Le soutien de Trump à la marocanité du Sahara stabilise la région

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La reconnaissance par le président Trump de la souveraineté marocaine sur le Sahara bouleverse la donne diplomatique sur le sort du Sahara occidental, un territoire revendiqué à la fois par le peuple marocain d’un coté et par les Sahraouis soutenus par l’Algérie de l’autre.

La décision de Donald Trump a été actée,  ce jeudi, par un décret présidentiel reconnaissant officiellement la Marocanité du Sahara.«Donald J. Trump, Président des Etats-Unis d’Amérique, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés par la Constitution et les lois des Etats-Unis, proclame par la présente que les Etats-Unis reconnaissent que l’ensemble du territoire du Sahara occidental fait partie du Royaume du Maroc». Le président américain en avait informé le souverain marocain, Mohamed VI, lors d’un entretien téléphonique, précisant que son pays compte également ouvrir un consulat dans la ville de Dakhla, à quelques encablures des derniers affrontements entre l’armée marocaine et le Front Polisario.

Dans le même temps, le souverain marocain annonçait son intention de reconnaitre l’Etat israélien. « Une autre avancée HISTORIQUE, aujourd’hui ! Nos deux GRANDS amis, Israël et le royaume du Maroc, ont accepté de normaliser complètement leurs relations diplomatiques – un grand pas en avant pour la paix au Moyen-Orient ! », a écrit Donald Trump sur Twitter. Lors d’un entretien téléphonique avec le Président des Etats-Unis, le roi Mohammed VI, avait bien, selon un communiqué du palais royal, confirmé que le Maroc allait « reprendre les contacts officiels et les relations diplomatiques, dans les meilleurs délais, avec Israël ».

L’Algérie, la grande absente

« Peu importe le flacon pourvu qu’on aie l’ivresse ». Dans la recherche par le Royaume marocain de soutiens diplomatiques qui n’a jamais cessé, la décision du président américain, même sur le départ, contribue à stabiliser la région après un demi siècle de présence marocaine au Sahara. Tout comme la reconnaissance d’Israel par le Maroc accélère le cours de l’histoire au Moyen Orient, plus que ne l’a fait un Printemps arabe mort né qui a conduit au retour des dictatures

Que ce geste diplomatique d’importance soit venu d’un Donald Trump qui avait marqué, au départ, ses distances face avec le Royaume chérifien jugé trop favorable à son adversaire démocrate, Hillary Clinton, durant l’élection présidentielle de 2016, est un de ces paradoxes dont se nourrit l’histoire. Que le Président américain, qui n’avait pas marqué jusqu’à présent un réel intérêt pour le dossier du Sahara, ait agi ainsi pour obtenir du Maroc la reconnaissance de son allié israélien, importe peu. Le Maroc qui ces dernières années avait déja marqué des points face à l’Algérie au sein de l’Union Africaine remporte une victoire diplomatique incontestable, même si la position de l’administration américaine doit encore être approuvée par Jo Biden, le successeur démocrate de Donald Trump.

La situation chaotique du pouvoir algérien, partenaire des Américains dans la région, mais qui a pour l’instant à peine réagi aux annonces de Trump, a naturellement favorisé cette recomposition du paysage régional. L’absence de pilote dans l’avion présidentiel à Alger a permis aux forces armées marocaines de s’imposer militairement au Sahara contre les tentatives de groupuscules saharaouis de bloquer les routes d’accès vers la Mauritanie, et au delà vers l’Afrique de l’Ouest.

Les Palestiniens, un pays frère

Le président américain dont les relations intimes avec la droite israélienne sont connues a fait un intense lobbying pour que le Maroc reconnaisse parallèlement l’Etat d’Israel. La diplomatie est affaire de rapports de force et non de bons sentiments.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a forcément salué un accord qu’il qualifie, à l’instar de Donald Trump, d’historiqueLe chef du gouvernement hébreu est même allé plus loin évoquant des vols directs entre le Maroc et Israël. Mais forcément du côté palestinien, ce n’est pas la joie. Le mouvement du Hamas, islamiste, évoque un péché politique.

Voici quelques semaines, le Président américain avait obtenu de ses amis émiratis une telle reconnaissance. Lesquels émiratis n’ont pas grand mal à faire avaler la pilule à une opinion publique sous surveillance qui ne bénéficie d’aucun droit d’expression. L’exercice est autrement plus périlleux au Maroc où le multipartisme existe et dont le gouvernement est dirigé par des islamistes très remontés contre « l’ennemi sioniste ». Les citoyens marocains n’ont jamais hésité quant à eux à manifester en grand nombre, sans être réprimés, en faveur des droits des Palestiniens.

Mohammed VI a mesuré le risque politique qu’il prenait. Le jour même où Trump lui faisait part de sa décision, le souverain a eu un entretien téléphonique avec Mahmoud Abbas Abou Mazen, président de l’Autorité Nationale Palestinienne. Le souverain a tenu à affirmer « l’estime » qu’il voue au président Abbas ainsi que son attachement aux « droits inaliénables » du peuple palestinien conformément aux résolutions de la légalité internationale.

« L’intransigeance » d’Israel

Durant son règne, Mohamed VI a démontré que cette solidarité avec la cause palestinienne n’était pas une posture. Dans la foulée des accords d’Oslo, un bureau de liaison israélien au Maroc avait déjà été opérationnel de 1994 à 2002. C’est un juif marocain. David Dadon, directeur des relations avec les Etats arabes au ministère israélien des Affaires étrangères, qui en prit la tête. La présence en Israel de 600000 juifs originaires du Maroc et restés attachés à leurs origines a toujours contribué à ce que les ponts ne soient pas coupé entre les deux pays.

Le 21 octobre 2000, après déclenchement de la deuxième Intifada, le Roi Mohammed VI avait décidé de rompre les relations avec Israël, en signe de soutien aux Palestiniens et en protestation contre les violences israéliennes à l’encontre de civils.«En raison de l’échec du processus de paix dû à la violence israélienne contre les civils palestiniens depuis plusieurs semaines, le Maroc a décidé de fermer le bureau de liaison israélien à Rabat et sa représentation diplomatique à Tel-Aviv», rapportait alors l’agence officielle marocaine, dans un bref communiqué. «L’attitude intransigeante d’Israël (…) », était dénoncée.

Une zone de paix

Pour l’administration américaine, l’ouverture du consulat est un signal fort sur le climat de sécurité et de stabilité qui pourrait désormais rêgner dans cette région frontalière entre le Maroc et la Mauritanie. Sur la route de l’Afrique, pourrait apparaitre une zone de paix et de prospérité que rendent possibles les bonnes relations qui existent, depuis l’avènement du président Mohamed Ould Ghazouani, entre Nouakchott et Rabat.

Encore faudrait-il que le voisin algérien, victime d’un complexe d’encerclement, accepte de lâcher un Front Polisario squelettique qui ne survit que grâce à sa protection. Ce qui suppose une recomposition d’un nationalisme figé qui a transformé le conflit sahraoui en une cause sacrée. Au prix d’une guerre diplomatique absurde au sein du Maghreb.



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Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)