L’agenda 2030 adopté en 2015 par les Nations unies s’est fixé 17 Objectifs de développement durable (aussi appelés objectifs mondiaux) visant à éradiquer la pauvreté, protéger la planète et « faire en sorte que tous les êtres humains vivent dans la paix et la prospérité. » Ils fixent le cadre strict dans lequel doivent s’inscrire tous les partenaires extérieurs de l’Afrique dans leurs projets d’aide au développement.
Par Amine Idriss A. Karama, économiste, directeur de la division Infrastructures, Industrialisation, Commerce et Intégration régionale à l’Agence du nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD, l’agence de développement de l’Union africaine).
L’un des actes d’hygiène intellectuelle les plus nécessaires en Afrique aujourd’hui consiste à cesser de traiter les Objectifs de développement durable (ODD) comme un cadre sérieux de développement. Ils ne le sont pas. Comme les Objectifs du millénaire pour le développement avant eux, ils ont été conçus pour administrer la pauvreté, non pour mettre fin au sous-développement par la transformation structurelle.
Ils nous ont donné un vocabulaire de la compassion, une bureaucratie des indicateurs et un théâtre de rapports d’étape, tout en reléguant l’industrialisation à la périphérie. En d’autres termes, ils ont formé les gouvernements africains à devenir de meilleurs gestionnaires de la rareté plutôt que des bâtisseurs d’économies productives.
On n’industrialise pas un continent en étant obsédé par des grilles de reporting et des métriques calibrées pour plaire aux bailleurs, tout en négligeant l’énergie, les transports, les biens d’équipement, l’apprentissage technologique, les chaînes de valeur régionales et la profondeur manufacturière. Les ODD n’ont pas seulement échoué à industrialiser l’Afrique ; ils ont contribué à normaliser une culture du développement dans laquelle la politique industrielle est devenue secondaire, tandis que la gestion de la vulnérabilité sociale est devenue l’occupation principale de l’État.

