Le candidat salafiste de Marrakech faché avec Riyad

Candidat salafiste du parti islamiste PJD à Marrakech, Hammad Kabbaj a rompu, en 2013, avec son mentor proche de l'Arabie saoudite pour se rapprocher des Frères musulmans

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En désignant l’imam salafiste Hammad Kabbaj en tête de liste à Marrakech pour les législatives marocaines du 7 octobre, le parti islamiste du PJD fait un appel du pied à l’électorat le plus conservateur du pays. Une manoeuvre destinée également à faire oublier le récent scandale sexuel dans lequel sont impliqués deux grandes figures liées au parti.

Connu pour ses positions controversées et ses sorties virulentes contre les juifs, Kabbaj n’a fait son entrée en politique qu’en 2011 au moment du printemps arabe. Devenu tétraplégique à l’âge de seize ans à la suite d’un accident de voiture, le candidat des islamistes dans la circonscription de Guéliz-Marrakech a d’abord évolué dans le monde associatif.

Sissi, le déclencheur

Ancien vice-président de l’association « Prédication pour le Coran et la Sunna » prônant une idéologie conservatrice de la société, Kabbaj fut longtemps le disciple de l’imam Mohamed Al Maghraoui, le Président de l’association qui avait fait polémique en 2009 en émettant une fatwa autorisant le mariage pour les fillettes de neuf ans.

Financée par l’Arabie saoudite, « Prédication pour le Coran et la Sunna » avait fini par fermer en 2008 sur ordre du ministère de l’Intérieur alors préoccupé par la montée du radicalisme. Les relais de Maghraoui à Riyad sont toutefois restés intacts et lui valent encore aujourd’hui la bienveillance du Palais marocain qui entretient d’excellentes relations avec l’Arabie Saoudite.

Lorsque le printemps arabe éclate en 2011, Maghraoui embrasse la ligne saoudienne hostile aux frères musulmans. Un positionnement qui provoquera la discorde avec Kabbaj lorsqu’en 2013, ce dernier s’oppose au coup d’Etat du président égyptien Abdelfattah Al-Sissi mené contre le chef d’Etat islamiste de l’époque, Mohammed Morsi. Le divorce entre les deux hommes est consommé lorsque Kabbaj décide de démissionner quelques mois plus tard.  Invité, dès son départ, à intervenir à des conférences organisées par le Mouvement pour l’Unité et la Réforme (MUR), aile religieuse du PJD qui a également pris fermement position contre le putsch de Sissi, le voici recruté pour le compte des islamistes.

« Pas de chasse aux sorcières »

Il en est, depuis, l’un des plus fervents défenseurs. Lors de la campagne pour les régionales et les municipales de 2015, il appelle publiquement à voter pour le PJD dont il estime qu’il est « le seul parti qui défend l’islam et les valeurs ».

Sous le feu des projecteur depuis l’annonce de sa candidature pour les législatives à venir, il s’emploie désormais calmer les inquiétudes concernant les répercussions que pourrait avoir son élection sur l’économie de Marrakech, ville phare du tourisme marocain connue pour sa vie nocturne agitée. « La ville est dirigée par le PJD et il n’y a pas eu de chasse aux sorcières, ni dancing fermés ni restrictions. La pratique politique est un contrat entre élu et population et on ne peut imposer nos idéaux religieux là dedans » a t-il affirmé dans un entretien au journal marocain « L’Economiste ».

 

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