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La tempête Harry aurait tué un millier de migrants en Méditerranée

Photo Mediterrana Saving Humans.

Le bilan du passage de la tempête, du 19 au 21 janvier, en mer Méditerranée, prend désormais les contours de « la plus grande tragédie de ces dernières années le long des routes de la Méditerranée centrale », ont annoncé des associations qui viennent en aide aux migrants au départ de la Tunisie. 

Les gardes-côtes italiens avaient d’abord rapporté la mort, le 24 janvier, des 380 passagers, hommes, femmes et enfants, de 8 embarcations parties de Sfax, en Tunisie. Mais dans les jours qui ont suivi, les ONG spécialisées ont reçu de très nombreux témoignages faisant état du départ, après le 15 janvier, de plus de 30 convois, pour la plupart engloutis. « Des convois entiers ne sont jamais revenus », a affirmé dans un communiqué Laura Marmorale, présidente de l’ONG italienne Mediterranea Saving Humans (MSH). Ces départs ont coïncidé avec des conditions météo extrêmes : des vagues de plus de sept mètres de haut et des rafales de vent atteignant 54 nœuds. 

Plus de trente départs d’embarcations

Cinq convois, transportant chacun une cinquantaine de personnes, ont été mis à l’eau par un passeur connu sous le surnom de Mohamed Mauritanie. Les sources de MSH et de l’ONG Refugees in Libya évoquent 10 autres bateaux ayant pris la mer du km 19 au km 21 le long de la route principale qui mène à El-Amra, dont les oliveraies voisines hébergent des camps de fortune. Sept autres seraient partis depuis le km 30 et encore 7 depuis les km 33 et 8. Un seul de ces canots a été intercepté par les gardes-côtes tunisiens et ramené sur la côte. Ces rescapés, de retour dans les oliveraies d’El-Amra, disent avoir été assisté à plusieurs naufrages.

Capture d’écran du sauvetage d’un Sierra-Léonais, seul rescapé de son embarcation.

Ces derniers jours, des noms de disparus commencent à émerger. Des passagers dont on sait qu’ils ont pris la mer sont injoignables. « Des centaines de familles, de parents et d’amis de disparus sont désespérés », ajoute MSH. Si les informations sont, par nature, « fragmentaires et parfois contradictoires », l’ampleur d’une catastrophe se dessine. 

Et presque aucun survivant

Une seule embarcation est parvenue à atteindre la côte italienne. Le 22 janvier, une soixantaine de personnes parties de Sfax ont été secourues au large de Lampedusa. Trop tard pour deux jumelles d’un an ainsi qu’un homme. Un Sierra-Léonais a été miraculeusement sauvé par un navire marchand le 24 janvier au large de la Tunisie, alors qu’il dérivait, agrippé à l’épave du bateau, des corps flottant autour de lui. Selon son témoignage, la tempête a retourné l’embarcation et les 51 passagers qu’il transportait, parmi lesquels son frère, la femme de ce dernier et son neveu. Le rescapé a raconté que les canots partis de Sfax s’étaient retrouvés dans des conditions désespérées, avec très peu de chances de survie et sans secours.

Mais ce sont les témoignages recueillis par l’association Refugees en Tunisie qui ont dessiné un tableau très alarmant. Selon eux, à partir du 15 janvier, sous la pression accrue de l’armée tunisienne contre les campements informels dans les oliveraies autour de Sfax [l’ONG parle de « ratissage »] ainsi que d’une augmentation des contrôles sur les plages, plusieurs convois ont pris la mer à partir de plusieurs sites. Des personnes qui auraient dû se trouver à bord mais ont dû y renoncer par manque de fonds, ainsi que des parents de ceux qui ont pris la mer, ont attesté de la disparition de convois entiers. Le docteur Ibrahim, qui s’occupe de centres de santé autogérés en Tunisie, a perdu cinq membres de sa famille, dont son fils. Un activiste nigérian connu, parti dans une autre embarcation, a disparu également. Les autorités maltaises, elles, ont récupéré des dizaines de corps en mer.