Le football camerounais, corruption à tous les étages

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Connu pour son équipe phare « Les Lions Indomptables » dont est issu le célèbre joueur Samuel Eto’o, le football camerounais paye aujourd’hui le prix de plusieurs années de gestion calamiteuse

Illustration_Football_CamerounEntre guerres intestines, primes impayées des joueurs, menaces de suspension par la Fifa et emprisonnement du président de la Fédération et ouverture des enquêtes sur le gestion des fonds de la fédération, la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) est loin d’avoir traversé la zone de turbulence qui la secoue depuis quelques années.

Une gestion calamiteuse

La descente aux enfers de la fédération s’accentue en 2013 lorsque son président Iya Mohammed qui est en poste depuis 2000 et par ailleurs directeur général de la Société de développement du coton (Sodecoton) depuis 1984 est arrêté puis écroué à la prison centrale de Kodengui pour malversations financières. Le contrôle supérieur de l’Etat lui reprochait de graves fautes de gestion et d’un détournement d’environ 11 milliards de Fcfa de la Sodecoton. Alors qu’il est incarcéré, Iya Mohammed est réélu comme président de la Fécafoot. S’en suit un bras de fer bras de fer entre ses partisans et les autorités politiques camerounaises. La Fifa reconnaît pourtant cette élection.

Déjà en 2005, le gouvernement camerounais attirait l’attention d’Iya Mohammed sur la mauvaise gestion des retombées financières et matérielles des participations du Cameroun aux compétitions internationales depuis 1998. Il pointait par ailleurs l’opacité des contrats avec l’équipe Puma, les recettes publicitaires, le sponsoring autour de l’équipe nationale camerounaisse, « les Lions Indomptables ». Puis une enquête est ouverte au lendemain du match nul (0-0) entre le Cameroun et le Sénégal, rencontre qui va détériorer considérablement les chances de qualification des Lions indomptables pour la Coupe d’Afrique des Nations de 2012.

« Les problèmes des Lions et même de la Fécafoot sont connus de tous tout comme les solutions. Il suffit par exemple de combattre la corruption au seins de l’équipe, recruter les joueurs sur base de leurs talents, payer les primes à temps, organiser des élections claires et transparentes à la fédération, construire des stades de football, et surtout éviter l’ingérence des pouvoirs publics dans la gestion de fédération. Enfin il faut recruter davantage de joueurs locaux dans l’équipe nationale » souligne Christian Demo,u un observateur avertit du football camerouanis.

La Fifa voit rouge

Lors de la coupe du monde 2002 les Lions sont habillés d’une tunique combinaison maillot short et à la Coupe d’Afrique des nations de football 2004 en Tunisie, ils arborent  un équipement démembré jugé non conforme par la Fifa. Cette dernière s’appuie alors non seulement sur la loi 4 du jeu, mais aussi sur l’arrogance des dirigeants du football camerounais qui, malgré les rappels à l’ordre, n’ont pas cru devoir changer de tenue. C’est ainsi qu’en avril de la même année, la Fifa sanctionne le Cameroun en lui retirant 6 points dans la perspective des éliminatoires couplées Can/Coupe du monde 2006 et lui inflige une pénalité pécuniaire de 80 millions de Fcfa. Le Cameroun réplique en intentant une plainte en justice contre la Fifa et constitue un collectif d’avocats sous la conduite de Me Akere Muna pour plaider le dossier des Lions à Zurich. Finalement le pays obtient gain de cause et le 21 mai 2004 à Paris, lors de son 54ème congrès, la Fifa lève sa sanction pendant que la marque de vêtements sportifs Puma exige de la Fifa plus d’un milliard de Fcfa de dommages et intérêts.

Entretemps, les choses ne semblent pas s’arranger pour le Cameroun puisque quelques mois après, un communiqué du secrétaire général de la présidence de la République suspend la tenue de l’assemblée générale élective de la Fecafoot et annonce la création d’une commission de relecture des textes de la fédération et d’une commission d’enquête. Une fois de plus la Fifa intervient et menace de suspendre à nouveau le Cameroun de ses activités.

Auparavant, en juillet 2013, le Cameroun avait été suspendu des compétitions de la Fifa en raison de l’immixtion des pouvoirs publics dans le processus électoral, sanction qui sera rapidement levée puisqu’un comité de normalisation sera créé avec pour missions principales la relecture des textes et l’organisation de nouvelles élections sur la base de ces nouveaux statuts au plus tard le 31 mars 2004. Ces élections avaient été reportées au 29 novembre 2014, puis au 25 février 2015, avant d’être fixées au 28 septembre dernier. C’st pour cela que la Fifa a souvent menacé de suspendre le Cameroun de toutes ses activités si, à la date du 30 septembre 2015, la fédération ne se dotait pas d’un bureau. C’est ainsi que le 28 septembre, Tombi A Roko Sidiki est élu comme président du bureau de la Fecafoot.

En sus des sanctions de la Fifa, l’indiscipline, les mauvaises programmations, les primes non payées ou payées en retard, les sanctions infligées par la Féderation aux joueurs ont contribué à fragiliser les coéquipiers de Samuel Eto’o.

En janvier 2012, le comité exécutif de la Fecafoot inflige des sanctions à plusieurs joueurs de l’équipe nationale. Samuel Eto’o Fils capitaine des Lions reçoit une exclusion temporaire de la sélection nationale masculine pour quinze rencontres revue ensuite à durée de huit mois. Quant à Enoh Eyong Takang, il écope d’une sanction d’exclusion temporaire pour une durée de deux mois pendant que Benoît Assou Ekotto doit payer une amende de un million de FCFA. Il leur est reproché  la démobilisation de la sélection camerounaise à Marrakech les empêchant de  prendre part au match amical face à l’Algérie le 15 novembre 2011. Pour ces sanctions, la Fifa demande des comptes à la Fédération.

L’indiscipline a joué un rôle important dans l’élimination précoce des Lions indomptables de la coupe du monde Corée – Japon 2002 reconnait le ministre de la Jeunesse et des Sports de l’époque Ismael Pierre Bidoung Mkpatt. Les Lions double champion d’Afrique, qui participait pour la cinquième fois, dont trois fois consécutives, à la coupe du monde, ont été éliminée au premier tour, avec un nul alors que les observateurs les plaçaient parmi les favoris de la compétition. Or les joueurs de l’époque, à savoir  Gérémi Njitap, Idriss Carlos Kaméni et Patrick Suffo, ont, pour leur part, invoqué la fatigue pour expliquer leurs contre-performances. En effet, les Lions étant  arrivés tardivement au Japon pour une affaire de primes, qui les a retenus plusieurs jours à Paris. Les joueurs ont prétendu ne pas avoir eu suffisamment de temps pour s’acclimater.

L’argent roi

De son côté le fantôme des primes impayées ou payées en retard n’a jamais cessé de hanter la tanière des Lions, ce qui à chaque fois a conduit à des mésententes  entre les joueurs et la fédération. Les joueurs qui ont été habitué à voir leurs primes détournées par les dirigeants n’acceptent plus de se déplacer sans les avoir perçues. Avant la Coupe du monde 2002 en Corée du Sud, les joueurs avaient déjà retardé d’une semaine leur départ depuis la France afin de récupérer l’argent qui leur avait été promis.

Lors de la dernière coupe du monde de football au Brésil par exemple,  les Lions sont arrivés  avec un jour de retard à Rio de Janeiro parce qu’ils avaient refusé de prendre l’avion affrété  tant qu’ils n’auront pas perçu leurs primes en liquides. Les dirigeants avaient beau leur expliquer que le Fifa verse les primes après les compétitions, ils sont restés campés sur leur position. Le gouvernement avait fait un prêt à la banque et tenait à verser une prime de participation individuelle de 50 millions de francs Cfa, montant que les joueurs ont refusé et ont exigé le même montant pour chaque étape franchie lors de la compétition. Au finish et après moult négociations, ils ont accepté une avance de 5,8 millions de francs Cfa par personne.

En mai de la même année, un autre problème des primes avait abouti l’interruption d’une séance d’entrainement prélude à un match amical disputé le 1er juin contre l’Allemagne. En janvier dernier, Les Lions qui étaient censés  quitté le pays à 15 heures pour rejoindre Libreville en vue de leur préparation pour la Coupe d’Afrique des Nations qu’a accueilli la Guinée Equatoriale sont finalement partis à 23 heures toujours pour une histoire de primes. Des situations qui en fait, impactent fortement le rendement des joueurs sur le terrain. Pour remédier à cette épineuse question de primes au sein des Lions, l’actuel sélectionneur Volker Finke avait décidé que pour la Can 2015, les joueurs recevront en guise de primes 5 millions de Fcfa en fonction du nombre de fois qu’ils ont figuré dans la liste des 18 lors de la phase de qualification.

Enquêtes 

En 2011, le gouvernement instruit la police judicaire d’ouvrir des enquêtes sur les retombées des compétitions internationales  de football avec pour missions précises de recenser, répertorier et contrôler la régularité de la gestion des retombées matérielles et financières de la participation des équipes nationales aux compétitions internationales, du sponsoring et des droits de retransmission audiovisuelle ainsi que l’organisation des matchs amicaux et la publicité dans les stades. Il s’agit notamment des fonds issus de la participation des Lions indomptables au mondial de 1998 en France, de 2002 en Corée japon, la coupe des Confédérations 2003 et des coupes d’Afrique des nations 2000 et 2002 et même de la coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Seulement les résultats des enquêtes n’ont jamais été publiés officiellement alors qu’il s’agit au total de plus de 20 milliards de Fcfa de retombées dont la gestion est restée opaque au grand dam des joueurs.

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