La corruption africaine dans le collimateur des USA

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L’arrestation aux Etats Unis de l’ancien ministre des Affaires Etrangères sénégalais, Cheikh Tidiane Gadio, pourrait être suivie par d’autres procédures spectaculaires, notamment contre le groupe Kinross, cinquième producteur d’or dans le monde.

Un vent mauvais souffle contre les chefs d’Etat africains corrompus depuis trop longtemps et de ce fait aveugles sur les risques qu’ils prennent face à une communauté internationale dont les attentes ont changé, plus sensible désormais aux questions de corruption, de blanchiment et de bonne gouvernance. Dans le discours qu’il devrait prononcer la semaine prochaine au Burkina, le président français, Emmanuel Macron, devrait s’en prendre aux autocrates africains qui pillent leurs pays. Les Sassou, Déby, Bongo et autres Aziz devraient avoir les oreilles qui sifflent.

Petits arrangements

Aux Etats Unis, les plaintes se multiplient contre les petits arrangements entre les groupe miniers et pétroliers et les pouvoirs africains en place. Le 17 novembre 2017, Cheikh Tidiane Gadio, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères (2000-2009), a été arrêté à New York et mis en détention. Mais de n’est pas le seul exemple de cette vigilance américaine. En août 2017, l’ancien ministre guinéen des mines, Mahmoud Thiam a déjà écopé de sept ans de prison, pour corruption, pots-de-vin et blanchiment au bénéfice de sociétés minières chinoise. En octobre 2016, un juge de New York condamnait à quatre ans de prison pour trafic de stupéfiants l’ex-chef d’état-major de la marine de Guinée-Bissau, le contre amiral Bubo Na Tchuto, capturé en mer en 2013.

Autre exemple de ce réveil judiciaire, la société minière canadienne Kinross Gold Corporationqui qui exploite deux importants gisements du précieux métal en Mauritanie et au Ghana avait été visée en 2014 par une enquête de la Securities and exchange commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine. La SEC avait mis en évidence les relations étroites du groupe avec le régime mauritanien et des responsables ghanéens. Elle avait notamment exigé de la direction des explications sur les versements opaques à de fonctionnaires et des sociétés proches des autorités de ces deux pays africains. la compagnie.

Depuis ces premières enquêtes, le groupe Kinross est dans le collimateur de la justice canadienne. Une plainte a été en effet déposée par  l’ONG canadienne Mining Watch et par l’association française Sherpa. Malgré ces mises en cause, le cinquième producteur mondial d’or vient d’annoncer qu’il investissait l’équivalent de 500 millions de dollars dans ses installations en Mauritanie.

Corruption au quotidien

D’après le Monde Afrique, la section des investigations internationales de la Gendarmerie royale du Canada a reçu, voici quelque temps, un rapport à charge contre Kinross Le document, qui fait office de plainte, contient des accusations explosives d’anciens employés de Kinross qui mettent en cause les méthodes opaques de l’entreprise sur le continent africain.

Interrogés par le Monde Afrique, plusieurs anciens employés confirment ces critiques. L’un d’entre eux affirme notamment avoir assisté, sur la mine de Tasiast, au nord ouest de la Mauritanie, à un dialogue entre un policier et l’un des officiels de Kinross qui lui proposait de le faire bénéficier de la formation d’une joint venture si celui ci le laissait prendre un avion sans billet depuis la piste d’atterrissage de la mine.

Contrats léonins

D’autres anciens de la compagnie décrivent des arrangements du même type impliquant directement les autorités étatiques. Dans la ville de Las Palmas dans les Canaries où se situe la direction Afrique de Kinross, des contrats léonins étaient passés avec des hommes d’affaires très proches du président mauritanien surfacturant des locations de matériels et de services », relève un ancien employé mauritanien au service « contrats » du groupe. « De toute façon dès qu’on demandait un contrat, ils refusaient de nous le donner. Et le niveau de corruption en devenait ubuesque », affirme un autre.

Plusieurs dignitaires du régime du président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz ont ainsi profité des largesses de la société canadienne destinnées à faciliter certaines opérations ou régler des différends

Même politique du côté du Ghana où Kinross explore une mine d’or dans l’ouest du pays . « Kinross ne veut pas entendre parler de corruption, c’est un sujet tabou qui malheureusement existe. La direction était au courant. Il détestait qu’on leur rapporte un problème, surtout si c’était un problème de corruption ou de fraude interne », déclare un ancien cadre de la société.

De quoi accabler un peu plus le géant canadien ! Et inquiéter les chefs d’Etat qui restent aveugles sur l’état du monde qui les entoure…

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)