L’autoroute algérienne Est-Ouest, un vrai danger public

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Dans un article paru le 3 avril, le quotidien algérien El Watan enquête sur l’état critique dans lequel se trouve l’autoroute Est-Ouest, censée réduire la distance entre les villes du Nord

Autoroute-PéageDepuis son ouverture officielle en 2008 par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, l’autoroute Est-Ouest est devenue un vrai danger public pour les usagers qui l’empruntent quotidiennement.

Des travaux inachevés depuis son ouverture, un tunnel qui s’effondre et des glissements de terrain qui emportent une partie du «projet du siècle»… Le tronçon qui mène du centre du pays vers l’Est est dans un très mauvais état et est devenu un vrai cauchemar. Celui situé dans la wilaya de Bouira, précisément entre Lakhdaria et Laâdjiba, est dans un état critique. La partie reliant ces deux communes avait été réalisée en 1993 dans la première tranche du projet par l’entreprise algérienne Cosider.

La construction de deux tunnels et d’un grand viaduc situés au niveau des communes de Aïn Turc et Djabahia a été respectivement confiée à une entreprise turque et à un groupement mixte algéro-italien. A proximité des deux tunnels de Aïn Chriki, un gigantesque éboulement de terrain a été enregistré il y a plus de deux ans. Une partie de la route avait été emportée par le glissement de terrain qui menaçait même des habitations. Les travaux visant à stabiliser le sol et la réalisation de cette route traînent toujours.

Études

Par ailleurs, d’autres travaux de mise à niveau ont été lancés il y a quelques jours sur le tronçon allant de Bouira à El Adjiba, à l’est de Bouira. Cette partie avait été réalisée par l’entreprise italienne Todini. Un fait qui illustre une fois de plus que ce tronçon d’autoroute, long de 101 km, traversant Bouira, a été tout bonnement bâclé. Pourtant, celui de Bouira à Lakhdaria avait été livré à la circulation en juillet 2008 et son inauguration avait été faite par le président de la République. L’ancien wali de Bouira, Ali Bougera, actuellement wali de Ouargla, avait déclaré en 2012 que «c’est Cosider qui avait réalisé ce tronçon selon ses moyens».`

Les normes n’ont pas été respectées car, selon M. Ferhat, gérant d’une entreprise de transport de marchandises qui a travaillé dans ce même chantier, «lors de la réalisation du tunnel, qui est situé au lieu-dit Aïn Chriki de la commune de Djebahia, nous étions plusieurs petites entreprises algériennes à avoir sous-traité le transport de terre dégagée lors de la réalisation du tunnel auprès d’une entreprise chinoise qui réalisait le projet. Mais ce qui avait attiré notre attention à l’époque, c’était le fait d’étaler la terre dégagée du tunnel pour qu’ensuite elle soit utilisée comme première couche pour l’autoroute actuelle. Par la suite, nous avons demandé des explications aux responsables pour savoir si cela était temporaire ou non, et ils n’ont jamais répondu aux questions.

Je me souviens aussi qu’une fois, un des chauffeurs de camions 6×4 en a informé les services techniques qui venaient faire les suivis des travaux, mais ces derniers ont répondu simplement qu’ils savaient ce qu’ils faisaient». Un bureau d’études spécialisé dans l’étude des sols et tracés de routes nous a confirmé ces données : «Une grande partie de cette autoroute est réalisée sans étude, car pour un tel projet il faut prendre l’étude très au sérieux, contrairement à ce qui s’est passé sur ce chantier.

On n’a pas besoin d’être un expert pour se rendre compte que cette autoroute est un grand échec, au moins dans certaines zones. Il suffit de regarder là où il y a un glissement de terrain ou une fissure pour voir sous le goudron la terre qui ne devait pas être utilisée. Pour réaliser une telle autoroute, il faut d’abord faire une étude fiable du sol.

Abandon

La capacité portante du sol de fondation doit être calculée avec un facteur de sécurité acceptable pour assurer la sécurité. C’est le même principe lors de la réalisation d’une maison : pour savoir combien on doit creuser pour les fondations, il faut savoir si c’est un terrain rocheux ou meuble. Par la suite, il faut respecter les normes de terrassement car, après avoir dégagé la terre, il faut la replacer par du tout-venant d’oued ou du tuf comme première couche pour que la base de la route soit stable.

Par la suite, il faut mettre une autre couche de gravillon 0/40 millilitre pour servir de couche de propreté et de liaison entre le goudron et le tout-venant. Et en dernier, le goudron en plusieurs couches en sachant qu’il faut mettre d’abord le grave bitume et enfin le béton bitumineux comme dernière couche de finition. Mais les entreprises impliquées dans la réalisation de l’autoroute n’ont malheureusement pas toutes respecté ces procédures, ce qui a causé d’énormes dégâts.» L’autre point qui met en danger les usagers de cette autoroute, c’est l’absence d’éclairage et la présence de dos d’âne qui ne sont pas visibles, surtout la nuit. «Avant, quand l’autoroute était en bon état, je mettais 3 heures pour aller d’Alger à Sétif en respectant les limitations de vitesses qui sont parfois de 80 km/h ! Mais depuis sa dégradation, je mets 5 heures», nous raconte Saâd, un usager de cette autoroute.

Et pour se reposer, il n’y a, pour l’instant, aucune aire de stationnement, les usagers de cette route font une pause quand ils y sont obligés devant les barrages de gendarmerie pour être en sécurité. Les marchés de remise en état sont attribués en gré à gré à d’autres sociétés qui n’ont pas réalisé le projet. L’entreprise japonaise qui devait réaliser les 97 km dans la wilaya de Taref a abandonné le projet pour aller renforcer celle qui réalise les travaux à Constantine au lieu-dit Djebel El Ouahch qui devait être livré en juin, selon le ministre des Travaux publics, Abdelkader Kadi.

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