Le pouvoir marocain secoué par l’affaire du logiciel israélien

Les rapports de pouvoir au sein du sérail marocain pourraient être bouleversés par la mise en cause du tout puissant patron de la police et bras droit du souverain, Abdellatif Hammouchi, cité dans les récentes révélations, vraies ou fausses, sur des écoutes qu’il aurait pratiquées sur Emmanuel Macron … et sur Mohamed VI

Abdellatif Hammouchi, le puissant patron de la police marocaine, au coeur de l’affaire du logiciel israélien

Le sentiment largement partagé que le Palais marocain avait réussi une belle opération politique, lors du printemps arabe, en nommant un chef de gouvernement islamiste et en offrant à ce dernier des marges de manoeuvre réelles, mais parfaitement contrôlées, est en train d’en se dissiper à grande vitesse. D’après les révélations propagées par médias interposés sur les quelque 10000 personnes, dont Emmanuel Macron, qui auraient été ciblées par les services de renseignement marocain grâce à ce fameux logiciel, on peut avoir le sentiment que le pouvoir marocain a perdu la main. Quand il est écrit que le chef de la lutte anti terroriste, Abdellatif Hammouchi, devenu ces dernières années le Talleyrand de Mohamed VI, aurait placé sur écoutes le Roi du Maroc lui même ainsi que l’ensemble de sa famille, beaucoup se mettent à douter de la pérennité de la monarchie marocaine trahie par les siens. C’est sans doute aller un peu vite en besogne.

Les listings ont-ils mélangé à dessein le vrai du faux? On le saura très vite. À cet égard, la réaction officielle d’Emmanuel Macron dont le nom apparait dans la presse comme une des cibles des services marocains, donnera une indication forte sur la réalité de ces intrusions sophistiquées, inédites et proprement scandaleuses

Hammouchi, le coupable idéal

Les medias marocains officiels s’insurgent pour l’instant contre un tel scénario, non sans de solides arguments. Il est difficile, pour l’instant, d’évaluer l’authenticité de cette fameuse liste de 50000 noms. On n’en connait en effet ni la véritable source, et pas plus les buts poursuivis par les initiateurs des fuites. Personne ne doute vraiment qu’Abdellatif Hammouchi, embourbé voici quelques années dans des accusations de torture et un dépôt de plainte en France, n’ait mis sur écoutes des journalistes, voire des juges et y compris à l’étranger, susceptibles de l’éclairer sur l’évolution des poursuites judiciaires engagées contre lui. Pour le reste, les médias anglo saxons se saisissent de ces listings avec plus de circonspection que la presse française.

Les incompréhensions, ces derniers mois, entre le Maroc et la France notamment sur le terrain économique, et l’utilisation choquante de la question migratoire par Rabat dans un conflit récent avec l’Espagne expliquent une certaine hostilité des autorités françaises, et du coup des medias héxagonaux, contre la monarchie marocaine. C’est en gros aujourd’hui la ligne de défense des officiels marocains. « La France nous en veut, expliquent-ils, et a favorisé une vaste campagne de déstabilisation du régime ». Ce qui est un peu court pour rendre compte du tsunami que ces révélations, vraies ou fausses, ont provoqué au Maroc. 

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Querelles de Palais   

Notons tout d’abord que si le patron de la police marocaine a effectivement espionné Mohamed VI à qui il doit sa carrière météorique, il se trouverait aujourd’hui plus proche de la porte -et de la haute trahison- que de l’avancement. Pour l’instant, rien n’indique que ce ne soit le cas. Bien au contraire, plusieurs medias officiels, dont « le site 360″généralement bien informé,  dressent des portraits élogieux de son parcours, de son action contre le terrorisme et de sa fidélité à la monarchie. 

Il reste que le système de pouvoir marocain vit au rythme des querelles entre les clans qui se partagent le pouvoir et d’une concurrence exacerbée entre les principaux conseillers du Roi. Sur fond d’une rivalité ancienne et forte entre l’armée qui a tenté deux coups d’état sous Hassan II, maintenue depuis sous surveillance, et l’appareil policier qui avec Basri autrefois et Hammouchi aujourd’hui, se veut l’ultime rempart de la Monarchie.

Hammouci sur la défensive, ses adversaires tentent de l’éliminer définitivement. Plusieurs généraux demandent aujourd’hui à Mohamed VI sa mise à l’écart. Les adversaires du patron de la police au sein du sérail, jaloux de leurs prérogatives, jouent aussi leurs propres cartes quelques semaines avant des élections législatives décisives qui en septembre, verront le PJD islamiste, à la tète du gouvernement depuis dix ans, se présenter une nouvelle fois, malgré l’hostilité du Palais royal.

 

 

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