France 3, le flirt entre BNP-Paribas et le dictateur Omar el-Béchir

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En 90 minutes, le documentaire « Dans les eaux troubles de la plus grande banque européenne »retrace, ce jeudi 4 octobre, toutes les dérives de BNP-Paribas depuis deux décennies (*). L’établissement est accusé par des victimes d’avoir “sponsorisé“ des massacres au Darfour (Soudan). Un article de Ian Hamel, à Genève  

Depuis la fusion entre BNP et Paribas, en 1999, la principale banque tricolore possède une filiale particulièrement juteuse, installée en Suisse. Elle y fait en particulier du négoce et de l’optimisation fiscale. L’optimisation fiscale est un terme élégant pour expliquer à de grandes sociétés ou à de riches particuliers comment éviter le fisc. A une époque, BNP-Paribas gérait à Genève 40 milliards d’euros. Michel Pébereau, le patron de la banque, pouvait difficilement ignorer les pratiques de sa filiale puisqu’il était au conseil d’administration de BNP-Paribas Suisse entre 2007 et 2015. Mais apparemment, l’établissement a toujours été protégé en haut lieu, c’est-à-dire à l’Élysée. Quand Jérôme Cahuzac, l’ancien ministre du Budget, planque ses “économies“ à la banque Reyl. La justice française s’acharne sur cet établissement suisse et le fait condamner. Mais quand Patricia, l’épouse de Jérôme Cahuzac, choisit BNP-Paribas Suisse pour planquer des sous, le directeur n’est même pas convoqué !

« L’équipe couscous »

Ce documentaire de 90 minutes est d’autant plus passionnant qu’il livre moult témoignages accablants d’anciens salariés de la plus grande banque européenne. C’est vraisemblablement la première fois que l’on évoque « l’équipe couscous », dirigée par un Libanais, installée sur les bords du lac Léman et chargée des plus basses besogneuses. « Plus le pays est pourri, plus le risque est élevé, plus les marges sont importantes », explique un ancien dirigeant.

BNP-Paribas travaillait ainsi avec des pays qui n’ont pas accès au système financier international, comme Cuba, l’Iran et surtout le Soudan oùle dictateur Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989, ne peut pas emprunter à l’extérieur. Comment payer sa guerre au Darfour ? Acheter des armes ? Payer des miliciens ?

6,6 milliards d’euros d’amende

BNP-Paribas arrive à sa rescousse et accepte de violer l’embargo. Pas gratuitement bien évidemment, le Soudan est producteur de pétrole. Pris les mains dans la confiture, la grande banque française a déjà été contrainte de payer une amende record de 6,6 milliards d’euros aux États-Unis.

« Pendant longtemps, les dirigeants de la banque n’ont pas prêté attention aux menaces américaines. Il croyait que ça allait s’arranger grâce à un coup de fil entre l’Élysée et la Maison-Blanche », raconte un témoin. BNP-Paribas a même convaincu François Hollande d’en parler à Barak Obama ! Ce dernier l’a très mal prix, expliquant qu’un président américain n’avait pas à se mêler d’affaires de justice .

 30000 victimes

Ce n’est pas fini pour autant pour la grande banque française. En effet une plainte collective a été déposée aux États-Unis par des victimes du régime soudanais (ils seraient 30 000). Ils accusent BNP-Paribas d’avoir aidé Khartoum à acheter des armes. Et ce n’est pas le seul nuage qui se profile dans le ciel radieux de l’établissement financier : une plainte arrive cette fois du Rwanda pour des motifs similaires. La banque aurait participé au financement de cargaisons d’armes ayant servies aux massacres des Hutus.

BNO-Paribas a réalisé en 2017 sept milliards d’euros de bénéfices. Elle compte 44 000 salariés, 1 900 agences et 7 millions de clients.

 

(*) Documentaire de Thomas Lafarge et Xavier Harel, jeudi, France 3, 23 h 35.

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