Sahel, le Quai d’Orsay irréprochable?

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Sur le site de la diplomatie française, M. Jean-Marc Chataigner, ambassadeur envoyé spécial pour la Sahel, s’est exprimé en janvier 2018 depuis le Musée du Quai Branly, le Musée hautement symbolique des objets « volés » à l’Afrique. Il peine à y faire le lien entre l’intervention militaire en Libye et la déstabilisation du Sahel. S’il date le début de la crise malienne en 2012, il oublie peut-être que l’intervention militaire franco-anglaise en Libye a débuté en mars 2011 et qu’elle a causé un déferlement d’armes et de djihadistes dans le nord du Mali.

Son discours est un pied de nez aux parlementaires britanniques qui ont dénoncé dans un rapport publié fin 2016, l’intervention militaire du Royaume-Uni et de la France en Libye et où Nicolas Sarkozy et David Cameron sont directement mis en cause pour avoir conduit la région et tout le Sahel au chaos actuel. La France y est désignée comme étant à l’origine de l’initiative militaire. Et Nicolas Sarkozy est directement visé.

Le texte liste ainsi en détail ce que les députés estiment être les raisons de la volonté française:
• S’emparer d’une plus grande part de la production libyenne de pétrole
• Accroître l’influence française en Afrique du Nord
• Améliorer la situation politique personnelle de Nicolas Sarkozy en France
• Permettre à l’armée française de réaffirmer sa position dans le monde
• Répondre à la volonté de Kadhafi de supplanter la France comme puissance dominante en Afrique francophone.

Cinglant, le texte relève que « quatre des cinq facteurs identifiés concernent les intérêts nationaux de la France tandis que le cinquième n’est relatif qu’aux intérêts personnels du président Sarkozy ».

Force est de constater que M. Chataigner n’est pas non plus en accord avec le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, qui a déclaré il y a quelques jours au journal « Le Monde » : Nous ne sommes pas responsables de la fin de Mouammar Kadhafi et du délitement de la situation en Libye où il y aurait 13 millions d’armes en circulation »,
ni avec le colonel à la retraite Jacques Hogard qui déclarait:
Les conséquences du changement de régime en Libye sont incalculables en Afrique. Kadhafi n’était pas n’importe qui. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou pas, il faut admettre que Kadhafi était un personnage qui avait des moyens considérables qu’il distribuait à de nombreux pays africains, surtout au Mali.
Maintenant Kadhafi n’est plus là. Et la situation au Mali est très compliquée. La chute du régime de Kadhafi est une onde de choc qui déstabilise l’Afrique, plus particulièrement le Sahel et le Maghreb !
La France s’est engagée dans la guerre en Libye sans réfléchir aux conséquences. La crise malienne était prévisible. Et j’ai bien peur que ce ne soit pas fini ! 
Durant le conflit libyen, j’ai rencontré un responsable malien qui m’a dit : « Jacques il faut que la France y aille doucement en Libye. Kadhafi est trop important ! On ne peut pas en finir comme ça ! »

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