Jean Pierre Filiu, expert approximatif de l’Algérie

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Jean Pierre Filiu, universitaire et ancien diplomate, est devenu un expert omniprésent sur l’Algérie, sujet de son dernier livre, où il relaie les positions du pouvoir français.

L’ancien diplomate Jean Pierre Filiu qui publie un essai intitulé « Algérie, une nouvelle indépendance » (Le Seuil), s’était fait connaître par des essais sur le terrorisme. Il s’était notamment battu pour convaincre François Hollande et Laurent Fabius, alors président et ministre des Affaires Etrangères, de voler militairement au secours des combattants syriens opposants au président Assad. Emportée par son élan, la France avait soutenu discrètement, avec les résultats que l’on sait, le Front al-Nosra, un groupe d’idéologie salafiste affilié à Al-Qaïda de 2013 à 2016.

Quand Jean Pierre Filiu, une quinzaine d’années auparavant, faisait partie du cabinet de Lionel Jospin à Matignon, il avait convaincu ce dernier de dénoncer la torture pratiquée en Algérie par des gouvernements socialistes sous la IV eme République. Croyant que cela allait rapporter les voix de la gauche morale, Jospin avait choisi de prononcer cette condamnation solennelle, quatre décennies après le cessez-le-feu en Algérie, au dîner du CRIF.

Lionel Jospin, l’arroseur arrosé

Très réactif en cette période de cohabitation et aussi machiavélique qu’un Mitterrand, Jacques Chirac avait réagi à cet usage électoral de la mémoire coloniale en favorisant la publication du livre du général Aussaresses. L’ancien commandant révélait que l’exécution de Ben M’hidi s’est faite après l’obtention, via le juge Berard, du feu vert du Garde des Sceaux de Guy Mollet, un certain François Mitterrand. La polémique sur la torture a tourné au procès du Mitterrand colonial. Et Filiu est devenu, aux yeux de ses camarades socialistes, celui qui avait mis Jospin dans la position de l’ arroseur arrosé.

Certains des « amis », et néanmoins camarades de Filiu vont jusqu’à lui imputer une part de responsabilité dans la débâcle du 21 avril 2002, et la mort politique de son mentor. Le jeune conseiller à pu se faire nommer a l’ambassade de Tunis auprès de l’ambassadeur de l’époque, Yves Aubin d de La Messuziere où il a tenté d’expliquer la face cachée du suppose « miracle tunisien ».

Pour des raisons mal élucidées, le jeune et enthousiaste diplomate quitta le Quai d’Orsay avec le regret de n’avoir pas convaincu de la nécessité d’une vraie politique arabe. Il reconnaît que ses plaidoyers pro-palestiniens ont buté sur une surdité générale, surtout chez les nsocialistes. Filiu s’est recyclé dans la publication d’essais plus journalistiques que sociologiques consacrés aux radicalismes islamistes. Son passé dans la diplomatie lui permettait l’accès aux sources fermées du Quai d’Orsay et d’autres services spécialisés qui ne consentent ces passe-droits qu’à ceux qui savent renvoyer l’ascenseur.

L’accès à des sources privilégiées

Filiu à le mérite d’avoir mis fin au monopole exercé dans ce domaine par quelques islamo-politistes, dont un lui voue une haine tenace. Mais, comme cet ancien interlocuteur quasi-unique des administrations sécuritaires, Filiu a essayé de devenir une coqueluche des médias. Mais les invitations sur les plateaux de télé sont devenues rares en raison de la lassitude provoquée les mêmes lieux communs et les erreur d’appréciation sur la Syrie. Les journalistes, au début fascinés par tant d’omniscience ,finirent par découvrir que la précision et la finesse d’analyse de cet invité loquace sont étroitement liées aux contenus des documents confidentiels auxquels il continuait à accéder.

Mais il lui reste France 24 et TV5, dont la dependance du Quai sont notoires. Ce sont ces deux chaînes qui viennent d’assurer une publicité au dernier livre que Filiu a choisi de consacrer à l’élection présidentielle algérienne du 12 décembre. Le tout nouveau expert condamne à l’avance cette élection, en prévoyant un taux de participation infinitésimal et en redoutant des heurts que souhaitaient ses « informateurs indigènes », choisis, place de la République, parmi les radicaux du Hirak qui menaçaient d’empêcher les électeurs d’accéder aux bureaux de vote.

Le réquisitoire contre Gaïd Salah

Le livre de ce spécialiste occasionnel de l’Algérie est surtout un violent réquisitoire contre le chef d’État major algérien Gaid Salah. Il y a un mois, dans un article du Monde, Filiu avait donné un avant goût de son « érudition » sur l’Algérie. En voulant expliquer que Gaid Salah n’exerçait pas le pouvoir tout seul, notre auteur à cru lui avoir trouvé un acolyte, en la personne du general-major Ali Benali.

Et cet algérologue d’un jour d’expliquer que l’alliance indéfectible, et quasi-éternelle, entre les deux généraux-majors remonterait aux sept mois de stage passés ensemble dans une académie militaire soviétique. Pour tirer une conclusion aussi ahurissante, Filiu à du se contenter d’une fiche datant de Couve de Murville, quand la DGSE s’appelait encore le SDECE. Car chacun sait que dans le bras de fer opposant Gaid Salah à la Issaba, Ben Ali était resté l’allié de Said Bouteflika, jusqu’au soir de l’arrestation de la « Bande », quand le commandant de la Garde présidentielle décida in extremis de voler au secours de la victoire.

Le livre, qui fourmille d’impressions, voire d’inexactitudes de ce genre, reflète les grands retards des études et recherches françaises sur l’Algerie. Ces retards résultent des échecs des tentatives du regretté Rémy Leveau (qui usait des « sources fermées » plus subtilement) d’ouvrir a Alger un Centre d’Études, comme l’IRMC de Tunis, et le Centre Jacques Berque de Rabat. L’IFRI et le Centre d’Analyse et de Prévision du Quai n’ont pas pu rattraper le retard sur ce pays jugé « complexe ».

Le livre de Filiu à au moins le mérite de rappeler les déboires que sont condamnés à vivre tous ceux qui s’avisent d’écrire sur l’Algérie quand ils n’ont plus rien d’intéressants à dire aux journalistes sur leurs premiers sujets de prédilection.

Filiu obtient un résultat inattendu, tout comme Gluksmann, en contribuantà l’augmentation sensible du taux de participation lors de l’élection du 12 décembre denier. De l’autre côté de la Méditerranée, on trouve toujours suspect l’intérèt soudain pour l’Algérie chez des gens qui la situaient à peine sur la carte. On a tendance à Alger à prendre la parti contraire de ce qui est suggéré explicitement, ou de façon subliminale, sur France 24 ouTV5.

Jean Pierre Filiu pourrait avoir cherché à mettre noir sur blanc les chicayas hostiles à Gaid Salah telles qu’elles circulent dans les couloirs du Quai d’Orsay ou du ministère de la Défense. L’actuel ministre des Affaires Etrangères, Jean Yves Le Drian, conserve en effet un souvenir cuisant du refus par Gaid Salah d’autoriser une base militaire française à Tamanrasset. Le patron de l’armée algérienne a aggravé son cas quand il n’a pas jugé utile de signer les juteux contrats d’armement proposés par la France de François Hollande. Laquelle rêvait de voir les « supplétifs » algériens emboiter le pas aux militaires tricolores dans leurs expéditions en Afrique.

Le lecteur français, soucieux d’impartialité sur l’Algérie, est voué à attendre d’autres contributions moins approximatives…

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