Israël n’expulsera pas les migrants africains

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Le gouvernement de Benjamin Nétanyahu, le plus à droite de l’histoire du pays, ne parviendra pas à expulser les 45 000 Africains qui vivent en Israël. La justice veille. Jusqu’à quand? Un reportage de Ian Hamel

Pas très loin des cafés chics et des immeubles de style Bauhaus du boulevard Rothschild, vous tombez sur la gare centrale des autobus et sur le quartier populaire de Neve Sha’anan. Et là, dans le sud de la ville de Tel Aviv, vous vous retrouvez brutalement au cœur de l’Afrique, avec ses boutiques colorées de fruits et légumes, ses petits restaurants, ses salons de coiffure.

Depuis 2005, lorsque la frontière était encore poreuse entre l’Égypte et Israël, des Soudanais et des Erythréens se sont réfugiés dans l’État hébreu. Contrairement aux Falachas, les juifs éthiopiens qui sont aujourd’hui 140 000, ces Africains ne sont pas les bienvenus, car ils ne sont pas juifs. Pour survivre, ils travaillent au noir dans le bâtiment, l’hôtellerie, la restauration. D’autres tiennent des échoppes à Neve Sha’anan, non loin du quartier arabe de Jaffa.

« Les Israéliens ne nous aident pas »

« C’est mon frère, qui était déjà en Israël, qui m’a fait venir. J’ai traversé le Soudan et l’Égypte. Mais je ne plais pas ici. Les Israéliens ne nous aident pas », explique une jeune mère de famille, accompagnée de ses deux enfants, de six et quatre ans. Cette Erythréenne chrétienne rêve du Canada.

Sur le même trottoir, un Sud-Africain décharge un camion. Il parle français, après avoir vécu plusieurs années en Côte d’Ivoire. Il dit être arrivé en Israël par avion. Contrairement aux 40 à 45 000 migrants africains, il n’a pas traversé le Sahara pour rejoindre la « Terre promise ». « Je me suis associé avec un Israélien. Nous gérons une petite entreprise de transport. Je m’en tire, mais je ne passerai pas ma vie en Israël », assure-t-il. La plupart des Africains ne souhaitent pas répondre aux questions, ni être photographiés. Ils redoutent toujours une expulsion forcée. Ou une détention dans la prison de Saharonim.

L’expulsion ou la prison

Le gouvernement israélien ne cache guère son intention de mettre dehors ces migrants entrés illégalement. Mais vers quels pays les expulser ? Ils ne peuvent décemment pas être renvoyés en Érythrée et au Soudan, deux dictatures implacables, sans mettre leurs vies en danger. Les autorités ont donc fait le forcing auprès de l’Ouganda et du Rwanda pour qu’ils les accueillent. Apparemment sans résultat. Benjamin Netanyahu n’entendait pas prendre de gants pour se débarrasser des « infiltrés », comme les baptise la droite israélienne : soit les Africains partaient “volontairement“, et ils percevaient l’équivalent de 2 800 euros. Soit, ils étaient arrêtés et détenus indéfiniment, jusqu’à ce qu’ils acceptent de quitter le pays ! L’exil ou la prison, l’ultimatum devait tomber le 1er avril.

 

Déroute politique pour Benyamin Nétanyahou

Le problème, c’est qu’Israël reste malgré tout une démocratie. En février dernier, 20 000 personnes avaient manifesté à Tel Aviv pour protester contre ces mesures d’expulsion. Parmi elles, des associations de défense des migrants, et aussi des survivants de la Shoah. Ce qui a fait dire au correspondant de Libération que « la gauche israélienne peut encore gagner quelques batailles ». Et surtout, la Cour suprême israélienne, saisie par plusieurs ONG, a suspendu le plan gouvernemental prévoyant l’expulsion prochaine de milliers de migrants africains. Certes, c’est une déroute politique et juridique pour le gouvernement, contraint de faire marche arrière.

Néanmoins, l’incertitude demeure pour ces hommes et ses femmes. Leurs permis de résidence, accordés pour deux mois, ont simplement été renouvelés.

Des Africains dans les hôtels 

Peut-on imaginer que l’Europe en accepte certains, comme l’aurait suggéré le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ? La réponse risque d’être négative en Allemagne et en Italie.

La France ferait-elle un geste ? Il sera de toute façon limité. « Regardez dans tous les restaurants et les hôtels de Tel Aviv, ils emploient tous des Africains. Ils sont serviables et les Israéliens les préfèrent aux Palestiniens. Et Israël s’attend à recevoir des millions de touristes cette année », constate un journaliste israélien, plutôt optimiste. Le pays, pense-t-il, pourrait, sans trop d’efforts, les intégrer petit à petit.

D’autant que cette migration africaine s’est interrompue, la frontière avec l’Égypte étant devenue quasiment hermétique.

 

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