La justice nigérienne face à l’histoire

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Je ne suis pas juge. Ma formation d’historien m’interdit formellement de juger. Je ne lui désobéis point en faisant part de ma certitude, c’est la science politique qui me l’impose. Ce n’est pas non plus une déposition publique, quelle valeur en aurait-elle ? Seul le juge statue après audition du concerné. Je ne suis pas ce concerné. Je fais seulement mon examen de conscience de citoyen comme tout bon juge.

par Prof. Issoufou YAHAYA, Historien et Politologue

Le juge, le citoyen assermenté écrit l’histoire. Il est même un acteur important. Le juriste est un grand professionnel de l’histoire. N’en doutez point de cette vérité, car la loi et son application interpellent l’intelligence, le bon sens et la raison. L’honorable juge nigérien l’a fait maintes fois, flagornant l’intégrité de sa corporation et glorifiant la probité de la justice de notre pays. Chapeau !

Il y a 30 ans, le procès de Tchintabaraden et de Tounfaminir divisait en deux la société nigérienne et « ouvrait » une nouvelle ère avec la Conférence Nationale. Qui avait tord, qui avait raison ? L’on ne le saura jamais. Ce qui est sûr, l’on se souvient encore bien du juge Timbo et de Maître Kelessi, nullement des prévenus. Le 3 juillet 2018 va s’ouvrir le procès des défenseurs des droits humains à Niamey. L’histoire est têtue. Les uns avaient pris des armes, quel a été leur sort ? Les autres ont été arrêtés, loin du théâtre, pour avoir simplement signé un appel à manifestation d’une manif qui n’a jamais eu lieu. Hier encore JID et JAD signifiaient l’exercice des libertés fondamentales, aujourd’hui JAC signifie putsch. Est-ce cette accusation du président du conseil supérieur de la magistrature qui sera confirmée ?

Les faits ? Les JAC ont démasqué la mal-gouvernance au Niger. Elles ont fait mal, très mal à la renaissance, mis à nu les pratiques corruptives et l’amateurisme des gouvernants. Les rides, les plis, les doutes et même la douleur se lisent sur les visages des acteurs politiques en charge de la gestion de l’Etat, eux qui ont marché comme personne à leur temps. Le droit le leur permettait. Pourtant, c’est le même droit. Serait-il inintelligemment appliqué hier et intelligemment aujourd’hui ? J’en doute fort. Celui qui l’applique, le juge vit dans la société. Sa lecture objective est interpellée et nul n’osera la mettre en doute, pas même les tenants du pouvoir.

Mon intime conviction est que les partisans du pouvoir ne sont pas inquiets de leur mauvaise gestion ; ils ne sont nullement choqués par les affaires que dénoncent les médias et la société civile. Il me paraît, qu’ils ne sont même pas inquiets pour le Niger. Qu’ont-ils fait pour le prouver ? Par contre, ce qui les inquiète, c’est la perte de leur confort et des privilèges, ainsi que l’incertitude pour eux et leurs progénitures dont pourraient être responsables les organisateurs des JAC. Cette assertion en fait-elle d’eux des criminels ?

Mon intime conviction est aussi qu’un président d’une délégation spéciale n’a pas de légitimité dans une vraie démocratie. Encore moins relevé de ses fonctions. C’est pourtant au juge, le professionnel du droit d’apprécier, lui qui rend la justice au nom du Peuple nigérien, selon son intime conviction.

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