Le Jihad, la meilleure antidote contre le virus

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L’Etat islamique ( EI) veut profiter du désordre causé par le Covid-19, « une punition de Dieu », pour se renforcer, estiment les experts de l’ONG International Crisis Group.

Alors même que la lutte contre la propagation du Covid-19 occupe tous les dirigeants du monde, l’Etat islamique (EI) espère profiter d’une baisse de vigilance de coopération internationale en matière de lutte antiterroriste.

Selon la dernière édition de sa lettre d’information hebdomadaire Al Naba, « la guerre » menée à travers le monde doit continue malgré la pandémie. C’est la façon dont l’organisation terroriste répond à l’appel au cessez-le-feu mondial lancé par le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres.

Déplorant la situation des prisonniers musulmans « dans des prisons surpeuplées », des femmes et des enfants « qui souffrent dans des camps de détention inhumains » et des derniers habitants des villes martyres en Syrie, Irak et Libye, « affamés, malades, pour être finalement enterrés vivants sous les décombres », l’organisation réitère ses appels à la guerre. Les musulmans, s’ils doivent se protéger contre le Covid-19, doivent libérer les prisonniers. Pas de pitié envers les « infidèles » et les « apostats ».

Des occidentaux vulnérables

Les pays occidentaux n’ont pas besoin de nouvelles difficultés à surmonter alors qu’ils peinent déjà à prendre soin de leurs populations et à atténuer les effets de la récession économique.  « Ils ne veulent surtout pas envoyer davantage de soldats dans des régions dans lesquelles le virus est susceptible de se propager, ou devoir regrouper physiquement leurs forces de sécurité et leurs soldats alors qu’ils tentent de minimiser les rassemblements et les contacts. ».

Les occidentaux seraient vulnérables en cas de nouveaux attentats dans les capitales européennes « à une période où les systèmes de sécurité et de santé ont atteint les limites de leurs capacités dans certaines régions ».

L’avertissement dd Crisis Group

Les experts d' »International Crisis Group » (ICG) estiment qu’il serait dangereux de sous-estimer cette menace et conseille aux acteurs militaires de premier plan, comme les Etats-Unis en Irak et la France en Afrique de l’Ouest, de garder leurs troupes mobilisées. ICG invite aussi les Etats d’Afrique de l’Ouest à poursuivre leur bon niveau de coopération pour combattre l’EI, notamment dans la zone des trois frontières Niger-Mali-Burkina Faso où la force G5 Sahel est actuellement engagée aux côtés de Barkhane et des armées nationales. Dans la même logique, pour présenter un front uni contre l’organisation terroriste, ICG estime que l’heure est venue « même si cela peut paraître utopique » de désamorcer les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran.

L’éditorial de la dernière édition d’Al Naba, l’un des canaux de communication réguliers du groupe destiné aux provinces reculées de l’Etat islamique, est intitulé « le pire cauchemar des croisés » et se réjouit de voir ses ennemis, qualifiés de « polythéistes », en proie à la peur de la maladie, notamment les « croisés » occidentaux. « La peur de la contagion les a frappés plus que la contagion elle-même », ironise l’article.  

L’incitation à la violence contenue dans al-Naba n’est pas une nouveauté ; rappelle ICG.  « Ce qui importe, c’est plutôt de savoir de quoi le groupe est capable et dans quelle situation opérationnelle il évolue. Si le contexte devient plus permissif – comme le prévoit cet éditorial – l’EI pourra mieux organiser et exécuter des attaques complexes, qui demandent plus de ressources, et dont le bilan humain pourrait être considérable. »

Les membres de la coalition, notamment le Royaume-Uni, la France et l’Espagne, ont annoncé le retrait de leurs troupes en Irak, évoquant les risques de contagion et la suspension de la formation des forces iraquiennes. « Si le soutien de la coalition internationale, déjà mis à mal par les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran, venait à être davantage affecté par le coronavirus, l’Etat irakien, confronté à une flambée du virus, aura certainement également des difficultés à contenir une insurrection de l’EI. » Le danger est le même, estime,  au Sahel, dans le bassin du lac Tchad et en Afghanistan.

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