La disparition de Pascal Josèphe, esprit libre et amoureux de l’Afrique

Pascal Josèphe qui avait été directeur des antennes de TF1, La 5, France 2 et France 3, aura été, sans ostentation et en douceur, un des esprits les plus libres et les plus créatifs du paysage audiovisuel en France comme en Afrique. Ce fut aussi, depuis la naissance de Mondafrique, un ami fidèle toujours généreux de son temps et de ses conseils 

Ce serait réduire la personnalité si attachante de Pascal Josèphe à l’homme de réseaux qu’il fut aussi. Il est vrai que son brillant parcours au sein du PAF l’avait conduit à connaitre tous les crocodiles de la fosse médiatique, les « décideurs » politiques du monde audiovisuel ou encore les réalisateurs les plus doués de sa génération. Sans parler de sa fidélité à la presse lui qui, fils d’un grand baron du Parti Socialiste du Nord, fut étudiant à l’école de journalisme de Lille.

Mais ce sont les rencontres fortuites, les projets d’un jour et de toujours, les affinités électives qu’il privilégiait. Au service de la formule inscrite sur le fronton de la BBC, qu’il aimait mettre en avant: « Informer, Divertir, Cultiver ». 

L’occasion ratée

Pascal Josèphe avait été à deux doigts, fort de sa seule réputation, d’être nommé à la tête de France Télévision en 2015. Hélas pour la vitalité d’un Service Public endormi, François Hollande, alors Président de la République, avait soutenu de tout son poids l’élection de l’ancienne directrice générale d’Orange et énarque, Delphine Ernotte. Il avait fallu trois tours du scrutin serrés pour écarter l’homme de l’art par des pressions peu admissibles sur certains membres du CSA sensibles aux promesses du Pouvoir. Cet esprit libre n’en avait gardé aucune amertume, lui qui jetait sur le monde un regard amusé et enthousiaste.

Hervé Bourges, l’ancien PDG de TF1 et France Télévisions aujourd’hui décédé qui avait conservé lui aussi une profonde fidélité à l’Afrique et à l’Algérie, aura été longtemps son mentor. Seulement Pascal Josèphe, trop indépendant pour faire allégeance, a pris son envol rapidement, en lançant ses propres émissions télévisées: Droit de RéponseTaratataLe Cercle de MinuitFroufrouBas les MasquesGeopolis ou la série L’Instit. On lui doit aussi le lancement de la série emblématique et populaire de la télévision française « Plus belle la vie ». Laquelle vient de s’éteindre doucement, alors que Pascal Josèphe vivait ses derniers instants

La passion de l’Afrique

Ces dernières années, cet expert incontesté du paysage médiatique français s’était largement recentré sur l’Afrique et le Maghreb. Pascal osait tout. Y compris le projet de créer une vaste plate forme culturelle, Plumm.tv, entre le Maghreb et la France, lui qui n’aimait rient tant que de jeter des ponts entre les rives, les cultures et les êtres. Il avait aussi obtenu un contrat avec France Télévision pour réaliser quelques centaines de portraits d’Africains inventifs et performants. Enfin, il assurait en Côte d’Ivoire la présidence de Médiamétrie qui calculait les audiences des chaines dans un des pays africains qui a développé un secteur de télévisions privées.  

Cet ami d’une totale élégance et d’une écoute constante a toujours accompagné « Mondafrique » par ses conseils et son soutien. Qu’il en soit remercié ! Nous avions débuté avec lui un livre d’entretiens sur sa vision du paysage médiatique en France et en Afrique, un travail que sa maladie avait hélas interrompu cet été. 

Nous partageons la peine de sa famille et de ses enfants qu’il aimait tant réunir dans sa vaste ferme des bords de la Loire plantée au milieu des vignes, cette campagne paisible et authentique qui lui ressemblait.

 

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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)

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