Le pouvoir algérien durcit le ton contre le Hirak

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Le Haut conseil de sécurité (HCS) s’est réuni en urgence, mardi 6 Avril 2021, alors qu’un rapport de la police se montre très alarmiste sur la popularité grandissante du Hirak, y compris dans les campagnes.

« L’État sera intransigeant ». Face à un Hirak renforcé, en dépit d’une année de répit imposé par la pandémie mondiale, le pouvoir revoit sa feuille de route. Le président Tebboun qui a pris la parole a mis en garde les manifestants « contre tout dérapage ». Le président algérien évoque des «activités non innocentes » qui « tentent à entraver le processus démocratique en Algérie ».

Le feu au lac !

Il y a le feu au lac. Présidé par le président Tebboune qui dispose traditionnellement de la qualité de ministre de la défense, le Haut Conseil de Sécurité (HCS) qui comprend le Chef d’État major, le général Chengriha, les patrons de la gendarmerie et de la police et les ministres régaliens s’est réuni en urgence mardi. L’apparition des slogans hostiles aux services de sécurité durant les manifestations populaires inquiète désormais le coeur du pouvoir.

Un récent rapport de la police algérienne montre que le Hirak touche désormais toutes les couches de la société. La grogne est même forte dans les milieux ruraux dont le sort n’a jamais été une préoccupation dans un mays formé aux « industries industrialisantes » de l’ère Boumedienne.

Si au premier Hirak de 2019, les manifestants sortaient seulement les vendredis et les mardis pour les étudiants, la note de la DGSN (police) s’inquiète de l’apparition des manifestations sporadiques dont certaines nocturnes. Ces improvisations bousculent l’organisation de travail des forces de l’ordre en les mettant sous une pression permanente.

Le Pouvoir sur la défensive

Les allégations d’attouchement et des viols sexuels des détenus affectent le moral des forces de l’ordre en première ligne, alors qu’ils opèrent les arrestations que d’autres services récupèrent pour les besoins de l’enquête. Les cas de torture et de viols quiont toujours exosté sont désormais dénoncés, y cmpris par des mineurs comme Said Chatwane et Ayoub Chahtou.  

La conférence de presse du Procureur de la république de la cour d’Alger illustre bien les impasses du pouvoir. En réfutant avec véhémence les accusations d’attouchement sexuel dénoncées sur tous les réseaux sociaux par le jeune Said Chatwane, le système judiciaire se coupe de la population.

Des attaques médiatiques

La crainte d’une campagne médiatique vient altérer l’image d’un pouvoir qui refuse toute solution politique à la crise. Nombreux témoignages sont postés sur la toile qui dénoncent des cas de torture. La CNLD (comité national pour la libération des détenus) communique instantanément le nombre d’arrestations et recueille les dépositions des conditions de détention. Les activistes de la diaspora répercutent les déclarations auprès des ONG.

Pour ne pas faire office de bouc émissaire et êtrepoussé vers la sortie, le Président Tibboune ne mise plus que sur ses soutiens à l’étranger, notamment en France dont le premier ministre, Jean Castex, accompagné par huit membres de son gouvernement, est attendu à Alger samedi prochain. Un impressionnant dispositif sécuritaire sera mis en place afin de ne pas perturber l’évènement.

Le volte face du FFS   

Les élections législatives annoncées pour le mois de juin ne mobilisent pas grand monde. Aucun changement à l’horizon, si ce n’est la continuité d’une classe politique moribonde er la tentative de l’écrivain Kamel Daoud, contre toute vraisemblance, de .faire croire à des élection « transparentes et saines ». La réaliité? C’est que ;e président Tebboune, qui tente d’élargir sa base politique en consultant, a reçu les mêmes partis que Said Bouteflika, le frère d’Abdelaziz et le vice roi d’un système qui avait failli. Les services secrets récemment renforcés par les amis du général Toufik, la colonne vertébrale du système algérien pendant un quart de siècle, proposent le report du scrutin. Le temps d’imposer une configuration nouvelle au sein de l’institution militaire.

Le boycott préconisé désormais par le FFS, un des rares partis algéreins à posséder une légitimité historique et une représentativité réelle, est un coup dur pour le système. En crise interne depuis la disparition de son fondateur Aît Ahmed, la direction du parti avait opté pour un dialogue avec le président Tebboune. Sous la pression de la base, le choix du boycot s’est imposé.

Hélas pour un pouvoir en fin de course, les trois wilayas de la Kabylie ne participeront pas aux législatives à venir.

Les vieux clivages de retour

Restent les tentatives du pouvoir algérien de diviser le Hirak à travers « l’intrusion islamiste », ce clivage réel qui provoqua durant les années noires (1992-1998) d’épouvantables massacres en Algérie.

La reprise du Hirak en février dernier a déjoué ces manœuvres. Le Haut Conseil de Sécurité tente de reprendre les mêmes élémets de langage que dans les années noires sous couleur de « séparatisme ». En faisant l’amalgame improbable entre le mouvement kabyle indépendantiste, le MAK, et le mouvement islamiste Rachad, le pouvoir algérien joue ses dernières cartouches. D’où la volonté du HCS de se pencher sur « les actes subversifs et les graves dérapages émanant de milieux séparatistes et de mouvances illégales ». Et qui plus est « proches du terrorisme ». Forcément ! q

Les services de sécurité algériens, totalement fragilisés par les divisions internes à l’armée, sortent leurs dernières cartouches et en appellent à « l’application immédiate et rigoureuse de la loi en vue de mettre un terme à ces activités  sans précédent, notamment à l’égard des institutions et symboles de l’Etat ».

L’Algérie n’est pas encore la Birmanie, mais cela pourrait bientôt y ressembler.     

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