Le Golfe de Guinée menacé par la criminalité internationale

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Le Golfe de Guinée, notamment au large du Bénin, du Nigeria, du Cameroun et de la Guinée équatoriale, fait désormais partie des zones les plus dangereuses de la planète. Ce qui inquiète la communauté internationale et notamment la France

La piraterie maritime et les trafics en tous genres prospèrent dans le golfe de Guinée. La communauté internationale commence à s’en émouvoir. Il était temps.

La piraterie maritime en pleine expansion

La piraterie maritime dans le Golfe de Guinée est désormais plus fréquente qu’au large de l’ex-Somalie qui est maintenant davantage surveillée par des escadres américaine, européenne, russe et chinoise. Ces Flottes de guerre ont été positionnées en raison de la proximité des crises du Moyen Orient, des tensions avec l’Iran et de la protection des routes maritimes entre l’Extrême-Orient, le Moyen Orient avec l’Europe et l’Amérique. 


Selon le Bureau international maritime,  72 % des enlèvements et 93 % des prises d’otages ont lieu dans le Golfe de Guinée. La plupart des pirates sont soupçonnés de venir du Nigeria, comme ce fut le cas, le 16 août 2019, lorsqu’un tanker et un vraquier ont subi les assauts de pirates armés, alors qu’ils étaient au mouillage au large de Douala. Neuf ressortissants chinois et huit Ukrainiens ont été enlevés pour obtenir probablement une rançon. Le 18 juillet dernier, c’était un navire turc qui avait été arraisonné, avec la prise d’otages de dix marins turcs.

Le stratégique Golfe de Guinée

Les tankers et méthaniers sont très nombreux dans le Golfe de Guinée, riche en pétrole et gaz naturel avec l’Angola, le Gabon, le Nigeria et la Guinée équatoriale. Les ports de Lagos, de Port-Harcourt, de Douala, de Luba et de Cotonou sont soit des ports pétroliers soit des escales, notamment pour les navires évitant désormais le détroit d’Ormuz. Ils sont aussi des relais pour les grands trafics illicites qui alimentent les rébellions qui foisonnent sans cette partie de l’Afrique.
Le trafic de stupéfiants, notamment en provenance de l’Amérique du Sud, est en nette progression. Les cargaisons de cocaïne saisies, venant surtout du Brésil, à destination des ports ouest africains et d’Afrique centrale, sont souvent volumineuses et sont réalisées grâce à une collaboration étroite entre les différents services des États impliqués dans cette lutte intercontinentale. Les ports du Golfe de Guinée sont particulièrement visés par les trafiquants sud-américains, car actuellement moins performants dans cette lutte et gangrenés par une corruption endémique.


Parmi les trafics illicites qui inquiètent le plus ce sont certainement les trafics d’armes. Les ports de Cotonou, Lagos et Douala sont tentaculaires et aux mains de personnalités proche des régimes en place. Ces autorités portuaires sont peu regardantes sur les cargaisons suspectes. Le port de Cotonou est à moins de 700 km du parc national du Pendjavi où deux Français furent pris en otages. Les groupes djihadistes du Burkina Faso et du Niger sont à moins de 1000 km des ports de Cotonou et Lagos. Le port de Douala est à 300 km des deux provinces anglophones en sécession et à un peu plus de 1 000 km des foyers de Boko Haram. 

La forte implication de la France

La coopération militaire de la France est ancienne et très active dans le secteur maritime. Dans le cadre de l’Opération Corymbe, des navires de guerre croisent en permanence dans les eaux du Golfe de Guinée, en liaison avec les points d’ancrage à Dakar, Abidjan et Libreville. Quasiment dépourvues de Forces navales, les pays côtiers bénéficient du renforcement des capacités et de la logistique de la Flotte française. L’École navale à vocation régionale ( ENVR) de Guinée équatoriale, auparavant située à Bata, est un exemple de la forte implication française. Désormais transportée à Tica, à la frontière camerounaise, cette école régionale a des équipements ultra modernes, pour la plupart financés par la Guinée équatoriale, et assure des formations spécifiques pour les différents métiers de la marine de guerre. Ces formations techniques sont assurées par des coopérants militaires français. Chaque année environ 150 stagiaires, provenant de quinze Etats, bénéficient de ce renforcement des capacités. Près de deux années après son déménagement à Tica, l’ENVR a été officiellement inaugurée, le 28 juillet 2019, par le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d’État français auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

 
La criminalité maritime transnationale est une menace pour la paix et la sécurité. Il serait bon que l’ONU, qui dépense des milliards d’us dollars dans des Opérations de maintien de la Paix terrestres avec des résultats peu significatifs, puisse mieux prendre en compte ces menaces, d’autant que la Haute mer, hors des juridictions des États, est surtout concernée par cette criminalité transnationale.

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