Emmanuel Macron dit tout et son contraire sur la politique israélienne

Le président de la République n’a pas le plus petit début de solution pour résoudre le plus ancien conflit de la planète. Mais il rêve de jouer un rôle. 

Une chronique de Caroline Bright

« Jérusalem est la capitale éternelle du peuple juif. Je n’ai jamais cessé de le dire. » Cette phrase a été prononcée au nom d’Emmanuel Macron par Jean Castex, jeudi 24 février, 2022, au dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Le premier ministre lisait un discours qu’Emmanuel Macron ne pouvait prononcer lui-même, étant retenu à Bruxelles à un sommet européen.

Neuf mois plus tard, lundi 28 novembre, le représentant français au conseil de sécurité de l’ONU a déclaré : « Nous le savons, seule une solution à deux Etats, vivant côte à côte en paix et en sécurité, ayant l’un et l’autre Jérusalem pour capitale, permettra d’apporter une paix juste et durable ».

Une diplomatie évolutive

Le « en même temps » auquel le président de la République a condamné les Français sur à peu près tous les sujets, s’applique au conflit israélo-palestinien. Le président Macron reconnait la propriété de Jérusalem aux seuls juifs, mais veut ensuite partage la ville entre les Juifs et les Arabes. La doctrine française sur le Moyen Orient fluctue ainsi au gré des interlocuteurs du président de la République.

Quand en juillet 2022, Yair Lapid, Premier ministre israélien de passage à Paris invite Emmanuel Macron a « jouer un rôle », ce dernier convoque immédiatement Mahmoud Abbas pour un « déjeuner de travail » et le sermonne sur la dégradation de la situation en Cisjordanie et l’absence de relation avec le gouvernement israélien. Mais à la tribune de l’ONU, quelques semaines plus tard, le représentant français accable les seuls Israéliens pour l’absence de tout « processus de paix ».

Des vieilles recettes

Emmanuel Macron rêve de marquer les esprits, de laisser son nom au fronton de quelque chose. Et comme il ne sait pas réellement comment, il en est réduit à utiliser les vieilles ficelles. En janvier 2020, présent à Jérusalem au Forum Mondial sur l’Holocauste, Macron trouve judicieux de provoquer un esclandre avec les policiers israéliens qui assurent sa sécurité. « Je n’aime pas ce que vous avez fait devant moi, sortez! » En quelques minutes, les images montrant l’altercation entre Emmanuel Macron et des policiers israéliens devant l’église Sainte-Anne de Jérusalem ont fait le tour du monde. Cette altercation est la copie d’une altercation similaire menée en 1996 par Jacques Chirac, devant le même édifice.

Le lendemain, le 23 janvier 2020, dans l’avion qui le ramenait à Paris, le président de la République a empêché de dormir trois journalistes qui l’accompagnaient pour leur parler des « sujets mémoriels (qui) sont au cœur de la vie des nations. » Il a déclaré : « Qu’ils soient utilisés, refoulés ou assumés, ils disent quelque chose de ce que vous voulez faire de votre pays et de votre géopolitique. » 

Shoah et guerre d’Algérie, une même mémoire

Diable ! De quoi ce galimatias était-il le sens ? Dans ce Tel-Aviv-Paris, le président de la République française testait en fait sur les trois malheureux journalistes l’idée de faire de la « guerre d’Algérie » un grand moment de repentance nationale. Quel rapport la Guerre d’Algérie avec Jérusalem ? Mais si, mais si… Le président traçait un parallèle entre la Shoah et les morts de la guerre d’Algérie et voulait laisser son nom à un évènement mémoriel concernant l’Algérie comme Chirac avait réussi à le faire en responsabilisant la France pour son rôle dans la Shoah : « la guerre d’Algérie est sans doute le (défi le) plus dramatique. Je le sais depuis ma campagne. Il est là (le défi), et je pense qu’il a à peu près le même statut que la Shoah pour Chirac en 1995 » déclarait le président Macron devant les trois journalistes ébaubis. 

Un président uniquement motivé par le souci de léguer son nom à la postérité peut-il réellement effectuer des percées diplomatiques ? Certainement, mais à condition d’avoir un plan et de ne pas tenter de séduire ses interlocuteurs en tenant à chacun les propos qu’il a envie d’entendre. Ainsi, condamner « les évictions de familles palestiniennes, les démolitions de maisons, la politique de colonisation, contraires au droit international et qui éloignent la possibilité d’établir un Etat palestinien vivant en paix aux côtés d’Israël » ne permet pas de faire accepter aux Israéliens son rôle d’arbitre éventuel.

Un manque de détermination

Soutenir un Mahmoud Abbas qui s’oppose catégoriquement aux Accords d’Abraham n’aide pas non plus à se faire accepter par les pays arabes qui ont reconnu Israël. Ne rien dire sur les salaires que l’Autorité Palestinienne verse aux familles de terroristes témoigne également d’une certaine confusion.

Emmanuel Macron a échoué en Ukraine, au Liban et au Mali faute de réelle connaissance du terrain. Au Moyen Orient, les techniques de com ne sont pas opérantes. Même le Maroc préfère une coopération stratégique et militaire avec Israël plutôt que de perdre son temps sur le dossier palestinien. Mais qui va dire la vérité au Président ?