L’affront des militaires algériens à Emmanuel Macron

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À quelques jours de l’arrivée à Alger samedi d’une très importante délégation menée par le Premier ministre, Jean Castex, le chef d’état major, Saïd Chengriha, évoque « les millions de martyres » de la guerre d’indépendance, en barrant la route à la réconciliation mémorielle souhaitée par Emmanuel Macron.

C’est plus qu’un affront, un bras d’honneur diplomatique que fait subir l’institution militaire algérienne au pouvoir français. L’évocation de « millions de martyres », au mépris de la vérité historique, par le chef d’état major, met fin à la tentative d’Emmanuel Macron, via le rapport demandé à Benjamin Stora, de tenter de reconstruire une mémoire commune entre les deux pays.

« Il est clair que l’arme algérienne n’a ni l’envie ni l’intention de revenir sur le passé occulté de la guerre d’indépendance; Un authentique travail de mémoire sur la « guerre de libération » anti-coloniale,  remettrait en cause la propagande officielle, fondamentale pour la légitimation des généraux algériens », note dans « le Monde » l’ancien diplomate Jean Pierre Filliu. Et d’expliquer que « l’Armée nationale populaire (ANP) émane pourtant d’une seule partie de l’ALN, « l’armée des frontières », qui fit mouvement à partir du Maroc et de la Tunisie, lors de l’indépendance de 1962, pour étouffer la résistance intérieure des maquis de l’ALN. Une telle militarisation du régime algérien renversa la hiérarchie traditionnelle des pouvoirs en faisant du FLN, parti unique jusqu’en 1989, le bras civil de l’ANP ». 

Double message 

Il reste que ce n’est pas un hasard si la déclaration de Saïd Chengriha intervient à la veille de l’arrivée en Algérie d’une délégation de huit ministres. Le message de l’armée algérienNE aux Français est double. À Alger tout d’abord, ce n’est pas le président Tebboune, avec qui Emmanuel Macron a les meilleures relations, qui gouverne, mais bien l’institution militaire. Et cette dernière n’a guère l’intention de tisser avec la France un quelconque axe diplomatique comme l’espèrent Macron et Le Drian, soucieux de trouver quelques alliés pour reprendre pied en Libye et trouver une sortie honorable au Mali.

A moins naturellement que la France accepte, comme le lui demandent les services secrets algériens, de livret quelques opposants actifs sur les réseaux sociaux à partir de Paris!

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

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