‘J’ai mal à mon Algérie »

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Dans sa chronique, Mounira El Bouti dit sa foi dans une jeunesse civique et pacifique qui rendra toute sa liberté à ce pays qui saigne

Endolorie sans être malade, j’ai mal à mon Algérie. Mon Algérie  qui saigne et dont personne n’a pu stopper l’hémorragie

Je fais partie de la génération des 90, je n’ai connu que cette Algérie-là mais on m’a souvent racontée l’autre : la révolutionnaire. La Mecque des opprimées. Et c’est précisément de cette image que je veux me rappeler, aucune autre.

J’ai donc vécu avec cette image de l’Algérie en rêvant de faire partie de sa révolution. Mais la voix de la sagesse m’a dit d’être prudente et patiente. « Un jour, le changement  viendra ». Depuis, j’en rêve.

Changements inéluctables

Et ce jour est arrivé : nous l’avons eu trois fois notre révolution avec à chaque fois plus de sagesse et un meilleur apprentissage issu de la mémoire collective et des mouvements de cette société qui, au fond, n’a jamais baissé les bras.

Nous l’avons eu notre révolution -dans la patience et la douleur- et l’Algérie elle a été soulagée de sa douleur, car elle s’est sentie moins seule. Elle s’est vue portée dans le cœur de ses enfants et défendue par leur âme et conscience.

Nul n’a le droit de nous donner de leçons en matière de révolution : nul ne connaît l’Algérie mieux que ses enfants et nul autre ne sait mieux en prendre soin que ces derniers. Pourtant, des voix s’élèvent pour nous « donner des exemples à suivre », comme si les révolutions pouvaient être dictées, modélisées et appliquées tel une feuille de route. Non, les révolutions ne se font pas sur Excel.

Martyrs d’hier et révolutionnaires d’aujourd’hui

L’Algérie dans toute sa beauté et sa complexité s’est retrouvée en proie à un système mafieux qui s’est incrusté dans ses institutions tel un cancer. Et ce n’est pas une fatalité car de nos jours, tout se soigne –ou presque-

Qui aurait cru en 62 que l’Algérie demeurera libre ? C’est que l’histoire ne se vit pas à l’instant de narration : elle se transmet. Et c’est là toute la difficulté.

Le changement n’est plus à amorcer, il est à subir, à accueillir et à gérer. Nous, génération des 90, le gérerons !

 Avez-vous vu le déterminisme des étudiants ? Assidus dans leur lutte, fidèles à leur poste de révolutionnaires dans l’âme et exemplaires dans la noblesse de leur combat. C’est bien cette séquence que je veux retenir de cette révolution qui sera portée par les jeunes.

Qu’on se rassure, la résistance est une réaction classique dans tout processus de changement mais ce dernier finit par se diffuser, il finit par arriver et une fois qu’il est là il amène son lot de nouveauté avec lui : changement de culture, changement de croyance, et changement de paradigme.

Génération uberisée

 La résistance fait partie de la règle et il faut en tenir compte car il n’est pas une seule révolution au monde qui n’a pas connu d’entraves et c’est l’essence même du changement que de modifier des fausses croyances ancrées dans des générations  gouvernées par des régimes manipulateurs.

La bonne nouvelle c’est que notre jeunesse est consciente. Elle aspire au changement et elle le fait de la plus extra ordinaire des façons : civisme et pacifisme sont les maîtres mots de cette belle lutte.

Les martyrs et les combattants étaient eux aussi jeunes quand ils ont séduit le monde par leur révolution en 54. Les gens ont tendance à être subjectif en consultant l’histoire, ils mettent de côté toute relativité et oublient d’avoir l’essentiel : une vision globale.

Personne ne pourra stopper cette génération ubérisée qui carbure aux  Big Data et aux réseaux sociaux. Cette jeunesse agile et efficace reprendre ce qu’il lui a été volé et fera de l’Algérie ce qu’elle mérite d’être : un paradis sur terre. Ce qu’elle est déjà sans cette mafia aux commandes.

Les têtes vont tomber, ce n’est qu’une question de temps. Je suis endolorie mais confiante.

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