Le lobby pro Aziz à Paris fait ses courses à Nouakchott

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Le nouveau « patron des patrons » mauritanien, Zeine Abidine Ould Mohamed Mahmoud, a organisé un grand dîner en l’honneur des amis du Président Aziz à Paris: l’ »ambassadeur itinérant », Jemal Taleb, et Eric Besson, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy.

Etait également présent à ce diner Mohamed Abdellahi Ould Yaha, ancien secrétaire d’Etat à l’investissement et proche du président Mohamed Ould Abdel Aziz. La société Maurilog, qu’il dirige était inexistante en 2013; elle est depuis devenue la partenaire logistique privilégiée de Kinross, Total, Kosmos Energy, etc.

Voici notre portrait de Zeine Abidine.

Nouvelle mascotte de la Présidence mauritanienne qui l’a fait nommer à la tète du patronat , Zeïne Abidine Ould Ahmed Mahmoud débuta sa brillante carrière au début des années 90 comme gérant de la « Buvette » de Radio Mauritanie. Dans la foulée, ce Rastignac créait le « Centre de Société Informatique » (CDI), spécialisé dans la commercialisation des produits bureautiques (ordinateurs, imprimantes, scanners). Son produit phare aura été la vente de cartouches à encre pour photocopieurs, dont la plupart recyclées. Ce qui lui permet de mettre un pied dans les portes des ministères et autres organismes publics et de se faire connaitre.

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Le président Aziz a trouvé avec l’ancien gérant de la buvette de Radio Mauritanie un précieux porte flingue dans le domaine du business

La meilleure prise de l’ancien gérant de buvette aura été Yahya Hademine. Cadre de la SNIM, la puissante société étatique qui gère la richesse en fer du pays, ce dernier sera nommé successivement ministre de l’Equipement, puis Premier Ministre.  Cette réussite foudroyante, il la doit à un vrai savoir faire. Lorsqu’il gérait la société ATTM, la filiale transport de la SNIM, il faisait appel systématiquement aux discrètes sociétés de transitaires que le président Aziz possède en sous main et qui arrondissent depuis toujours ses fins de mois. »Yahya Hademine était autant un agent de renseignement du pouvoir qu’un cadre supérieur », explique un ancien collègue de la SNIM.

Avec le parrainage d’un connaisseur comme le Premier ministre, Zeîne Abidine est à bonne école, immédiatement pistonné auprès de plusieurs administrations nationales. Notre ami Zeine Abidine devient un des principaux fournisseurs de l’Agence chargée du projet de mise en place de l’Etat Civil (Fournitures, gestion et exploitation du dispositif…). Les professionnels du secteur protestent, les fournisseurs agréés également, mais la caravane de l’ami Zeine Abidine continue à progresser..

Des appétits sans limites

Zeïne Abidine, a bénéficié également des largesses de certaines sociétés minières étrangères, dont Kinros. C’est lui qui fournit du matériel informatique au site minier de Door.

Après les mines, les grands chantiers.  Afin de parachever ses ambitions, ce boulimique crée l’entreprise BIS-TP de  Génie Civil et de Travaux Publics. Peu importe que Zeine Abidine n’aie aucune référence dans le secteur. Son entreprise qui n’est même pas affiliée à l’Organisation Patronale, rafle tous les marchés, avec la bénédiction des commissions techniques et les complicités des Départements de tutelle: adduction d’eau potable, route Kiffa-Kankossa, construction des nouveaux batiments de  l’Université de Nouakchott, grand Marché de Nouakchott; et tout dernièrement, la construction du nouveau palais du Congrès, pour la coquette somme de plus de 14 milliards d’Ouguiyas mauritaniens. Que l’actuel palais du Congrès reste vide tout le long de l’année, importe peu.

Quand le bâtiment va, tout va….

Foudres présidentielles

Lors d’un Conseil des Ministres voici deux ans, le Président Aziz lui même s’étonnait des accaparements extravagants des marchés attribués à BIS-TP. « Rien n’avance, les chantiers sont en panne, ce n’est pas possible », protestait le chef de l’Etat. Autant de passe droits en effet qui valaient à Aziz quelques salves bien ciblées des patrons mauritaniens dépossédés. L’ordre était donné que cette hégémonie s’arrête immédiatement. Le ministre de l’équipement bloquait un nouveau marché que le vorace Zeine Abidine s’apprêtait à rafler.

La réaction fut immédiate. Soutenu par son « parrain », le Premier Ministre, Zeïne Abidine sollicitait l’audience du Président Aziz. Les deux hommes trouvent rapidement un terrain d’accord, sur un principe simple: « Fifty-fifty ». On partage les profits dans les multiples marchés obtenus de gré à gré. Oubliés les engagements du président Aziz qui lors d’un discours à Nouadhibou, avait pourtant promis que le système de passation des marchés par entente directe n’aurait plus lieu.

Au palmarès de Zeine Abidine, on peut citer notamment une société spécialisée dans la production de Tuyaux, nécessaires à tout projet d’adduction d’Eau Potable, est créée.

Des soupçons de blanchiment

Plus récemment, l’ami Zeine Abidine pourrait bien servir de prête-nom au chef de l’Etat au sein de la Banque Mauritanienne d’Investissement (BMI) qui a reçu son agrément le 31 mars 2016 et dont il détient officiellement 40% du capital. Cette banque chargée des basses oeuvres de l’Etat est parvenue à trouver des correspondants à l’étranger bien peu vigilants: la British Arabe Commercial Bank (BACB) à Londres et l’Union de Banques Arabes et Françaises à Paris.

D’ores et déja, la BMI accueuillerait des dépôts avoisinants les 15 milliards alors que ses portes ne sont pas encore ouvertes au public. D’après des sources que Mondafrique possède dans les milieux financiers mauritaniens, une société étrangère offshore y détiendrait 60 % des fonds et ces derniers, semble-t-il, appartiendraient au Général Président.

Si cela n’est pas du blanchiment, cela y ressemble fortement.

 

 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)