Le décès de Gaïd Salah plonge l’Algérie dans l’inconnu

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Le général Gaïd Salah, chef d’état major et véritable homme fort du pays, est décédé d’une crise cardiaque, a annoncé la télévisions algérienne le lundi 23 décembre. Ce qui plonge le pays dans une situation politique plus incertaine que jamais?

Le général Ahmed Gaïd Salah, qui depuis le départ de Bouteflikaétait devenu le pilier du régime, est mort d’une crise cardiaque à l’âge de 79 ans, a annoncé lundi 23 décembre l’agence de presse officielle Algérie Presse Service (APS), citant un communiqué de la présidence.

Sur le devant de la scène après avoir arraché début avril la démission du président Abdelaziz Bouteflika, quil avait constamment soutneu, le général Gaïd Salah était le visage du haut commandement militaire, qui a assumé ouvertement la réalité du pouvoir jusqu’à l’élection le 12 décembre d’Abdelmadjid Tebboune à la tète de l’Etat. Mais c’est bien Gaïd Salah et ses proches qui avaient cautionné le choix de ce dernier, contesté par le Hirak, et qui dirigeait effectivement l’Algérie.

L’embrassade fut chaleureuse entre le nouveau président Abdelmadjid Tebboune, tout juste élu, et le général Gaïd Salah quelques jours avant son décès.
Certains évoquent un ‘baiser de la mort » tant les soutiens militaires de Tebboune étaient pressés d’écarter le chef d’état major. Ce qu’ils vont tenter de faire aujourd’hui après la disparition de Gaïd Salah

Gaïd Salah, longtemps sur la touche

Né le 13 janvier 1940, engagé dès l’âge de 17 ans au sein de l’Armée de libération nationale (ALN) combattant le pouvoir colonial français, selon sa biographie officielle, Gaïd Salah était l’un des derniers représentants au sein de l’armée des anciens combattants de la guerre d’indépendance (1954-1962), un passé dont les dirigeants algériens ont longtemps tiré leur légitimité. .

Nommé chef d’état-major de l’armée en 2004 par le président Bouteflika , le général Gaïd Salah avait été méprisé par ses pairs dans le passé , et notamment par les généraux dits « éradicateurs » qui avaient fomenté le coup d’état de 1992 contre le président Chadli et organisé une répression féroce contre les islamistes avec près de 150000 morts.

L’allié indéfectible de Bouteflika

Le général Gaïd Salah, qui déteint un record de longévité dans ses fonctions, fut un indéfectible soutien de M. Bouteflika tout au long de sa présidence. Leurs alliance indéfectible leur permit d’écarter en 2015 le puissant patron des services algériens, le général Toufik, qui rêgna en maitre sur l’Algérie pendant vingt cinq ans,

Le général Gaïd Salah finit par obtenir la démission de Bouteflika en avril dernier, après avoir découvert que le frère du président et vice roi à l’époque, Said Bouteflika, cherchait, avec l’aide du redoutable général Toufik, de l’évincer du pouvoir.

Dans cette phase délicate, le chef d’état major fit preuve d’une vraie habileté tactique.

Devenu le vrai patron du pays après la démission de Bouteflika, Gaïd Salah tenta, mais sans succès, de calmer le mouvement de contestation populaire, le Hirak, né un mois plus tôt de la volonté du président sortant de briguer un cinquième mandat. Le naturel reprenant le dessus et son logiciel militaire restant le plus fort, on le vit emprisonner ses contradicteurs, censurer le presse et organiser une élection présidentielle en forme de mascarade, en devenant ainsi l’ennemi public numéro un des mobilisations populaires. Son principal mérite dut alors d’éviter le pire, à savoir des effusions de sang.

Il n’est pas certain que son successeur ne revienne pas à des méthodes plus brutales de maintien de l’ordre.

Une possible guerre des clans

Sa disparition de Gaïd Salah va réveiller les ambitions à peine dissimulées d’un certain nombre de généraux majors qui le soutenaient comme la corde soutient le pendu.

L’alternative désormais est simple. Soit un général ambitieux prend le dessus dans la guerre de succession qui s’ouvre, soit une guerre sans fin débute entre des clans militaires de plus en plus antagonistes. Hélas, l’institution militaire, qui fut toujours, selon le mot de Boumedienne, « la colonne vertébrale du pays » est en proie à de graves divisions.

Dans tous les cas, l’Algérie bascule dans l’inconnu.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)