L’Afrique 2017: la Centrafrique, de mal en pis (4)

Le début de l’année 2016 avait laissé quelques espoirs en Centrafrique. Aujourd'hui, on déchante à Bangui.

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Voici douze mois, la Transition présidée par Catherine Samba-Panza, commencée le 10 janvier 2014, se terminait avec soulagement pour les Centrafricains, tant les mauvaises pratiques financières, le népotisme exacerbé et le clientélisme sans vergogne avaient totalement ruiné le crédit de «  Maman Cathy », bénéficiant d’un soutien inébranlable et inconsidéré du Quai d’Orsay.

“La mangeoire”, encore et toujours

Dans un pays où l’Etat ne contrôle plus qu’une faible partie du territoire, où les registres de l’état-civil ont souvent été détruits, notamment pour les 30 % de citoyens devenus des réfugiés à l’étranger ou déplacés dans des camps à l’intérieur du pays, où l’Autorité nationale des élections a très peu de moyens humains et financiers pour mettre en œuvre le processus électoral, où la centaine de partis politiques sont des clubs de supporters à base ethnique, on était en droit d’attendre que les élections présidentielle et législatives soient très contestées.

Afin d’éviter le chaos, tous les acteurs politiques, la société civile et tous les partenaires techniques et financiers ont fermé pudiquement les yeux sur ces élections. Faustin-Archange Touadera, ancien premier ministre de François Bozizé (2008-2013), est donc devenu le nouveau président de la République, avec près de 63 % des voix, rattrapant miraculeusement son retard du premier tour sur son challenger Anicet-Georges Dologuélé. De même, les interminables élections des 140 députés, n’avaient que de lointains rapports avec les normes internationales des élections. Karim Meckassoua, ancien cacique de l’ère Bozizé et caution musulmane, est devenu président de l’Assemblée nationale et deuxième personnage du pays.

Evidement leurs anciens collaborateurs, de nombreux anciens ministres du général-président ont retrouvé leur place à la «  mangeoire » dans une certaine indifférence des Centrafricains désabusés et des partenaires étrangers, qui ont toujours pris le parti de soutenir, coûte que coûte, le locataire du Palais de la Renaissance.

L’impunité absolue

Depuis l’investiture du président Touadera, le 30 mars 2016, rien n’a été fait pour reconstituer une chaîne pénale. Les discours se succèdent aux discours. La Cour Pénale Spéciale devait être constituée en 2016, ses membres ne sont toujours pas nommés. Seules 8 prisons sur 35 fonctionnent et les évasions sont incessantes. Les tribunaux dans l’arrière-pays sont délabrés. A Bangui on ne juge que le menu fretin. Aucun chef anti balaka et aucun seigneur de la guerre de l’ex Séléka n’ont été arrêtés. Les criminels de sang et prédateurs économiques ont toujours pignons sur rue. Jean-Francis Bozizé, pourtant sous mandat d’arrêt international est revenu à Bangui en toute quiétude.

Les crimes économiques de la Transition de Catherine Samba-Panza ne sont même pas à l’agenda d’une Cour des Comptes moribonde. Les trafics de drogues, d’armes et d’êtres humains sont florissants. Les « diamants du sang » alimentent les places d’Anvers et de Dubaï, avec des Centrafricains, bien connus, à la tête de ces réseaux mafieux qui passent respectivement par le Cameroun et le Soudan. Les sites miniers sont contrôlés par les rébellions bénéficiant de complicités politiques. Pendant ce temps-là, la population souffre d’un déficit alimentaire croissant et ne survit que grâce aux ONG et aux structures humanitaires onusiennes qui estiment que 70 % de la population vit en insécurité alimentaire.

Un quasi protectorat

N’ayant pas la masse critique pour être un Etat souverain, la Centrafrique est devenu un quasi protectorat. Elle est liée à la CEMAC pour les questions monétaires et à la Minusca pour la sécurisation du territoire et notamment la protection des convois sur les principales pistes du pays. La fin de l’Opération Sangaris, qui aura duré 3 ans au lieu de plusieurs mois, ne signifie pour autant la fin de l’action tutélaire de la France. Avec l’évaporation des faibles recettes fiscales, souvent détournées, seuls les financements du FMI, de l’Union européenne et de quelques pays amis permettent de payer les fonctionnaires et de faire vivre le petit millier de « cherche à manger » de Bangui, composés des innombrables conseillers du gouvernement et de la présidence et peuplant les Hauts conseils, Comités et comités ad hoc, créés dès qu’un problème surgit. Les services sociaux tels que ceux de l’éducation ou de la santé sont confiés aux Ong nationales et internationales. Ce statut de quasi protectorat a été confirmé avec les espoirs mis dans la Table ronde de Bruxelles de décembre 2016 et l’enthousiasme qui a suivi les annonces qui vont creuser un peu plus la dette abyssale du pays. Il ne reste que les apparences d’un Etat, avec un président de la république qui multiplie les voyages à l’étranger et des ministres utilisant avec gourmandise les attributs du pouvoir.

L’Eglise, ultime recours

Avec cette situation dégradée marquée par l’immobilisme coupable des pouvoirs publics, exécutif et législatif confondus, il est à craindre que la Centrafrique ne devienne le hub des rébellions d’Afrique centrale et alimente davantage les flux migratoires notamment vers le Cameroun et le Tchad. La seule lueur d’espoir est la nomination du cardinal Dieudonné Nzapalainga, qui est l’une des rares autorités morales à écouter la détresse des Centrafricains et à leur donner une espérance dans l’avenir.

 

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