Le décès brutal du président tchadien, Idriss Déby, déstabilise le Sahel tout entier

Partages

La disparition brutale d’Idriss Déby dont on ignore les circonstances exactes, constitue une
onde de choc qui risque de transformer l’échiquier politique sahélien. Et jusqu’au sud de la Libye, base arrière des groupes armés hostiles au régime tchadien

Le maréchal Idriss Déby Itno est mort le lendemain de son sacre, il
venait d’être réélu pour un sixième mandat consécutif.

Dans quelles conditions est décédé le Maréchal ? Officiellement, il serait
décédé des suites de ses blessures au combat après avoir pris la tête
des opérations contre les rebelles du FACT (Front pour l’Alternance et
la Concorde au Tchad). Ce n’est pas la
première fois que le président tchadien revêtait son uniforme pour se
rendre sur le champ de bataille.

Cependant, d’autres sources militaires
affirment qu’il aurait été tué au cours d’une fusillade entre généraux
de son camp.

La disparition brutale d’Idriss Déby est un coup rude pour la France qui avait fait de la dictature tchadienne son principal allié au Sahel



Un coup d’Etat, le jour de la mort du dictateur…

Quelques minutes seulement après l’annonce du décès, son fils de 37 ans,
le général quatre étoiles, Mahamat Idriss Déby Itno a pris la tête d’un
conseil militaire pour assurer une transition de 18 mois, alors que la
constitution prévoit que le pouvoir soit transmis au président du
parlement qui assure l’intérim. Le fils a également dissous l’Assemblée
Nationale, le gouvernement et décrété un deuil de 14 jours. Deux heures
plus tard, celui qui croit déjà être le nouvel homme fort de Ndjamena
publiait une charte de la transition ! On ne saurait être plus rapide…

A moins que le Maréchal ne soit pas mort ce mardi et que son successeur
ait eu le temps de se préparer. Dans un communiqué publié sur le site de
l’Elysée, la France annonce « prendre acte de l’annonce par les
autorités tchadiennes de la mise en place d’un conseil militaire de
transition » Paris soutiendrait-il le putsch ?

Cela dit, rien n’est joué, la situation reste très volatile et le FACT
dirigé par, Mahamat Mahadi Ali a déjà annoncé qu’il lançait avec ses
alliés une offensive sur les villes de Koro-Toro, Mao et Ndjamena afin
de chasser ce conseil militaire…

Un coup dur pour Barkhane et pour la Minusma

Quel que soit la suite des événements, la disparition d’Idriss Déby
plonge d’ores et déjà le Sahel dans l’inquiétude. L’armée tchadienne est
considérée comme un pilier de la Force du G5 Sahel, 1200 hommes venaient
d’arriver dans la zone des Trois frontières pour renforcer la lutte
contre le terrorisme. Ils seraient, selon certaines informations, sur le
point de repartir. C’est une douche froide pour Paris qui comptait sur
eux pour lancer la grande offensive prévue avant la fin du printemps.
Par ailleurs, le QG de l’opération Barkhane se trouve précisément à
Ndjamena, pourra t-il y rester ?

Le contingent tchadien, même si sa
réputation est surfaite, s’est révélé, certes le plus brutal, mais aussi le plus combattif au
sein de la Minusma. Or, il déjà acquis que les événements en cours au
Tchad déstructureront cette armée. D’une part, à cause de la mort du
chef ainsi que celle d’au moins dix généraux tombés lors des derniers
combats livrés par la rébellion. D’autre part, quels que soient les
nouveaux maitres du palais de Ndjamena, l’armée, dont les officiers
sont tous Zagawas, l’ethnie de feu le président Déby, n’échappera pas à
une purge. Et ce d’autant qu’au sein même de cette communauté, les
dissensions sont nombreuses.

Bouleversement sur l’échiquier géopolitique

D’autres grands renversements beaucoup plus importants encore sont à
prévoir. De par la position géographique centrale du Tchad, trait
d’union entre l’Afrique de l’Ouest, de l’Est et Centrale, et grâce au
soutien inconditionnel de Paris, Idriss Déby jouait aux échecs dans
toute la région : Centrafrique, Soudan, Sahel, Nigéria et Cameroun avec
Boko Haram, sans oublier la Libye, bien entendu. Le rebelle à la tête du
Fact, Mahamat Mahadi Ali, qui a longtemps vécu en France, a rejoint la
Libye pour apporter son soutien aux anti-kadhafistes lors de la guerre
de 2011. Jusqu’à l’accord de cessez-le-feu libyen d’octobre 2020, il
combattait le maréchal Haftar aux côtés des milices de Misrata. Or ces
dernières sont soutenues par la Turquie et le Qatar.

Sont-ce ces Etats qui ont soutenu cette rébellion armée, fourni les équipements et la
caravane de Toyota qui lui ont permis de prendre les régions du Tibesti
et du Kanem et d’avancer sur Ndjamena ? Si tel est le cas, on
assisterait à l’entrée de la Turquie dans le grand jeu africain au grand
dam de la France… Le bras de fer Emmanuel Macron et Recep Tayyip
Erdogan se poursuit sous d’autres théâtres.

Partages