Le pouvoir gabonais face à la justice française

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Les avocats de l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo, Brice Laccruche, ont déposé plainte à Paris pour dénoncer le traitement que le régime gabonais inflige à leur client qui est de nationalité française,

L’ancien directeur de cabinet du président gabonais Ali Bongo, Brice Laccruche Alihanga, 39 ans, a été incarcéré à Libreville mi-décembre pour détournements de fonds publics. Son frère Gregory, 34 ans, l’est depuis début décembre, pour le même motif.Le Gabon s’est lancé début novembre dans une vaste opération anticorruption visant l’ancien homme fort de la présidence, Brice Laccruche.

Baptisée « Scorpion », cette opération a mené à l’incarcération d’une vingtaine de ses proches, dont quatre anciens ministres et l’ex-porte parole de la présidence.

La justice française compétente

Maîtres Anges Kevin Nzigou (barreau du Gabon) et Dominique Inchauspé (barreau de Paris), conseils de MM. Brice et Gregory Laccruche, l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo, le président gabonais, et son fils, incarcérés à Libreville, ont déposé plainte avec constitution de partie civile ce jour 21 janvier 2020 au tribunal de Paris pour détention arbitraire, violences volontaires et menaces de mort.

Le tribunal de Paris est compétent, car Brice et Gregory Laccruche sont de nationalité française, ainsi que plusieurs autres protagonistes de cette affaire. Ce qui vaut à ce dossier d’être suivi de très près par les autorités consulaires françaises à Libreville, au grand dam du pouvoir gabonais?

Les conditions de ces interpellations pourraient être constitutives d’une « détention arbitraire » en raison du non-respect des règles de droit gabonais : aucun accès au dossier, dépassement des délais normaux de garde à vue, pas de débat avant
l’incarcération, etc.

Nourreddin Bongo au coeur du dossier

Ces dernières semaines, le président Ali Bongo, 60 ans, a multiplié les apparitions publiques, manifestement en meilleure forme, après être longtemps resté absent de la scène médiatique. Début décembre, il a nommé son fils Noureddin Bongo Valentin, 28 ans, « coordinateur général des Affaires présidentielles » afin de l’épauler dans sa mission.

Les contentieux entre Noureddin Bongo Valentin, l’héritier probable du régime, et Brice Laccruche, longtemps le bras droit d’Ali Bongo, sont largement à l’origine des derniers rebondissements judiciaires au Gabon. Seul souci, la nationalité française que possède le fils Bongo, en raison des origines de sa mère, pourraient bien l’amener à être convoqué par la justice française dans des conditions diplomatiquement déliv-cates

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