La Tunisie s’algérianise

La justice tunisienne a ordonné jeudi le placement en détention de l'homme d'affaires et magnat des médias Nabil Karoui dans le cadre d'une enquête qui le vise pour des soupçons d'évasion fiscale et de blanchiment d'argent. /Photo d'archives/REUTERS/Zoubeir Souissi
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La justice tunisienne a ordonné, jeudi ,le placement en détention de l’homme d’affaires et perdant des dernières élections présidentielles, Nabil Karoui

Figure controversée sur la scène politique, Nabil Karoui a été candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2019, remportée par l’universitaire conservateur et indépendant, Kaïs Saïed avec 72,71% des suffrages. La roche tarpéienne est proche du Capitole. Tout récemment, un mandat de dépôt en effet a été émis par le pôle judiciaire économique et financier contre le même Karoui, vient de déclarer un porte-parole du tribunal de première instance de Tunis, cité par l’agence officielle de presse TAP.

Retour à la case prison

Nabil Karoui avait été arrêté en août dernier alors qu’il était candidat et en pleine campagne électorale, mais libéré le 9 octobre en pleine campagne présidentielle. L’enquête s’est néanmoins poursuivie.

Nabil Karoui dirige le parti « Au coeur de la Tunisie », deuxième formation représentée au Parlement, où elle soutient, tout commeles islamistes d’Ennahdha, le gouvernement dutechnocrate Hichem Mechichi.

Nomadisme politique

Nabil Karoui s’est livréen effet à de sobres manoeuvres pour échapper aux poursuites judiciaires et ne s’est pas grandi. L’an dernier, le magnat des médias, propriétaire de la chaîne de télévision privée Nessma TV, avait accusé ses opposants politiques, notamment le parti islamiste Ennahda, d’avoir orchestré son emprisonnement. Aujourd’hui e parti de Karoui est désormais allié à Ennahda à l’Assemblée des représentants du peuple.

Avec des pratiques politiques aussi dégradées, la Tunisie semble s’algérianiser. A Alger en effet, les différents politiques se traitent à la barre des tribunaux et les procès sont instruits dans des conditions rocambolesques et partiales. Il semble que la Tunisie suive le même chemin.

Le modèle tunisien qui fut la fierté du monde arabe et méditerranéen après le printemps arabe de 2011 a du plomb dans l’aile! Et comme ilsedouble d’une profonde crise économique, on peut s’inquiéter de la pérennité du laboratoire démocratique du pays du jasmin.

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)