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L’Élite libérale africaine à la recherche de sa démocratie

Photo de famille des fondateurs de l'Alliance démocratique africaine pour la liberté et le progrès, le 13 février à Casablanca.

Le 13 février, s’est tenue à Casablanca l’assemblée générale fondatrice de l’Alliance Démocratique Africaine pour la Liberté et le Progrès (ADAFP). Une première initiative dans l’histoire des mouvements libéraux du continent sous le thème « construire la démocratie et le progrès à travers l’Afrique », une vieille idée qui n’a pu se concrétiser depuis la décolonisation des pays africains et l’émergence des États indépendants.

Les systèmes politiques issus de ce processus avaient un point commun : une administration centralisée et une armée politisée. La plupart de ces États optèrent pour un parti unique, pour ne pas dire parti-État. Autoritaire, ce dernier laissait peu d’espace à l’émergence de la culture démocratique au sein d’une société civile marginalisée. Cette situation a donné de l’Afrique l’image d’un continent où les alternances s’opèrent par des coups d’États, où l’opposition se retrouve, au mieux, sur les chemins de l’exil, au pire, subit des éliminations physiques.

Victime d’une guerre froide qui a fracturé le continent en deux camps mais aussi de la convoitise nourrie par les pays industriels à l’égard des richesses de son sous-sol durant les six dernières décennies, l’Afrique se voit offrir, par la reconfiguration des rapports de force à l’échelle internationale, une opportunité de construction de la  démocratie dans un cadre mondial multipolaire. Cette globalisation marque « une étape historique dans la consolidation d’une coopération démocratique continentale », se félicite le communique de l’ADAFP.

Pour une culture démocratique et un accompagnement institutionnel

La plupart des systèmes politiques en Afrique, souvent militaires, excluent l’élite de la gouvernance. Celle qui n’affirme pas frontalement son opposition au pouvoir finit par être cooptée ou fonctionnarisée au sein des appareils de l’État. Dans le discours inaugural de l’assemblée, intitulé « esprit de liberté et et de progrès africain au XXI siècle », il a été fait référence au rôle que doit jouer l’élite dans le développement économique et social mais aussi institutionnel.

Il ne suffit pas de faire du copier-coller de la démocratie à l’européenne mais il faut  introduire des valeurs autocentrées puisées dans les cultures locales. « La phase actuelle de l’évolution démocratique africaine exige un passage des notions traditionnelles de libération politique vers un ancrage solide de la gouvernance constitutionnelle et institutionnelle comme fondement de la stabilité et du développement durable », souligne le représentant du Soudan, Mohamed Aqab, du National Trend.

Au cours de sessions intellectuelles et politiques, les débats ont porté sur la nécessité « d’un engagement commun à renforcer les institutions démocratiques, promouvoir la gouvernance responsable et faire avancer des réformes politiques et économiques inclusives à travers l’Afrique ». Si les ambitions sont affichées, reste que leur concrétisation butte sur des réalités avérées. L’initiative de l’ADAFP reste limitée et on remarque l’absence du Maghreb (Algérie, Tunisie, Mauritanie), de l’Égypte et du Nigeria.

La mise en place d’un comité exécutif (2026-2029) et d’un conseil des sages ouvert sont autant de mesures fondatrices d’une démarche qui s’inscrira dans la durée. L’allocution du président élu de l’Alliance, le Sud-Africain Mmusi Maimane, a mis en lumière les défis et les opportunités auxquels l’Afrique est confrontée aujourd’hui ainsi que les priorités stratégiques de l’Alliance pour les années à venir.