Le pari naïf d’Emmanuel Macron sur la crise libanaise

Le président français a tablé sur un sursaut de la classe politique libanaise en la mettant devant ses responsabilités. Un pari naïf, selon Foreign Policy.

“L’impasse libanaise est en partie la faute de Macron”, estime Foreign Policy. Près d’un an après la visite à Beyrouth du président français – deux jours après la gigantesque explosion qui a ravagé, le 4 août 2020, la capitale libanaise –, d’où il avait lancé une feuille de route “pour soulager son ancienne colonie de ses innombrables problèmes, rien n’a changé”.

Ce que la presse libanaise a appelé “l’initiative française” consistait en la formation d’un gouvernement formé d’experts indépendants chargé de mettre en place les réformes structurelles dont le Liban a besoin pour restaurer la confiance vis-à-vis de la communauté internationale, prête à l’aider financièrement. Mais le pays est sans gouvernement de plein exercice depuis plus de dix mois en raison de l’impasse politique.

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« Le problème principal était que la réussite du plan français reposait sur cette même classe politique qui avait été, dès le départ, jugée responsable des catastrophes à l’œuvre dans le pays. Son refus d’engager des réformes est sans doute la principale raison de l’échec du plan français.”

Par ailleurs, déplore un expert cité par le magazine américain, “l’intervention française a permis à l’élite politique de gagner du temps et de faire retomber la pression de la rue”, en référence au mouvement de contestation contre la classe politique qui s’est levé en octobre 2019 et qui, depuis quelques mois, peine à remobiliser la population dans les rues.

Sanctions trop faibles

“La réticence de la France à sanctionner sévèrement les élites politiques en place pour se contenter de les supplier de prendre des mesures était d’une naïveté confondante – et a fini par avoir des conséquences délétères”, renchérit Foreign Policy.

Après avoir agité durant des mois la menace de sanctions devant les responsables du blocage politique, Paris a annoncé fin avril la mise en place de restrictions d’accès au territoire français. Des sanctions “des plus légères”, estime le journal.

Cependant, l’Union européenne envisage à son tour d’accroître la pression sur les responsables. Depuis quelques semaines se tiennent à Bruxelles, sous l’égide de Paris, des discussions techniques autour d’un régime de sanctions. Lors d’un récent déplacement au Liban, le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a évoqué la possibilité de “sanctions ciblées”.

Le magazine américain décrit la situation au Liban comme un “cercle vicieux”. Et d’ajouter :

« C’est une véritable guerre des nerfs qui se joue entre les gouvernements libanais et français, le premier étant déterminé à laisser la situation empirer au point que l’Occident n’ait moralement d’autre choix que de lui venir en aide.”

*Source : Courrier international

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)