« Le Monde » vent debout contre le pouvoir militaire algérien

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Le quotidien « le Monde », trop souvent la voix discrète des autorités françaises, a adopté, ces derniers jours, une ligne particulièrement hostile aux autorités gouvernementales algériennes.

Le week end dernier, « le Monde « publiait en une et sur une double page mais sans analyse de fond, un réquisitoire contre la situation actuelle en Algérie, Le quotidien de référence français qui n’a pas brillé, ces derniers mois, par une capacité d’anticipation sur la vie politique algérienne, en remet une louche. « L’Algérie, écrivent nos confrères, parviendra-t-elle à tourner la page de l’autoritarisme de façon pacifique ? Depuis maintenant huit mois, les manifestations non violentes se multiplient contre le pouvoir mis en place il y a vingt ans par Abdelaziz Bouteflika, le président déchu. De celui-ci ne restent aujourd’hui que des oripeaux dont les représentants sont impuissants à comprendre le sens de l’histoire et à appréhender les aspirations d’une population excédée par l’infélicité dans laquelle le régime a plongé l’Algérie. »

On aurait aimé voir nos excellents confrères aussi critiques quand ils annonçaient début 2019, sans s’en émouvoir, que le président algérien d’alors, Abdelaziz Bouteflika, allait à coup sur entamer un cinquième mandat. Nous étions alors en pleine « infélicité » !

« Le Monde », un journalisme de « validation »

Sans véritable analyse durant les années Bouteflika où les analyses du « Monde » sur l’Algérie étaient pratiquement inexistantes, le quotidien français ne cesse de naviguer depuis le « Hirak » et au gré d’informations factuelles et de reportages superficiels, sur la vague des mobilisations populaires. Ce journalisme paresseux valide les dépêches des agences de presse et se borne à prendre acte de la formidable libération de la parole en Algérie.

Jamais on a lu dans « le Monde » des papiers de fond s’interrogeant sur l’instrumentalisation possible des rassemblements populaires, ni sur leur diversité, sur les luttes impitoyables que se livrent les divers clans au sien de l’institution militaire ou sur le soutien des autorités françaises jusqu’en 2014-2015 à l’ex DRS, la police politique algérienne, puis au clan Bouteflika arrivé en bout de course.

Depuis Paris, il est aisé de dénoncer dans la pratique des militaires au pouvoir actuellement à Alger les beaux restes des gouvernements autoritaires qui se sont succédé en Algérie. « Mondafrique » n’a jamais cessé de souligner les inévitables errements de l’actuelle transition politique. On assiste en effet en Algérie à une censure générale des médias, dont l’excellent site « TSA » interdit de publication, à l’arrestation sans fondement de quelques dizaines de supposés opposants et à la tentative brutale de contenir les mobilisations hebdomadaires.

Impasse politique

Pour autant, si on compare la violence de la répression qui a eu lieu en France contre les gilets jaunes avec ce qui se passe en Algérie, il -faut bien admettre que le pouvoir algérien, malgré de sérieux dérapages, a évité la politique du pire.

Reste l’impasse politique qui évidemment voit aujourd’hui s’éloigner la perspective d’élections apaisées et consensuelles à la date fixée par l’actuel pouvoir militaire, à savoir le 12 décembre prochain. Après presque soixante années de quasi dictature, de coups d’état successifs, de règne de la police politique et de quasi guerre civile entre 1992 et 1998, il faut permettre à la société politique algérienne de retrouver une forme d’indépendance et une capacité à se projeter dans l’avenir.

Il faut aussi laisser au « Monde » le temps de former quelques spécialistes du Maghreb, qui ne soient plus dépendants des grilles de lecture du Quai dOrsay ou des émissaires du clan Bouteflika.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)