner dans ce combat. Ce calife m’a donné son soutien total et s’il est avec moi, tous ceux qui sont avec lui seront avec nous.

Je ne fais rien d’autre que suivre les pas du Prophète. Il a été dirigeant. Et après lui, Aboubacar, Omar, Osmane, ces califes bien guidés. Ils ont pratiqué la politique, dans la mesure où ils ont gouverné. Or la politique, c’est l’art de gérer les affaires d’un pays.

Je consulte nos pairs Imams. Beaucoup ont pris conscience de leur démission de ce terrain et ils sont en train de se ressaisir. Je compte qu’ils vont mobiliser les citoyens à s’investir davantage dans le terrain de la politique plutôt que d’être à la marge de la société et de se plaindre ensuite. Je précise que je ne suis pas entré dans le terrain de la politique au nom de l’Islam. Nous sommes entrés sur le terrain de la politique au nom de la citoyenneté. Mais ce qui est valable pour le commun des musulmans est valable aussi pour les Imams. Nous avons les mêmes droits et devoirs que les autres à l’égard de ce pays, indépendamment de nos fonctions.

1 COMMENT

  1. Je suis plus que réconforté par cette candidature inattendue du Cheik. Comme il l’a si bien dit il est une épreuve pour tous les Nigériens assoiffés du changement plus précisément aux musulmans. Les Nigériens attendent encore leur leader providentiel et je pense que le Cheik incarne ce leadership. Sa présence sur le terrain politique peut changer beaucoup de choses notamment l’achat de conscience au moment des élections et l’utilisation abusive de l’argent pour conquérir le pouvoir. Personnellement j’adhère à l’idée que les religieux s’engagent en politique au Niger car leur démission à fait de politique au Niger comme un péché et un terrain maudit où on ne trouve que des faux, des corrupteurs et des délinquants économiques de tout genres. Nous osons espérer que le Cheik a une grande chance de gagner un place importante sur le terrain politique nigérien.

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