L’Algérie au bord du chaos politique

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« Le référendum constitutionnel est une étape décisive pour l’édification d’un Etat Moderne » prévoit le Chef d’Etat-Major Said Chengriha en mi-septembre. Mais c’étai avant l’hospitalisation du président algérien Tebboune.

Une chronique de Mohand Tamgout

Les résultats du référendum, le 1 Novembre 2020, sont un formidable désaveu du peuple algérien à l’encontre du pouvoir en place. Le taux de participation officiel de 23,7% est une victoire silencieuse du Hirak..

D’habitude les urnes sont bien bourrées et les résultats brejnéviens sont reliés sur tous les médias audios et écrits du pays. Cette élection n’a pas suscité un intérêt substantiel pour une grande majorité des algériens alors qu’il s’agit de porter sa voix sur la loi fondamentale qui va régir le pays.

Pourquoi l’armée, seule détentrice du pouvoir effectif, a laissé faire l’annonce du taux de participation le plus bas de l’histoire des élections en Algérie ?  La réponse se trouve inéluctablement dans l’inédite conjoncture. Un président hospitalisé hors du pays, et qui a porté le projet constitutionnel comme un atout pour mener à bien son mandat, oblige l’armée à prendre ouvertement les devants de la direction du pays. Elle échange temporellement son autoritarisme apparent par une transparence conjecturelle.

L’annonce sur les détails des résultats sont reportés au lendemain alors que deux heures après la fermeture des bureaux, le ministère de l’intérieur disposait de tous les chiffres avec précision.  Ce report n’est en réalité qu’un répit permettant aux « décideurs » d’insérer subtilement les chiffres attribués au « oui » afin de l’implanter dans un décor approuvable.

Lors de sa conférence, le président de l’ANIE, Mohamed CHARFI, dilue avec célérité le chiffre du oui avec un taux de 66,80% à l’image d’un commissaire-priseur pressé d’adjuger. Or, pour comprendre bien, les choses il serait judicieux de sortir du raisonnement au pourcentage. Il faut bien simplifier les choses, le taux de oui se niche dans le nombre des votants, 5023385 voix exprimées, dont 33,20% par le non. Sur les 24 475310 inscrits, seuls 5 636 172 ont voté dont 1 676867 votants se sont exprimés par le non (33,20%). Autrement dit, 21 119 792 algériens en âge de voter ont tourné le dos à la constitution. Le chiffre de 85% est dissimilé tandis que les projecteurs sont orientés sur le 66,80%.

Les visées de l’ANP dans la nouvelle constitution

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L’obsession du haut commandement repose principalement sur l’approbation de la nouvelle constitution quel que soit les cas de figures imposés. En introduisant deux points essentiels, l’armée algérienne ambitionne le maintien d’une certaine emprise sur le fonctionnement du système à l’intérieur du pays à travers l’article 30. Comme elle aspire à un nouvel interventionnisme à l’extérieur des frontières lui permettant de jouer un rôle dans la sécurité régionale. Les deux grands axes introduits dans le corpus constitutionnel n’a pas fait objet de débat public objectif par les partis politiques ni au sein de la société civile.

L’ANP entre ambitions régionales et sous-traitance militaire

Sur le front externe, l’ANP ne veut plus revivre l’humiliation imposée par l’intervention de l’armée française au Mali, le 13 Janvier 2013, alors que l’Algérie avait déjà mis en place le CEMOC (comité d’Etat Major opérationnel Conjoint) le 21 Avril 2010, regroupant le Mali, Niger, Mauritanie établit à Tamenghest. L’opération Serval a fait voler en éclat les ambitions algériennes sur le plan régionale en la supplantant par l’opération Berkane du G5.

Le débordement de la crise libyenne sur le territoire a été pris au sérieux. Les Etat-major opérationnels sont convaincus que ces crises régionales seraient inscrites dans la durée pour en provoquer des instabilités chroniques. Le Kidnapping du wali d’Illizi le 16 Janvier 2012 sur le territoire national par des rebelles libyens enchaine l’ANP dans l’injonction imposée par le non interventionnisme inscrit dans la constitution. Les crises Malienne et Libyenne astreignent l’ANP à un rôle de spectateur si on lui enlève les opérations très discrètes des forces spéciales.  

Le changement de doctrine de l’armée algérienne a produit un appel d’offre aux puissances qui s’intéressent à l’Afrique et au Sahel. La visite, début octobre, du secrétaire américain à la défense Mark Esper est précédée du chef du commandement US pour l’Africom, le général d’armée Stephen Townsend.  Depuis, 2014, l’ANP a procédé à des manœuvres militaires avec l’OTAN. Cette nouvelle position met en porte à feu l’armée algérienne vis-à-vis de la Russie, son partenaire militaire et fournisseur en armes, mais aussi de la Chine très active sur le continent. L’Algérie souhaite se faire une place dans le jeu d’équilibre régional et continental en se positionnant comme facteur de stabilité avec une expérience de médiateur.

Les jeux d’alliance qui s’opéreront dans un futur proche, sur le plan régional et continental, risque de mettre l’armée algérienne dans une position indélicate. Elle ne pourra pas intervenir de sa propre initiative sauf en cas du droit de poursuite qui relève de la juridiction militaire. Elle interviendrait uniquement dans un cadre de résolution de l’ONU ou UA et sous une coordination ou alliance entre Etats.

L’article 30 de la constitution cache bien un pronunciamiento

L’article 30, surtout son 4ème paragraphe, est conçu pour dissimuler l’interventionnisme direct des militaires dans la sphère civile. Les grands axes de la nouvelle constitution reposent toujours sur celle de 1976. Les constitutions ultérieures octroyaient à l’armée un rôle central dans la vie politique du pays.

L’armée n’a jamais raté une désignation d’un président pour le pays. Elle a désigné Benbella en 1963, par le groupe de Tlemcen. Elle l’a destitué deux ans après à travers un coup d’Etat du colonel Boumediene. Ce dernier a dirigé le pays11 années durant sans constitution ni parlement jusqu’à la mise en place de la constitution de 1976.

En 1979, c’est un collège de colonels qui ont désigné Chadli à la magistrature suprême à l’ENITA. Il sera destitué en 1992 par les nouveaux généraux DAF ayant pris les commandes. Ils désigneront un civil pour six mois, Boudiaf sera assassiné en mondovision. Le Haut comité d’Etat est dirigé par le général Nezzar. En 1994, l’armée désigne le général Zeroual après l’échec de la conférence de réconciliation et le refus de Bouteflika de prendre les commandes. Le général Zeroual sera poussé à jeter l’éponge dans un climat de violence macabre. Le général Larbi Belkheir réussit à imposer la désignation de bouteflika que l’armée a protégé vingt années durant. Il sera destitué par le Général Gaid Salah en application de l’article 102. Ce dernier désigne Tebboune Président le 12 12 2019.

Conscient de sa prééminence dans la vie politique du pays, l’armée opère sa mue pour un rôle subtil et très décret. L’article 30, introduit dans le nouvel habillage constitutionnel, lui octroie de manière invisible le même qu’avant. L’article 30, une sorte d’un pronunciamiento à l’algérienne, ou l’armée jouera un rôle de recours en cas de crise. Elle se réserve le droit d’intervenir à tout moment. L’article 30 ne définit pas les contours ni les raisons d’intervention. L’article en question prête flanc aux interprétations tout azimut.

« L’Armée Nationale Populaire défend les intérêts vitaux et stratégiques du pays conformément aux dispositions constitutionnelles. » stipule le 4 ème paragraphe de l’article 30. La notion d’intérêts vitaux et stratégiques ne sont pas définit en tant que tels. La monnaie, l’économie, les réformes contestées, les crise politiques profonde, les confrontations idéologiques, peuvent-elles être interprétées comme intérêts stratégiques et vitaux et qui exige une intervention ?

Le flou plane sur les possibles interprétations comme fut le cas avec la constitution de 1989. La vacance du pouvoir en 1992, après le refus de Benhabilles président du conseil constitutionnel et la démission du président de l’APN, a ouvert les portes à l’intervention de l’armée après la victoire des Islamistes.

Le pronunciamiento à l’algérienne est très perfectionné par les officines de l’armée algérienne. Il peut être activé à tout moment pour rependre la main à la façade civile accusée d’incompétence et d’irresponsabilité dans les moments de crises. L’ANP dispose de tous les atouts pour créer les conditions d’intervention si son emprise sur les civils s’avère menacer. « le projet constitutionnel en cours est en déphasage avec la réalité politique du pays » estime la constitutionnaliste Fatiha BENNABOU.

En effet, un simple toilettage des textes ne peut faire un tabula rasa sur les revendications de la pression populaire qui s’exprime depuis plus d’une année. Un vrai projet doit porter les aspirations de la majorité pour une stabilité durable. Encore une fois, le passage en force du seul pouvoir effectif dans le pays, s’implémente à la complexité de la crise. Reste le maintien du Hirak dont la crise sanitaire confine sa volonté de maintenir une dynamique de changement. 

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