Le Kenya et Djibouti concurrents pour le Conseil de Sécurité

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Le Président de Djibouti, Ismail Omar Guelleh (arrière plan, à gauche) et son homologue kényan, Uhuru Kenyatta (arrière plan, à droite), ont présidé la cérémonie de signature d’accords bilatéraux entre les deux pays.

Le 17 juin 2020, l’Assemblée générale de l’ONU, par la voie digitale, est appelée à élire cinq des dix membres non permanents du Conseil de sécurité. Un de ces cinq sièges est réservé à l’Afrique et, par rotation régionale, à un État de l’Afrique de l’est. Sur fond de rivalités entre la Chine et les Etats Unis

Le Kenya et Djibouti se disputent les suffrages pour succéder à l’Afrique du sud, pour un mandat de deux années (2021-2022). Cette compétition met en lumière une absence de consensus au sein de l’Union africaine mais aussi les rivalités sous-jacentes entre les Etats-Unis et la Chine dans un Conseil de sécurité, de plus en plus paralysé. 

Nairobi, Genève de l’Afrique

Le poids des deux Etats, limitrophes de  l’Ethiopie, n’est pas équivalent. Djibouti avec son million d’habitants, contre cinquante millions pour le Kenya, pèse moins, mais cela ne compte pas dans les choix des 193 Etats membres de l’Assemblee générale de l’ONU. Le Kenya, avec sa capitale Nairobi, joue déjà un rôle important dans le système des Nations Unies. La capitale kényane est le siège de l’Office des Nations Unies en Afrique. C’est un peu Genève en Afrique. C’est à Nairobi que se trouvent également le siège de deux importantes institutions onusiennes : le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et le programme des Nations Unies pour l’habitat. De nombreux diplomates ont leurs habitudes et des relations politiques à Nairobi.

Des bases militaires qui dérangent 

Un autre point essentiel n’est pas forcément en faveur de Djibouti qui est devenu, avec sa position géostratégique proche des plus importants conflits actuels, un « Etat garnison ». Ce micro-État fait commerce des cinq bases militaires étrangères, dont trois constituent les plus importantes en Afrique pour la France, les Etats-Unis et la Chine. Il est probable que de nombreux membres de l’ONU verraient d’un mauvais œil qu’un membre non permanent puisse devenir dépendant des intérêts politiques d’un membre permanent du Conseil de sécurité. On devine aussi  les fortes préoccupations de Donald Trump vis-à-vis du  » partenariat stratégique » de Djibouti dans le cadre  » des nouvelles routes de la soie » du président Xi Jinping et de la dette colossale de ce petit pays envers la Chine qui a un programme d’investissements, appellant des retombées politiques. Depuis 2017, la Chine a énormément investi dans sa base de Obock, première base militaire outre-mer, où près de 10 000 militaires, diplomates et logisticiens sont attendus avant 2026.

Le Kenya, très courtisé 

Comme dans de nombreux pays africains, la Chine est également très présente au Kenya. Le port de Mombassa et le chemin de fer de l’Africa Star Railways Nairobi-Mombassa, réalisé par la Chine, font aussi partie des « routes de la soie »et constituent des infrastructures essentielles pour l’économie kenyane. Les investissements chinois y sont certes très importants mais ils ne sont pas les seuls. Les Etats-Unis considèrent le Kenya comme un de leurs pays prioritaires en Afrique. Le pays natal du père de Barrack Obama bénéficie des avantages de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) pour les importations et les exportations concernant le commerce avec les Etats-Unis. Le président Uhuru Kenyatta, qui a eu jadis maille à partir avec la Cour Pénale Internationale, n’est pas un parangon de la démocratie. Après une annulation en 2016, il a été reélu, en 2017, avec 98% des voix. Évidemment, l’économie prime sur la politique et ce n’est pas un hasard s’il est le seul chef d’Etat africain à avoir été reçu deux fois par Donald Trump. De même, le Kenya a pris une place importante dans la politique africaine d’Emmanuel Macron. Lors de son périple en Afrique de l’est, en mars 2019, il a fait une halte de 12 heures à Djibouti et effectué une visite d’État de deux jours à Nairobi…

Le scrutin du 17 juin prochain semble donc se présenter en faveur du Kenya qui a bénéficié d’un vote favorable, mais contesté, au sein des représentants des États membres de l’Union africaine. Les chefs d’État et de gouvernement ont éviter de se prononcer. Djibouti fait valoir qu’en cas de plusieurs candidatures, la règle applicable aurait dû etre l’éligibilité de l’État présentant le moins de participation au Conseil de sécurité. Djibouti ne l’a été qu’en 1993-1994, tandis que le Kenya l’a été deux fois en 1977-1978 et en 1997-1998. Ce choix n’a pas été fait par l’Union africaine. Une défaite de Djibouti pourrait mettre à mal la neutralité actuelle de ce pays stratégique, engendrer un raidissement vis-à-vis de l’Union africaine et entraver ses bons offices dans les crises en Libye, au Yémen et dans l’ex-Somalie. Quant à l’Organisation Internationale de la Francophonie, avec ses 88 membres, elle pourra mesurer son influence politique…

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Nicolas Beau
Éditeur

Comme à son habitude, Mondafrique s’en tient à une stricte neutralité dans ce genre de compétition qui, avouons-le, ne changera guère les difficultés actuelles du Conseil de sécurité. Que ce soit pour Djibouti ou le Kenya, des éléments objectifs ont été présentés sans prendre partie. Comme souvent, les supporters de l’un ou l’autre des concurrents trouveront ces éléments tendancieux et ne verront qu’un soutien à l’adversaire. Il est probable que des supporters de la candidature kenyane pourraient aussi avoir une réaction négative à l’article, mais opposée à la votre. L’essentiel est la crédibilité de Mondafrique encore réaffirmée par le nombre de lecteurs à l’occasion de cet article.

Abdoulkader Houssein Omar
Invité
Abdoulkader Houssein Omar

Pour ce qui est du fond et dès le premier paragraphe, vous mettez vicieusement sur la balance le poids de la population entre les deux pays en violation avec le principe de l’égalité de souveraineté des états qui reste fondamental aux Nations Unies. Même si vous essayez de vous rattraper par la suite en minimisant ce facteur, le tableau est dressé.

S’ensuit alors, un déroulé sur l’importance et la prééminence de la capitale kényane que je ne voudrai pas contester mais qui sous votre plume, laisse présager des doutes sur votre bonne foi pour la suite de votre article.
En effet, et votre second paragraphe qui concerne Djibouti s’enflamme sur des préjugés aux orientations faussement objectives qui essayent de dépeindre une image totalement biaisée du pays et de sa politique.