La Mosquée de Paris sous influence des services algériens

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Le site algérien « Algérie Scoop » nous apprend que les patrons de la grande mosquée de Paris sont restés, à ce jour, fidèles au général Toufik, le patron incontesté de l’ancien DRS (services algériens) de 1990 à 2015. 

« Algérie Scoop », un site en arabe localisé au centre d’Alger et créé par le fils d’un ancien général, est réputé pour avoir de bonnes sources d’information. Ce n’est pas la première fois d’ailleurs qu’ « Algérie Scoop », sous le pseudonyme de « Wahiba », signe des articles pertinents sur la situation extravagante de la Mosquée de Paris.

Que nous apprend le dernier papier publié voici trois jours? Le numéro deux de la Mosquée, un ancien sergent de l’armée algérienne reconverti dans la gestion de l’Islam, Mohamed Louanoughi, serait resté fidèle, contre vents et marées, à ses anciens patrons de l’ex DRS, que dirigeait jusqu’à son éviction brutale en 2015, le général Toufik, véritable patron de l’Algérie pendant un quart de siècle.

Basse police

Depuis les années 1990, la Mosquée de Paris a pu jouer en effet le rôle d’un « deuxième bureau » aux ordres des services algériens de l’ex DRS. Au vu et au su des autorités françaises qui toléraient ces pratiques douteuses, pour acheter la paix diplomatique avec Alger.

Lorsque le général Toufik fut évincé voici trois ans et que son homme à Paris, le général Ben Daoud, fut rappelé à Alger avant d’être lui aussi mis à l’écart, on aurait imaginé que le « directeur général » et numéro deux de la Mosquée, Mohamed Louanoughi, ne reste pas longtemps en place. Ne serait ce qu’en raison de sa réputation hasardeuse en matière budgétaire, de ses résultats calamiteux en terme de formation des Imams à l’Institut de la Mosquée, ou encore de la perte d’influence de l’Algérie dans le dossier épineux de l’organisation de l’Islam en France.

Le bilan, le voici: malgré la place prééminente constamment accordée par les gouvernements français successifs à la Mosquée de Paris, le Conseil français du culte musulman échappe désormais aux Algériens au profit des Turcs. Quant au recteur Boubakeur, qui a placé tout son clan tribal de l’Ouest algérien au sein de la « société des Habbous », il est aujourd’hui largement déconsidéré chez la plupart des musulmans de France. Et jusqu’à l’Elysée qui ne l’a pas convié cette année 2018, pour la cérémonie des voeux.

Louanoughi fait de la résistance

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Le général et chef d’état major, Gaïd Slah, sans l’accord duquel rien ne se décide aujourd’hui à Alger

Pour autant, explique « Algérie Scoop », les patrons de la Mosquée se croient éternels et n’ont pas compris qu’à Alger le pouvoir avait changé de mains. Leur protecteur, le général Toufik, est désormais sur la touche et le chef d’état major, Gaïd Salah, est devenu le maitre des élégances politiques. « La bande qui sévit encore à la Mosquée de Paris, estiment les journalistes  du site algérien, avec à sa tète Mohamed Louanoughi  ( … ) veut faire croire qu’elle aurait la situation sous contrôle, malgré les grandes changements politiques et militaires intervenus en Algérie ». Et de poursuivre: « Mohamed Louanoughi a réuni les employés pour les rassurer en leur expliquent doctement que la mosquée serait à l’abri des retombées que peuvent avoir les changements intervenus à Alger dans l’Armée, le gouvernement et les partis (limogeages de généraux majors, départ du président de l’ALN et démission du secrétaire général du FLN) ». A l’entendre, Gaïd Salah n’aurait que des prérogatives strictement militaires et ne serait pour rien dans les changements intervenus.

Selon les sources d’ »Algérie scoop », Mohamed Louanoughi va jusqu’à affirmer que « le vrai et seul « décideur en Algérie ne serait autre que le général major Toufik ». La preuve? « Son homme lige et Premier ministre, Ahmed Ouyahia, proclame Louanoughi, est maintenu à la tète du gouvernement, et sera « élu » président », dans l’hypothèse hautement probable où Bouteflika ne se représentera pas.

Toujours selon ce singulier analyste, l’actuelle direction de la mosquée de Paris restera en place, même après le départ de Bouteflika », Et quiconque contrariera les volontés de Toufik « n’aurait aucune place dans l’espace algérien ».Autant dire que l’ancien sergent mal dégrossi  est désormais plus proche de la porte que de l’augmentation.

Ambitions déçues

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Sami Boubekeur en successeur de son père? Le projet a été abandonné

Affaibli par la maladie et surtout dépassé par les guerres intestines dans le monde musulman, le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, préparait sa succession voici un an et souhaitait alors placer son fils, Sami  à la tête de la plus haute institution musulmane de France. Mais plus lucide que son numéro deux et conscient de l’évolution politique en Algérie, l’ami Dalil est revenu à la raison. Pour être un homme pieux, on n’en est pas moins un homme. Le recteur est en train de négocier de confortables indemnités de départ et chercherait même  à se faire offrir, en prime, un appartement à Nice où il s’entend fort bien avec le maire, Christian Estrosi.

Une retraite bien méritée !

 

 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)
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sami
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sami

Louanoughi est aux abois depuis que les employés de la Mosquée sont de plus en plus nombreux à savoir qu’il n’est plus protégé à Alger par les nouveaux décideurs. Il cherche à gagner du temps en servant un discours convenu au personnel qui lui obéit de moins en moins. Il sait qu’il partira avec Dalil Boubakeur. Il a même essayé de négocier des indemnités de départ représentant 10 à 15% de celles du recteur, lequel possède déjà un pied-à-terre à Nice et voudrait acquérir une résidence pas loin de celles des émirs du pétrole. Pourquoi pas, puisque les Boutéflika ont fait de l’Algérie une véritable pétromonarchies maghrébine.