Le discret voyage de Gaïd Salah dans le Golfe

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Le chef d’état major de l’armée algérienne et vice ministre de la Défense, Gaïd Salah vient d’effectuer, le 2 décembre,  un discret voyage aux Emirats Arabes Unis qui célébraient leur fête nationale. Histoire de conforter, en l’absence du chef de l’Etat, son rôle international.

Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika avait l’habitude d’honorer de sa présence la fête nationale des Emirats Arabes Unis, un pays qu’il affectionnait particulièrement pour y avoir passé une grande partie de sa traversée du désert avant son élection en 1999 à la tète de l’Etat. Cette année, le très mauvais état de santé du chef de l’état l’a empêché de faire un tel déplacement.

Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, aurait du normalement le remplacer, comme il l’avait fait lors de la réunion à Paris des chefs d’état du monde entier venus commémorer, le 11 Novembre, la fin de la guerre de 1914-1918.  Pas question pourtant pour  le chef d’état -major, Gaïd Salah, qu’un Ouyahia qu’il n’apprécie guère  puisse  ainsi prendre la première place et légitimer auprès d’une riche monarchie pétrolière ses ambitions présidentielles.

Le vieux militaire a préféré se rendre lui même aux Emirats Arabes Unis afin qu’il soit clair aux yeux du monde arabe que c’était lui, et lui seul, qui remplaçait désormais le Président algérien lors d’événements internationaux importants.

                         Une halte au Qatar

Lors de ce déplacement aux Emirats, Gaïd Salah a tenu à faire une halte au Qatar,un pays qui a des intérêts financiers considérables en Algérie et qui entretient avec Alger d’excellentes relations. Cette volonté de ne pas choisir entre les frères ennemis qataris et émiratis s’inscrit dans une longue tradition de la diplomatie algérienne. Laquelle a toujours voulu, au sein du monde arabe, agir librement, se tenir au dessus de la mêlée et parler à tout le monde.

Surprenant, l’avion qui ramenait le chef des armées algériennes en Algérie  s’est posé  à l’aéroport militaire d’Oran et non, comme cela aurait été logique en volant depuis le Golfe, dans la région d’Alger.

Comment expliquer un tel détour? Le puissant général, au plus mal désormais avec l’entourage présidentiel et notamment avec le frère du chef de l’Etat, Said Bouteflika, craignait-il de faire de mauvaises rencontres en atterrissant, comme il aurait été normal, dans la capitale algérienne? 

Tout le monde désormais à Alger se méfie de tout le monde et ceux qui s’absentent trop longtemps ont tendance, à leur retour, à perdre leur place. 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)
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« Tout le monde désormais à Alger se méfie de tout le monde et ceux qui s’absentent trop longtemps ont tendance, à leur retour, à perdre leur place. »
citez nous un seul exemple, chiche.