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Sénégal-France. Les dessous de la visite du ministre des Transports

Philippe Tabarot accueille Yankhoba Diémé et se félicite d'une "coopération à succès."

Fin du contrat de la SNCF dans le cadre de l’exploitation du Train express régional de Dakar, « contentieux » avec Air Sénégal, dettes envers des entreprises françaises, séminaire intergouvernemental à venir : le ministre sénégalais des Transports terrestres et aériens, Yankhoba Diémé, revient sur les sujets qui ont occupé sa mission à Paris les 26 et 27 février 2026.

Par Mor Amar

Le ballet diplomatique se poursuit entre Paris et Dakar. Il y a quelques jours, plusieurs médias avaient annoncé la visite à Dakar du conseiller Afrique d’Emmanuel Macron, Jérémie Robert. Le vendredi 26 février 2026, le ministre sénégalais des Transports terrestres et
aériens était, à son tour, à Paris, pour rencontrer son homologue français Philippe Tabarot.

Au cœur de ces rencontres, à Dakar comme à Paris, il y a la lancinante question de la dette du Sénégal, en particulier celle due aux entreprises françaises. Interpellé sur les raisons de cette visite révélée par Africa Intelligence, le ministre sénégalais, Yankhoba Diémé, nous a expliqué : « Permettez-moi d’abord de préciser que cette visite est en prélude au Séminaire intergouvernemental (SIG) entre la France et le Sénégal qui va, en principe, se tenir fin mars 2026 à Dakar. Elle permet de déblayer un peu le terrain et de préparer au plan technique les dossiers qui nous engagent. »

Dans le cadre de cette mission, le ministre s’est fait accompagner de ses directeurs généraux les plus importants, au cœur des dossiers les plus sensibles qui lient Dakar et Paris dans le domaine des transports : le directeur général de la compagnie Air Sénégal, celui du Conseil exécutif des transports urbains durables (Cetud) en charge du Bus Rapide Transit (BRT) de Dakar, celui de la SenTer (en charge de la gestion du patrimoine du Train express régional), ainsi qu’un représentant du ministère des Finances et du Budget et l’ambassadeur du Sénégal à Paris. « Nous avons discuté de beaucoup de sujets : de l’exploitation du TER, d’Air Sénégal, mais aussi de l’exploitation du BRT avec le CETUD, entre autres», a précisé le ministre.

La dette au cœur des discussions

Dans sa livraison du 26 février, AI informait que cette visite intervient dans un contexte marqué notamment par « un bras de fer entre Air Sénégal et BPI » qui aurait engagé une action en justice afin de mettre la main sur deux appareils (A 330) d’Air Sénégal dont elle a garanti le financement. Le média relevait aussi les arriérés importants accumulés par la compagnie sénégalaise auprès de plusieurs entreprises françaises dont Servair (entreprise spécialisée dans le catering, majoritairement détenue par Air France-KLM), Aéroports de Paris, etc.

À propos du contentieux avec BPI, le ministre relativise et estime que le problème se situe davantage auprès des partenaires britanniques et allemands qu’avec la banque française. « Le contentieux concerne le groupe BPI et le groupe des assureurs qui sont les Britanniques et les Allemands. Ce contentieux concerne les deux A 330 qui assurent la liaison Dakar-Paris. Contrairement à ce que l’on dit, BPI est plus dans les
dispositions, avec l’appui des autorités françaises, d’en finir avec cette affaire », explique Monsieur Diémé. Selon lui, ce sont plutôt les autres parties, notamment britanniques et allemandes, qui sont dans ce qu’il considère comme un « jusqu’au boutisme »

« Je parle de jusqu’au boutisme parce que oui, il y avait des arriérés et des impayés. Aujourd’hui, tous les arriérés ont été réglés, mais les gens continuent de s’acharner. Et nous ne comprenons pas pourquoi », se désole M. Diémé, qui souligne que si ça ne dépendait que de BPI, le dossier aurait été clos. Il en donne pour preuve les deux ATR sur lesquels la banque française avait totalement le contrôle et qui sont épargnés par ce contentieux.

«Acharnement» britannique et allemand

Dakar regrette un acharnement des partenaires britanniques et allemands. Il soupçonne, à l’arrière plan, le rapprochement avec le géant
américain Boeing, qui pourrait fournir à Air Sénégal une dizaine d’avions. « Nous craignons que ce clin d’œil et cette confiance de Boeing soit l’un des éléments déterminants  qui font que certains veulent se braquer et décréter la mise à mort de la compagnie nationale. C’est plus une question d’affaires qui se pose, mais ils se battent vainement », fulmine le ministre des Transports qui relève l’engagement fort
des plus hautes autorités sénégalaises pour la survie de la compagnie nationale.

Au-delà de ce contentieux avec BPI, Air Sénégal doit de l’argent à plusieurs autres entreprises. Le ministre s’est félicité de cette rencontre qui a permis d’aborder « franchement » certaines questions et de s’entendre sur les modalités de traitement. En ce qui concerne les arriérés dus par Air Sénégal à des entreprises françaises, il assure qu’ils s’élèvent à moins de 10 milliards de francs CFA. Les parties ont arrêté un
échéancier pour les paiements, dit-il. Pour le ministre, il n’y a rien d’alarmant dans la situation que vit actuellement le pavillon sénégalais. «Parler de la dette comme ça, ça ne veut pas dire grand-chose. La dette de Air Sénégal ne fait pas le cinquième de la dette des grandes compagnies africaines que nous avons l’ambition de dépasser. L’essentiel est de bâtir une compagnie performante et nous travaillons dans cette dynamique. Nous avons tout pour y parvenir », a-t-il affirmé. 

Toujours au chapitre de la dette, il y a aussi celle découlant de l’exploitation du Train express régional chiffrée à environ 15 milliards de francs CFA. Là aussi un moratoire aurait été accordé avec un calendrier de paiement stabilisé lors de cette mission. 

Le renouvellement du contrat de la SNCF en question

Les parties ont également discuté du contrat de la SNCF pour l’exploitation du Train express régional qui arrive à terme au mois de mai prochain. Ils ont évoqué des phases d’extension du TER, c’est à dire la phase 2 qui relie Diamniadio au principal aéroport du pays (en phase test), mais aussi la phase 3 qui devrait permettre au train de desservir Thiès, située à environ 70 km de Dakar.

Ces derniers mois, les appréhensions se sont multipliées sur d’éventuelles velléités des autorités sénégalaises de choisir un autre partenaire pour l’exploitation du Train express régional. Mais avec cette visite, Dakar semble privilégier l’expertise parisienne. « Comme c’est la SNCF qui gère le TER via sa filiale la SETER et que le contrat prévoit la possibilité d’un renouvellement, nous travaillons sur cette piste, mais nous n’excluons aucune option. Ce qui est clair, c’est que les termes seront renégociés et les intérêts du Sénégal seront préservés », indique le ministre qui précise que plusieurs candidats tapent à la porte, sans oublier l’expertise locale acquise grâce au transfert de compétences et de technologie. « Actuellement, dans l’exploitation du TER, il n’y a que sept expatriés. Nous nous préparons donc à toutes les éventualités. Mais c’est quand même une bonne chose de pouvoir travailler avec des partenaires stratégiques.

Tous ces dossiers, selon Diémé, ont été abordés sans pression, de façon proactive et responsable. À noter que le TER est présenté comme le transporteur officiel des Jeux Olympiques de la jeunesse qui se tiennent au Sénégal au mois d’octobre prochain.

Le ministre sénégalais des Transports terrestres et aériens a, enfin, reçu l’Agence française de développement, ainsi que Meridiam qui est actionnaire à 70% de la société de gestion du BRT. Pour témoigner de l’esprit convivial qui continue de prévaloir dans les relations entre Paris et Dakar, le ministre Yankhoba Diémé s’est félicité d’un financement de 10 millions d’euros mis à disposition par l’AFD pour les besoins des études de la phase 3 du TER.