Jean Ping: « Libérons le Gabon de la peur »

Ce samedi 27 aout, le Gabon élit son prochain président. Jean Ping le principal opposant au chef d'Etat sortant, Ali Bongo, appelle ses partisans à "la vigilance" lors du dépouillement du scrutin

Mondafrique. Ce samedi, le Gabon vote pour élire son futur président. Quel est le message que vous avez voulu adresser au peuple gabonais pendant cette campagne?

Jean Ping. Je veux libérer le Gabon de la peur, sortir de la dictature, rétablir l’état de droit. Et je veux aussi libérer le gabonais du besoin. Il n’est pas normal que le Gabon soit un pays riche et les Gabonais très pauvres. Il faut remettre l’homme au centre du projet politique.

Mondafrique. Ce scrutin peut-il avoir lieu dans un climat apaisé? Que pensez vous des alarmes sur les réseaux sociaux qui évoquent le risque de fraude généralisée?

Jean Ping. Nous sommes sur de gagner. Les personnalités de l’opposition qui se reconnaissent dans ma candidature pourraient, chacune, obtenir plus de voix que le président sortant Ali Bongo. Hier soir à Libreville, cent mille partisans ont assisté à mon meeting, on a balayé une large avenue et détourné la circulation pour accueillir tout le monde. L’élan est évident. Mais il est vrai, hélas, que de nombreux témoignages nous parviennent sur la préparation d’une fraude massive: des urnes toutes préparées découvertes chez des particuliers, des scrutateurs qui ont été achetés. Pour cette raison, j’appelle mes partisans à faire preuve d’une extrême vigilance au moment du dépouillement et des rester présents dans les bureaux de vote après avoir accompli leur devoir électoral.

Mondafrique. Comment comptez vous imposer vos estimations contre celles du pouvoir?

Jean Ping. Pour l’instant, les réseaux sociaux fonctionnent. Nous comptons centraliser toutes les informations et donner, dès le début de soirée, des estimation crédibles. Le Pouvoir va fatalement prendre un jour ou deux pour recalculer les suffrages à sa façon et imiter les signatures. Une course de vitesse est engagée.

Mondafrique. Ali Bongo semble prêt à faire intervenir l’armée, au terme du scrutin, pour éviter toute contestation de la rue. Que ferez vous dans cette hypothèse?

Jean Ping. Il est trop tôt pour vous répondre même si nous pouvons craindre le déploiement de forces sécuritaires dès le début de la soirée. La seule consigne est d’être présent partout lors du dépouillement.

Mondafrique. Comment jugez vous le travail des observateurs internationaux, notamment européens?
Jean Ping. Ils font un excellent travail, on les a vus partout même dans des bleds reculés. Mon seul regret est qu’ils soient seulement une cinquantaine et qu’ils soient intervenus bien tard par rapport aux échéances électorales. Mais leurs évaluations dont tout porte à croire qu’elle seront indépendantes joueront, dès ce soir, un rôle décisif dans l’appréciation d’une situation fatalement tendue.

Previous articleLe patron de la police algérienne dans la tourmente
Next articleCrise pétrolière : Alger, médiateur entre Téhéran et Riyad
Ancien du Monde, de Libération et du Canard Enchainé, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l'Institut Maghreb (Paris 8) et l'auteur de plusieurs livres: "Les beurgeois de la République" (Le Seuil) "La maison Pasqua"(Plon), "BHL, une imposture française" (Les Arènes), "Le vilain petit Qatar" (Fayard avec Jacques Marie Bourget), "La régente de Carthage" (La Découverte, avec Catherine Graciet) et "Notre ami Ben Ali" (La Découverte, avec Jean Pierre Tuquoi)