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L’avocat Seifeddine Makhlouf placé en garde à vue à Tunis

Selfie de l'avocat et homme politique, sur sa page Facebook, lors d'une manifestation en 2022.

 

Extradé vers la Tunisie après un an et demi de détention administrative en Algérie, l’ancien député et président de la coalition Al-Karama a été aussitôt placé en garde à vue par le parquet de la République auprès du Tribunal de première instance.

Malgré une demande d’asile déposée auprès du Haut Commissariat aux Réfugiés et une protection temporaire accordée le temps de l’examen de son dossier, les autorités algériennes l’avaient extradé par voie terrestre le 18 janvier, avait annoncé son avocat algérien Saïd Zahi sur son compte Facebook. Il avait regretté cette décision alors que son client et confrère tunisien « fait face à plusieurs peines de prison en raison de son activité politique et de défense des droits”.  

Déjà condamné à plusieurs peines, l’avocat et homme politique est désormais retenu par les autorités judiciaires en attendant la suite des procédures légales. Ancien député et vice-président du parti islamiste Al Karama, Seïfeddine Makhlouf, avait été condamné en son absence, le 13 janvier 2026, à cinq ans d’emprisonnement par la Chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tunis dans une affaire d’atteinte à la sûreté intérieure, pour la divulgation présumée de secrets relevant de la défense nationale, la transmission d’informations confidentielles relatives à des enquêtes judiciaires et des accusations non étayées visant des agents de l’État. 

Une longue série de condamnations

Depuis la levée de son immunité parlementaire, l’avocat a enchainé les poursuites et les condamnations : un an d’emprisonnement pour une altercation avec la députée Abir Moussi en 2021, un an de prison, en juin 2022, pour atteinte à la dignité de l’armée – assorti d’une interdiction d’exercer la profession d’avocat pendant cinq ans – quatorze mois d’emprisonnement, en janvier 2023, pour des insultes envers des policiers deux ans plus tôt et vingt mois en appel, en juin 2023, pour des menaces adressées au procureur de la République de Sidi Bouzid.

Avocat depuis 2009, il s’est fait connaître comme avocat des personnes accusées de terrorisme, ce qui lui avait valu le surnom d’ “avocat des terroristes”. Candidat à l’élection présidentielle de 2019, il avait obtenu 4,37 % des voix au premier tour avant d’être élu député de la première circonscription de Tunis. Président de la coalition islamiste Al-Karama, il avait été arrêté en transit à l’aéroport d’Annaba en Algérie alors qu’il tentait de rejoindre Doha, où vit sa famille. 

L’extradition algérienne critiquée

Le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) a regretté l’extradition de Makhlouf par l’Algérie. Dans un communiqué, il a rappelé que Me Makhlouf avait été « condamné à trois mois de prison ferme par un tribunal algérien [ndlr, pour être entré clandestinement dans le pays.], peine qu’il a purgée, puis il a été ensuite placé dans un centre d’hébergement à la disposition du Haut-Commissariat aux réfugiés, où des demandes d’admission auprès de plusieurs pays ont été refusées, notamment par le Qatar et la Turquie, malgré le fait qu’il ait toujours été politiquement proche des régimes de ces pays. » Selon le CRLDHT, « il s’apprêtait à quitter l’Algérie vers le Royaume-Unis où sa demande de regroupement familial avait été traitée et avait obtenu une réponse favorable, lorsque soudain les autorités algériennes ont brutalement changé d’avis pour le livrer au régime de Kaïs Saïed. »