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Le démantèlement historique des Accords d’Abraham

La diplomatie de Joe Biden a pour conséquence de détricoter l’alliance qui s’était nouée depuis la présidence de Donald Reump entre Israel et les pays arabes

La relation privilégiée des Américains avec les monarchies pétrolières, qui datait de l’après guerre, est totalement remise en cause

Depuis Barack Obama, les Etats Unis donnent le sentiment de chercher à se dégager du «  bourbier » moyen-oriental. Considèrent-ils que la volonté iranienne de se doter d’un armement nucléaire ne vaut pas une guerre ? La puissance chinoise émergente les incite-t-elle à ne pas disperser leurs forces partout dans le monde ? Des réponses claires n’ont jamais été données face à ces choix stratégiques. En revanche, depuis son élection, Joe Biden a pris ses distances avec ses alliés traditionnels, l’Arabie Saoudite et Israel. Et surtout, il a multiplié les gestes en d’apaisement en direction de l’Iran. Sans grand résultat jusqu’à présent.

Ce refus américain – jamais explicité – d’être embarqué dans un conflit militaire au Moyen Orient, a incité l’Arabie Saoudite, alliée séculaire des Etats Unis, a tenter d’en avoir le cœur net. Début mars, Ryadh a fait savoir que l’Arabie Saoudite était prête à signer un traité de paix avec Israël et à rejoindre les Accords d’Abraham, si les Etats Unis garantissaient sa sécurité vis-à-vis de l’Iran, l’assistaient dans la construction d’un programme nucléaire civil, et leur ouvraient sans restrictions leur catalogue de vente d’armes.

Le grand retournement saoudien

Les Accords d’Abraham, conçus par l’administration Trump comme la construction d’une communauté d’intérêts entre pays arabes et Israël dans le but de résister à l’impérialisme iranien, avaient besoin du paraphe saoudien pour prendre toute leur importance. On sait désormais que ce paraphe ne viendra pas.

L’administration Biden n’a pas souhaité reprendre à son compte les Accords d’Abraham et n’a pas répondu à la demande saoudienne, ni proposé d’alternatives. Elle est restée silencieuse, considérant les demandes sécuritaires saoudiennes comme nulles et non avenues.

Tirant les conclusions de ce dédain américain, l’Arabie saoudite a pris la tangente. Début mars 2023, l’Iran et l’Arabie saoudite ont annoncé le rétablissement de leurs relations diplomatiques. Camouflet suprême pour Washington, la nouvelle lune de miel saoudo-iranienne était parrainée par la Chine.

Le traité israélo-saoudien enterré

Contrairement à certaines des analyses récentes de Mondafrique, il n’est plus question pour l’Arabie Saoudite de signer un quelconque traité avec Israel. On ne peut en effet faire ami-ami avec l’Iran le matin et rentrer dans une coalition anti-iranienne aux côtés d’Israël l’après-midi.

Ainsi que l’a noté le chercheur américain d’origine libanaise Walid Phares, les pays arabes ont été pris à contrepied. Ils ont cru que l’administration Biden validait les Accords d’Abraham en tant que dispositif anti-iranien, alors que l’actuel président américain n’aspirait qu’à apaiser l’Iran. « En 2021, la coalition arabe avait ratifié un dispositif de guerre avec l’Iran, alors que l’administration Biden cherchait à faire la paix avec Téhéran ! » écrit Phares.

Le journaliste israélien Khaled Abou Toameh citnta l’analyste politique libanais Jubran Al-Khoury a écrit que l’administration Biden a voulu « s’échapper » du Moyen-Orient pour affronter la Chine chez elle en Extrême-Orient. Mais « deux ans après, l’Arabie saoudite a autorisé la Chine à entrer au Moyen-Orient par la grande porte… ». En d’autres termes, en mettant en place un plan de désengagement au Moyen Orient, les Etats Unis se sont leurrés eux-mêmes. Ils n’ont pas compris que l’affrontement avec la Chine était un affrontement global. Et qu’en désertant le Moyen Orient, la Chine occuperait le terrain.

Conséquence directe de cette grave erreur d’appréciation, les Accords d’Abraham ont commencé d’être démantelés.

Aujourd’hui, progressivement, c’est autour de la République islamique d’Iran que les pays arabes se rassemblent.

En juillet, à l’occasion de pourparlers bilatéraux avec l’Égypte et la Jordanie, le Caire avait assuré à Téhéran qu’il ne soutiendrait, ni ne participerait à aucune alliance militaire régionale contre lui.

La Jordanie, changement de ton

Ce pays qui bénéficie d’une importante aide militaire américaine et qui a signé un traité de paix avec Israel, étudie favorablement un éventuel rapprochement avec l’Iran. Mieux, la Jordanie qui rêvait auparavant d’un « OTAN arabe » (contre l’Iran sans doute) a renoncé à cette idée. Les relations entre la Jordanie et l’Iran s’étaient pourtant détériorées au cours des deux dernières années après que le roi Abdallah II a accusé les milices pro-iraniennes en Syrie de contrebande de stupéfiants dans le royaume.

Mais aujourd’hui le ton a changé et la Jordanie fait pression pour un arrangement à l’échelle de la région avec la Syrie, le principal allié de l’Iran dans la région.

Le ministre des Affaires étrangères Hossein Amirabdollahian a déclaré le 13 janvier 2023 à l’agence de presse officielle iranienne qu’une visite à Téhéran du roi Abdallah de Jordanie était à l’étude.

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