Le patron du PSG espionné par des barbouzes

Quelques seconds couteaux et anciens flics, embauchés au PSG, ont tenté de faire chanter le patron du célèbre club, mais sans grand succès. Sauf celui de provoquer la curiosité de la police française.

L’opération de chantage contre Nasser al-Khelaïfi, patron du PSG et grand ami de l’Émir du Qatar, tient plus de la mauvaise série policière que d’une opération réussie de déstabilisation. Le jeune et flamboyant patron du club de football parisien, qui ne sait manifestement pas très bien s’entourer, a recruté voici deux ans quelques anciens flics reconvertis dans le privé, un ex brigadier chef et un ancien commissaire qui ne lui voulaient pas que du bien.

Ces spécialistes de la sécurité assuraient les taches plus ou moins avouables d’un service de ce type auprès d’un club de football: recherche d’informations personnelles, contacts informels avec les autorités, criblage des salariés. Le tout apparemment sous l’autorité d’un franco-algérien, Tayeb Ben Abderhamane, un lobbyiste installé à Doha en 2019 avec sa famille, qui aurait été, d’après les informations de Mondafrique, l’interlocuteur privilégié des deux anciens flics. 

Tayeb Benabderrahmane avait été recommandé au patron du PSG par l’ancien directeur de la communication du club, Jean-Martial Ribes, qui, après toute cette affaire foireuse, a été poussé vers la sortie en mai 2022 et s’est reconverti chez LVMH et se fait discret. 

Enregistrements sauvages

Après avoir été embauchés, les deux ex flics cornaqués par le lobbyist ont tourné casaque et multiplié les enregistrements sauvages du patron du PSG. D’où une classique opération de chantage, d’un montant, d’après les sources de Mondafrique, de vingt millions d’euros.

Arrêté brutalement en janvier 2020 à Doha, Tayeb Benabderrahmane a été interrogé et détenu durant neuf mois. Il n’a été finalement remis en liberté qu’après la restitution de plusieurs supports numériques, dont des clés USB, qui comportaient des documents sensibles pour Nasser al-Khelaïfi dont personne, à ce jour, ne connait la teneur.

Depuis, le lobbyist et sa femme ont déposé deux plaintes auprès du tribunal judiciaire de Paris pour « extorsion de fonds » et « torture » qui n’ont donné lieu à aucune information judiciaire pour l’instant.« C’est un homme d’affaires français, actif depuis maintenant quinze ans dans le domaine du conseil géopolitique et géoéconomique, à travers différents réseaux, ont plaidé ses avocats à Paris ce mercredi 5 octobre. Et qui, au titre de ses activités, a rencontré un certain nombre d’acteurs qui lui ont permis de réaliser de nombreuses missions en France et à l’étranger, souvent liées à des situations de crise ».

Et d’ajouter: « C’est dans ce cadre-là qu’il a été approché par les autorités qataries, dans un contexte de boycott économique et politique, pour investir son réseau, ses connaissances, son expertise. Ainsi, il est entré en contact avec des personnalités de premier plan au Qata. Il a développé son activité de conseil et a continué d’apporter ses services au pays. Bref, le profil classique d’un investisseur français à l’étranger. Jusqu’au 13 janvier 2020, date de son arrestation… »

Des documents compromettants

Nasser al-Khelaïfi n’était pas en tout cas le seul à être écouté et espionné de façon illégale par les deux ex flics. Le chef de cabinet du patron du PSG, Adel Aref, démissionnaire depuis après une campagne de diffamation, avait été également dans le collimateur de la cellule de maitres chanteurs, tout comme la communicante de Doha à Paris, Sihem Souid, ex policière et ancienne collaboratrice du journal « le Piont » qui est bien connue des journalistes parisiens spécialistes des dossiers du Qatar.

Dans un des enregistrements retrouvé lors d’une perquisition chez un des deux flics, Malik Nait Liman, on entend clairement l’ex directeur de la communication du PSG, Jean-Martial Ribes, commanditer au trio de « transmettre des éléments à charge contre Sihem Souid, vrais ou faux, afin que celle ci puisse être écartée du Qatar ». 

D’après « le Parisien », Sihem Souid aurait confirmée aux enquêteurs avoir été « suivie, surveillée et cambriolée » par la petite bande de « privés ». Ce qui démontrerait qu’au delà du chantage, le trio se livrait à  une opération de déstabilisation avant la coupe du monde.

Interrogée par Mondafrique, Sihem Souid n’a pas souhaité réponde   

Frères ennemis

La tentative de chantage contre le patron du PSG par quelques barbouzes a-t-elle été encouragée par les frères ennemis des Qataris, ces Émiratis et ces Séoudiens verts de rage à l’idée que le Qatar ait réussi, malgré les difficultés climatiques évidentes, à organiser la coupe du monde de football en décembre prochain? Rien ne démontre que ces deux pays hostiles aient été à la manœuvre dans cette opération de chantage ratée. Le « soft power » des Émirats et de l’Arabie est plus sophistiqué que les frasques d’un trio de maladroits.

Il reste que certains des protagonistes de cette opération de déstabilisation possèdent quelques connections avec les monarchies du Golfe adversaires du Qatar. Ce qui promet de sérieuses bagarres médiatiques lors de la prochaine coupe du monde de football 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)