- Mondafrique https://mondafrique.com/international/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Sat, 24 Jan 2026 06:16:12 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/international/ 32 32 Comment la « plus belle CAN de l’histoire » a échappé au Maroc https://mondafrique.com/a-la-une/comment-la-plus-belle-can-de-lhistoire-a-echappe-au-maroc/ https://mondafrique.com/a-la-une/comment-la-plus-belle-can-de-lhistoire-a-echappe-au-maroc/#respond Sat, 24 Jan 2026 06:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145818 Présentée comme la plus belle de l’histoire, la CAN 2025 s’est achevée dans la confusion, dimanche à Rabat, et se poursuit en coulisses depuis, alors que le Sénégal célèbre son deuxième titre de champion d’Afrique. Il ne s’agit pas ici de refaire la finale, perdue à Rabat par le Maroc, mais plutôt de décrypter comment […]

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Présentée comme la plus belle de l’histoire, la CAN 2025 s’est achevée dans la confusion, dimanche à Rabat, et se poursuit en coulisses depuis, alors que le Sénégal célèbre son deuxième titre de champion d’Afrique. Il ne s’agit pas ici de refaire la finale, perdue à Rabat par le Maroc, mais plutôt de décrypter comment on en est arrivé là, et de quoi ce dénouement dans le chaos est-il le nom.  

Par Patrick Juillard

Pouvait-on rêver de plus belle finale pour conclure dimanche cette CAN 2025, saluée la veille comme « la plus belle de l’histoire » par nul autre que le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe ? Certes, l’instance panafricaine a coutume de brandir de tels superlatifs après chaque édition, mais c’était cette fois plus mérité que lors de précédentes occurrences de cette communication triomphaliste. Et puis le titre n’allait-il pas se jouer entre le Maroc, pays organisateur et première nation africaine à se glisser dans le dernier carré d’une Coupe du monde, trois ans plus tôt au Qatar, et le Sénégal, finaliste pour la troisième fois en quatre tournois et premier challenger du Maroc au classement mondial ? Cette finale du ranking FIFA allait opposer les deux premières têtes de série de l’épreuve, les deux seules à avoir eu le privilège de jouer tous leurs matchs dans un même stade, à Rabat pour le Maroc et à Tanger pour le Sénégal. Comme un train qui arrive à l’heure.

Un train qui arrive à l’heure, mais…

Et c’est précisément à cause d’un TGV arrivé dans les temps que la pression, déjà intense comme avant toute finale, avait commencé à entrer dans la zone rouge, l’avant-veille de la rencontre. Annoncée sur les réseaux sociaux, l’arrivée de l’équipe du Sénégal en gare de Rabat avait été l’occasion d’instants de pagaille et de cohue, avec un afflux de supporters des deux camps au moment de la sortie des joueurs et de leurs encadrants, en l’absence criante du moindre cordon de sécurité. Dans la nuit, la Fédération sénégalaise de football publiait un communiqué furibard contre les organisateurs de la CAN, dénonçant non seulement une « absence manifeste de dispositif de sécurité adéquat lors de l’arrivée de la délégation sénégalaise à la gare ferroviaire de Rabat », mais aussi l’attribution d’un hôtel 4 étoiles plutôt qu’un 5 étoiles et celle d’un terrain d’entraînement situé sur les installations mêmes du… Maroc. Comme si à la veille d’une finale de l’Euro contre la France à Saint-Denis, l’Italie (ou tout autre adversaire) avait dû s’entraîner à Clairefontaine. 

Le lendemain matin, alors que le flou persistait sur le lieu d’entraînement de son équipe –  la séance eut finalement lieu au complexe olympique, non loin du stade Moulay Abdellah  –, le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, haussait le ton. « Je pense que les enjeux du football ne doivent pas nous amener à faire certaines choses. Aujourd’hui, c’est l’image de l’Afrique qui est en jeu. Je parle en tant qu’Africain. Ce qui s’est passé avec les joueurs est anormal. Une équipe comme le Sénégal ne peut pas se retrouver au milieu de la foule populaire. Mes joueurs étaient en danger. Tout pouvait se passer, face à des personnes mal intentionnées », taclait le technicien, habituellement plus mesuré. Le message était clair : le Sénégal n’était pas là pour se laisser marcher sur les pieds. 

Thiaw-Regragui, stratèges de la tension


Comme en écho, le sélectionneur du Maroc, Walid Regragui, promettait un stade bouillant à ses adversaires : « Je veux que le Sénégal sente que ce n’est pas le Stade des Martyrs (à Kinshasa, où le Sénégal a affronté et battu la RDC en éliminatoires du Mondial 2026, ndlr). Pour venir nous battre au Maroc, c’est très compliqué, très dur. Le Cameroun s’en est rendu compte et le Nigeria aussi. Il faudra une équipe du Sénégal très forte pour venir nous battre chez nous. »

La suite allait montrer à quel point il ne s’agissait pas de paroles en l’air. Car cette tension ne venait pas de nulle part ; elle était montée progressivement au fil des différents tours. Avant cette veille de match explosive, la CAN 2025 avait été gagnée par les doutes sur la qualité de l’arbitrage, avec une curieuse non-utilisation du VAR dans plusieurs situations litigieuses, lors des matchs Maroc-Tanzanie (8e de finale), Cameroun-Maroc et Algérie-Nigeria (quarts de finale). De cette mise en cause légitime du niveau des sifflets retenus par la CAF découla un soupçon d’arbitrage « maison », en faveur du pays hôte de cette CAN premium en termes d’infrastructures et d’organisation. 

Au risque d’alimenter ce qu’il disait vouloir dénoncer, Walid Regragui avait lui-même longuement abordé le sujet, le 13 janvier en conférence de presse, énumérant les décisions défavorables à son équipe. « Contre la Tanzanie où tout le monde a essayé de faire croire qu’il y avait penalty parce qu’il y avait un joueur de 20 kilos contre un autre de 120 kilos (sic). En Angleterre, jamais ça ne se siffle », avait-il notamment argumenté, avant d’appeler à un arbitrage de qualité pour la suite du tournoi. 

Infantino sort de ses gonds

En finale, ce fut globalement le cas au cours d’un affrontement de haute tenue, jusqu’au terrible enchaînement qui allait faire dérailler la rencontre à l’orée du temps additionnel de la seconde période. La suite est connue : sortis du terrain pour protester contre ce qu’ils considéraient comme une injustice, les joueurs du Sénégal et leur staff allaient revenir sur la pelouse pour terminer la rencontre. Un penalty manqué de Brahim Diaz et une prolongation victorieuse plus loin, Sadio Mané, Pape Gueye et les Lions de la Teranga remportaient une deuxième Coupe d’Afrique. 

Terminée dans la nuit de dimanche à lundi, la CAN 2025 se poursuit sur le terrain disciplinaire. Le tir de barrage est concentré sur le Sénégal et son sélectionneur, Pape Thiaw, accusé d’avoir ordonné à ses joueurs de quitter le terrain et d’avoir donné une mauvaise image de l’Afrique, malgré ses excuses a posteriori. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, qualifie d’« inacceptable » ce comportement et appelle la Confédération africaine de football à prendre les « mesures appropriées », passant sous silence, comme beaucoup d’observateurs, les dérapages enregistrés côté marocain, avec les tentatives répétées de subtiliser la serviette du gardien sénégalais Edouard Mendy. De son côté, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) annonce au lendemain de la finale saisir les instances compétentes de la CAF et de la FIFA. 

Le Sénégal peut-il perdre la CAN sur tapis vert ?

Pendant que les joueurs du Sénégal étaient accueillis en héros à Dakar, les juristes du sport refaisaient le match et se demandaient si, au-delà des sanctions disciplinaires et financières qui leur pendent au nez, les Lions de la Teranga et leur sélectionneur risquaient plus gros. Le fait que l’arbitre de la finale, M. Ndala, n’ait pas sifflé la fin de la rencontre après le retour temporaire des Sénégalais aux vestiaires, les met à l’abri d’une défaite par forfait, prévue par les articles 82 et 84 du règlement de la CAF. La finale est allée à son terme, le coup de sifflet final valant homologation du résultat. 

Le Maroc pourrait s’engouffrer dans une autre brèche, située dans le texte de la loi 12 de l’IFAB. Celle-ci pose qu’un joueur quittant             « délibérément le terrain sans l’autorisation de l’arbitre » doit être averti. Or, au moins trois joueurs sénégalais ayant suivi leur coach aux vestiaires étaient déjà sous le coup d’un carton jaune : Lamine Camara, El Hadji Malick Diouf et Ismaïla Sarr. Un second avertissement, synonyme d’expulsion, aurait dû leur être attribués. Les deux derniers nommés auraient ainsi laissé leurs coéquipiers à neuf pour la prolongation. Reste à savoir quelle lecture les juridictions sportives feront de l’interruption de la rencontre et du caractère temporaire du retrait de l’équipe sénégalaise. 

Plus globalement, la déconvenue subie par le Maroc a fait naître un important sentiment d’injustice à travers le pays. Non tant à cause de la victoire du Sénégal, fut-ce dans ces conditions chaotiques, qu’en raison des efforts consentis par le Royaume pour offrir à l’Afrique la meilleure édition jamais organisée. Comme si ces indéniables efforts avaient fini par laisser croire que la seule récompense possible était la victoire de l’équipe nationale à cette CAN, cinquante ans après sa seule victoire dans cette compétition. « Le Maroc doit-il encore se sacrifier pour le football africain ? », s’interrogeait ainsi le média Le Desk dans un éditorial au lendemain du match. La question risque en effet de se poser, au moment où les lignes bougent en coulisses autour de l’attribution des prochaines éditions de la CAN, désormais organisée sur un rythme quadriennal.

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Venance Konan: « Omar Sy ou l’assimilation à la française » https://mondafrique.com/international/venance-konan-omar-sy-ou-lassimilation-a-la-francaise/ https://mondafrique.com/international/venance-konan-omar-sy-ou-lassimilation-a-la-francaise/#respond Sat, 24 Jan 2026 05:50:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145821 Certains commentaires entendus à l’occasion de la CAN 2025 ont inspiré à Venance Konan une chronique aigre-douce pour Mondafrique sur le racisme – à peine – voilé qui se dissimule derrière la définition de l’assimilation à la française. Vous vous sentez un peu français parce que votre pays a été colonisé par la France et […]

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Certains commentaires entendus à l’occasion de la CAN 2025 ont inspiré à Venance Konan une chronique aigre-douce pour Mondafrique sur le racisme – à peine – voilé qui se dissimule derrière la définition de l’assimilation à la française.

Vous vous sentez un peu français parce que votre pays a été colonisé par la France et que vous parlez français, mangez de « la vache qui rit », buvez du vin de Bordeaux et portez des nœuds papillons ? C’est bien. Mais pour être vraiment considéré comme un bon Français, c’est plus compliqué que cela. Laissez-moi vous raconter l’histoire d’Omar Sy, un Français bien comme il faut, que vous connaissez peut-être. Il est né français, en France, a grandi en France, parle le français sans accent et il est devenu un comédien à grand succès qui a remporté le Globe de cristal du meilleur acteur en 2012, le prix du meilleur acteur ex aequo avec son partenaire François Cluzet au festival international du film de Tokyo et le César du meilleur acteur la même année.

Omar Sy dans les vestiaires des Lions de la Teranga, le soir de la victoire.

Français bien comme il faut ? Oui, mais à quelques détails près. Omar Sy est donc français. Même si son nom ne sonne pas franchement gaulois. Sa couleur non plus. Il est grand, mais pas blond, et pas blanc du tout. Il a plutôt la couleur noire d’un Sénégalais, comme l’est d’ailleurs son père. En principe dans la grande France, pays de la liberté, de la fraternité et de l’égalité, cela ne devrait pas poser de problème. D’ailleurs selon les sondages, Omar Sy est depuis de longues années l’une des personnalités préférées des Français. Mais voilà ! Il s’appelle Omar Sy et il est Noir. Et pour compliquer davantage son cas, il est musulman. Alors, peut-on être Noir, musulman, porter un nom et un prénom pas européens ou judéo-chrétiens et être un bon Français ? Pour certains Français, plutôt proches de l’extrême-droite, ce n’est pas très évident. Ainsi, Omar Sy a été interpellé par un journaliste de la chaîne CNews pour avoir célébré la victoire de l’équipe du Sénégal sur le Maroc lors de la récente Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Précisons que le Sénégal n’avait pas battu la France mais le Maroc.

« Français à part entière et non entièrement à part »

Voici les propos du journaliste : « le fait que Omar Sy, qui est dans le classement du JDD (Journal du dimanche) la troisième personnalité préférée des Français, soit présent au stade du Maroc et fasse la fête avec les joueurs du Sénégal dans les vestiaires pose une question sur notre capacité à assimiler. Il est français et si un des Français les plus appréciés du peuple français a le besoin d’aller célébrer la victoire de son pays d’origine, cela pose question sur notre méthode d’assimilation. » Voici donc. Pour certains Français, si vous êtes Français avec une origine d’un autre pays, vous devriez rompre totalement avec ce pays, ou ne manifester aucune empathie pour lui si vous voulez être considéré comme Français à part entière et non comme Français entièrement à part.

Que dire alors de Manuel Valls, l’ancien Premier ministre français, d’origine espagnole, qui a cherché à se faire élire en Espagne ? On me rétorquera sans doute que l’Espagne est un pays européen et que ce n’est pas la même chose. Que dire alors de madame Salomé Zourabichvilli, l’ancienne présidente de la Géorgie, qui avait la nationalité française, était ambassadrice de la France en Géorgie, puis est devenue ministre des Affaires étrangères de ce pays avant d’en être la Présidente ? Cela n’avait dérangé personne en France. Pourquoi ? Peut-être parce qu’elle était caucasienne. Et que dire de ces Français qui vont faire la guerre en Palestine aux côtés des Israéliens ?

Et chez les anglo-saxons ? 

Bon, ne chipotons pas trop. Chaque pays a ses mœurs propres. Allons voir un peu ce qui se passe ailleurs. Aux États Unis, par exemple, le président de la Banque mondiale est un Américain d’origine indienne qui affiche fièrement son appartenance à la communauté Sikh à travers la barbe et le turban. Je ne sais pas si cet état de chose perdurera avec le grand blond qui occupe la Maison-Blanche actuellement. Au Canada, un officier de la police montée d’origine Sikh a été autorisé à porter son turban. De même que des joueurs de l’équipe de football. En Grande Bretagne, le pays n’avait pas hésité à se donner un premier ministre d’origine indienne qui n’avait pas caché son appartenance à la religion hindoue qu’il pratiquait ostensiblement. Et le ministre de l’Économie et des Finances de sa prédécesseur était originaire d’Afrique. En 2024, toujours en Grande Bretagne, un Noir avait été nommé ministre des Affaires étrangères.  Et aucun sourcil ne s’était levé dans ce pays. C’est d’ailleurs en Grande Bretagne que l’Ivoirien Tidjane Thiam fut nommé directeur général de la compagnie d’assurance Prudential, poste qu’il n’aurait jamais obtenu s’il était resté en France, pays dont il porte aussi la nationalité.

En France, il y eut une levée de boucliers du côté de l’extrême droite lorsque le pourtant français Pap Ndiaye fut nommé ministre de l’Éducation nationale. Il était Français, certes, mais son nom et sa couleur trahissaient une origine située un peu trop loin de l’Europe à leur goût. Les maires de Londres et de New York sont des musulmans. Dire qu’en France le port de l’abaya ou du simple voile donne de l’urticaire à bon nombre de personnes !

Selon les sondages, l’extrême droite a toutes les chances de prendre le pouvoir lors de la prochaine élection présidentielle en France. Dans la France qui arrive, les choses risquent d’être encore plus compliquées pour les Français et aspirants français à la peau un peu trop foncée.

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OQTF, harraga et diplomatie franco-algérienne https://mondafrique.com/international/oqtf-harraga-et-diplomatie-franco-algerienne/ https://mondafrique.com/international/oqtf-harraga-et-diplomatie-franco-algerienne/#respond Fri, 23 Jan 2026 08:27:49 +0000 https://mondafrique.com/?p=145813 L’appel lancé par Abdelmadjid Tebboune en direction des harraga, présenté comme une initiative humanitaire invitant les jeunes Algériens en situation irrégulière à rentrer au pays, s’inscrit dans un contexte diplomatique bien plus large que ne le laisse entendre la communication officielle. Il intervient au moment où Alger et Paris ont rouvert, de manière discrète, plusieurs […]

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L’appel lancé par Abdelmadjid Tebboune en direction des harraga, présenté comme une initiative humanitaire invitant les jeunes Algériens en situation irrégulière à rentrer au pays, s’inscrit dans un contexte diplomatique bien plus large que ne le laisse entendre la communication officielle. Il intervient au moment où Alger et Paris ont rouvert, de manière discrète, plusieurs dossiers sensibles mêlant migration, justice, sécurité et relations consulaires, après une phase de crise aiguë.

Depuis 2024, la France fait de la coopération algérienne sur les OQTF un objectif politique prioritaire. Le blocage des laissez-passer consulaires a longtemps empêché les expulsions, nourrissant des tensions croissantes. Cette crise a basculé dans une dimension ouvertement conflictuelle au printemps 2025 avec l’arrestation en France d’un agent consulaire algérien, mis en cause dans l’enquête sur l’enlèvement de l’influenceur Amir Boukhors. L’affaire a provoqué une escalade diplomatique immédiate, marquée par des expulsions croisées de diplomates et un gel de fait de plusieurs canaux de coopération.

À partir de ce moment, le champ consulaire est devenu un terrain miné. Toute discussion sur les OQTF se heurtait à la perception algérienne d’une judiciarisation hostile de ses représentants à l’étranger, tandis que Paris considérait la coopération migratoire comme indissociable d’un minimum de confiance sécuritaire et institutionnelle. La question migratoire s’est alors imbriquée à des dossiers judiciaires et politiques plus larges, nécessitant un traitement global.

C’est dans ce cadre qu’intervient la libération de Boualem Sansal, officiellement présentée comme un geste humanitaire consécutif à une demande du président allemand. Cette version a été largement relayée pour l’opinion publique, mais elle a surtout permis de masquer une réalité diplomatique plus sensible. Cette libération est intervenue au moment précis où Paris insistait sur des gestes d’apaisement concrets, laissant penser qu’elle relevait davantage d’un ajustement dans la négociation franco-algérienne que d’une initiative strictement bilatérale avec Berlin. Le recours à une médiation allemande a ainsi servi de paravent politique, évitant d’afficher une concession directe à la France.

Dans le même temps, la justice algérienne a confirmé la condamnation du journaliste sportif Christophe Gleizes, malgré les demandes publiques françaises et la mobilisation de plusieurs acteurs politiques et médiatiques à Paris. Ce maintien de la condamnation a envoyé un signal clair : Alger entend montrer qu’elle conserve des leviers judiciaires et qu’elle ne cède pas sur tous les dossiers simultanément. La gestion différenciée des affaires Sansal et Gleizes illustre une stratégie de négociation sélective, alternant gestes d’apaisement et démonstrations de fermeté.

Parallèlement, un volet moins visible mais central traverse l’ensemble de ces échanges : la coopération sécuritaire. Celle-ci concerne à la fois la lutte antiterroriste, les échanges de renseignement, le contrôle des réseaux migratoires et la surveillance des espaces maritimes. Cette coopération, historiquement dense entre les deux pays, a été affectée par les crises successives, mais elle demeure un intérêt stratégique partagé. Sa reprise progressive constitue l’un des socles implicites des discussions actuelles, même si elle n’est presque jamais évoquée publiquement.

Dans ce contexte lourd, l’appel de Tebboune aux harraga prend une signification politique précise. Présenter le retour de ressortissants algériens comme un acte volontaire et protecteur permet de requalifier une reprise partielle de coopération sur les OQTF. Ce déplacement du récit est essentiel pour le pouvoir algérien. Il transforme une concession diplomatique potentielle en initiative souveraine et humanitaire, tout en évitant d’assumer ouvertement une réponse à une exigence française.

Les propos récents de l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, confirmant la remise en place de canaux de communication entre Paris et Alger, s’inscrivent dans cette logique. Ils traduisent une volonté commune de désescalade pragmatique, sans règlement public des contentieux, mais avec des ajustements successifs sur les dossiers jugés prioritaires, migration, sécurité, justice et fonctionnement consulaire.

Sur le plan humain, cette diplomatie de l’ombre contraste violemment avec la réalité documentée sur le terrain. Le rapport Monitoring the Right to Life 2025 de l’ONG Caminando Fronteras établit que la route algérienne vers l’Espagne est devenue la plus meurtrière de toute la frontière euro-africaine occidentale en 2025, avec plus de mille morts recensés. 

Dans ce contexte, l’appel au retour apparaît profondément déconnecté des causes structurelles de l’exode. C’est ce décalage qu’a résumé une militante algérienne par une formule simple et brutale : « Avant de convaincre le harrag de revenir, il faut convaincre celui qui vit au pays d’y rester. »

Cette phrase met en lumière le cœur du problème. Tant que le chômage, la fermeture politique et l’absence de perspectives continueront à dominer le quotidien d’une large partie de la jeunesse, les appels au retour resteront symboliques. Ils serviront avant tout de levier narratif dans une négociation diplomatique complexe, où chaque camp cherche à obtenir des résultats sans reconnaître publiquement ses concessions, pendant que la Méditerranée continue d’absorber le coût humain de ces arrangements.

 
 
 
 
 

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Rien ne va plus entre les Émirats arabes unis et l’Algérie https://mondafrique.com/international/rien-ne-va-plus-entre-les-emirats-arabes-unis-et-lalgerie/ Wed, 21 Jan 2026 16:26:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=119399 L’Algérie traverse une période d’isolement qui coïncide avec le large soutien international dont bénéficie son voisin et rival politique, le Maroc, qui entretient des relations plus fluides avec de nombreux pays importants sur la scène internationale. Cette situation pourrait s’aggraver selon divers rapports publiés par des médias algériens proches du gouvernement, qui ont évoqué la possibilité […]

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L’Algérie traverse une période d’isolement qui coïncide avec le large soutien international dont bénéficie son voisin et rival politique, le Maroc, qui entretient des relations plus fluides avec de nombreux pays importants sur la scène internationale.

Cette situation pourrait s’aggraver selon divers rapports publiés par des médias algériens proches du gouvernement, qui ont évoqué la possibilité d’une rupture dramatique des relations diplomatiques entre l’Algérie et les Émirats arabes unis (EAU).

Cette rupture potentielle intervient dans un contexte d’accusations selon lesquelles Abou Dhabi serait impliqué dans des activités « hostiles », notamment le soutien présumé au MAK, le mouvement indépendantiste kabyle. Si l’ex Président Bouteflika n’avait rien à refuser aux Émirats arabes unis, ses successeurs à la tète de l’État algérien sont pour la plupart très hostiles aux tentatives de Mohammed ben Zayed, dit MBZ, d’étendre son influence au Mali, en Libye ou en Tunisie, des pays où Alger a joué traditionnellement un rôle déterminant d’arbitre et de tuteur. 

Ces dernières années, les titres algériens multiplient les reproches envers Abou Dhabi, qualifié de « capitale des embrouilles » par le journal arabophone privé El-Khabar. Le 12 décembre 2023, la radio publique avait accusé les Emirats d’avoir débloqué 15 millions d’euros au profit du Maroc pour « financer des campagnes médiatiques subversives ». Le média officiel, s’appuyant sur des « sources proches du dossier », affirmait que des campagnes de « désinformation et d’intox » sur les réseaux sociaux avaient pour but de « créer un climat de tension entre l’Algérie et les pays du Sahel ».

Début 2024, le président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune, avait présidé une réunion du Haut Conseil de sécurité. Le communiqué de la Présidence avait indiqué que cette réunion a été consacrée à l’examen de la situation sécuritaire qui prévaut dans les pays voisins. Dans ce contexte, expliquait le communiqué de la Présidence, « le Haut conseil de sécurité a exprimé ses regrets concernant les agissements hostiles à l’Algérie, émanant d’un pays arabe frère ». Ce pays « frère » n’était autre que les Émirats Arabes Unis.

Plus récemment cette année, le Président Tebboune, plus explicite, se lâchait dans la presse. «Partout où il y a des conflits, l’argent de cet État est présent, au Mali, en Libye, au Soudan», a-t-il débiné, avant de renchérir: «Si tu cherches à avoir avec nous les comportements que tu as avec les autres, tu te trompes. Nous avons 5.630.000 martyrs morts pour ce pays. Ceux qui veulent s’approcher de nous, qu’ils le fassent».

La réaction des Émirats fut immédiate. Anouar Karkach, conseiller diplomatique du président émirati Mohammed ben Zayed Al Nahyane, dit MBZ, et ancien ministre émirati des Affaires étrangères, avait choisi X (anciennement Twitter) pour répondre en ces termes: «Comportement étrange et bizarre de la part de l’un des pays frères qui choisit les sous-entendus et les murmures sur ses relations avec les Émirats, et qui recourt à des insinuations à peine voilées sans clarifications ni explications.»

Une coupe pleine

Les différents anciens entre les deux pays sur deux dossiers régionaux épineux, la Libye et le Soudan, se sont aggravés. En Libye d’abord, où MBZ joue à fond la carte du Maréchal Haftar, chef militaire de la cyrénaïque alors que l’Algérie se range du coté du Gouvernement d’Union Nationale (GUN), soutenu par le Qatar et la Turquie. Les deux pays s’opposent aussi au Soudan, où les émiratis soutiennent militairement le général dissident Hamiti alors qu’Alger porte un soutien diplomatique au gouvernement du général Burhan portant putschiste.

Plus grave, Alger considère que les Émirats ont franchi les lignes jaunes en établissant en décidant d’ouvrir un consulat émirati au Sahara occidental et en reconnaissant l’État israélien. Sans évoquer la décision des autorités émiraties, via Dubai Aéroport freezone, d’imposer un visa d’entrée aux ressortissants de treize pays dont l’Algérie, ce pays frère!

Bouteflika et MBZ, l’idylle !

Après sa réélection en septembre, le Président Tebboune était chaudement félicité par un coup de fil de MBZ. »Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a reçu ce jour un appel téléphonique de Son Altesse le président des Émirats arabes unis frères, Cheikh Mohammed Ben Zayed Al Nahyan, qui lui a exprimé ses félicitations en son nom et au nom des Émirats arabes unis, pour sa victoire aux élections présidentielles pour la deuxième fois, lui souhaitant plein de succès« , indique la Présidence de la République dans un communiqué diffusé le 10 septembre sur les réseaux sociaux. « Pour sa part, poursuit le communiqué, le président de la République a remercié le président des Émirats arabes unis et, à travers lui, toute la noble famille régnante et les dirigeants des Émirats, lui souhaitant ainsi qu’au peuple émirati de nouveaux progrès« .

Une réconciliation semble possible! Sauf qu’une campagne de presse virulente, animée par une partie de l’appareil sécuritaire qui combat l’influence émiratie au Sahel et son rapprochement avec le Maroc, entretient la polémique à Alger. Ainsi un média arabophone a violemment critiqué l’ambassadeur des Émirats arabes unis, Youcef Saif Khamis Al-Ali, le qualifiant de « persona non grata ». L’ambassadeur aurait activement œuvré, pouvait-on lire, à « semer le chaos entre l’Algérie et les Émirats, détériorant ainsi les relations entre les deux nations«.

On est loin des relations au beau fixe qui rêgnaient l’époque de Bouteflika. Ce dernier, dès son arrivée à la présidence en 1999, avait grand ouvert l’accès au marché algérien à ses amis émiratis qui l’avaient soutenu dans sa traversée du désert. Ainsi, la gestion des ports ainsi que la relance de l’industrie du tabac ont été offert aux proches de MBZ sans même un appel d’offre. 

L’appétence des émiratis ne s’arrêtait au secteur économique. Des projets communs furent imposés par la présidence dans le secteur militaire. Qu’il s’agisse du blindé Namre, pourtant conclu entre le département de l’industrie militaire et le groupe Mercedes et en cours de réalisation. Un autre oukaze de la Présidence a contraint les forces constituées, notamment la police, de s’équiper avec le pistolet Caracal. Ce projet de production de ce pistolet brésilien, sous licence émiratie, a montré ses limites lors de la phase de validation. En dépit de l’opposition des services qualité de l’industrie militaire, des unités de production ont été mises en fonction.

L’immobilier bradé

Les appétences des émiratis s’étendaient également au secteur de l’immobilier en Algérie. Le projet Dunia Parc, qui initialement était conçu pour la réalisation d’un parc de loisirs dans la capitale algérienne a été dévié de son objectif initial. C’est un fonds d’investissements détenu par la famille royale d’Abu-Dhabi à qui a été bradé un terrain de 800 hectares, après avoir procédé à l’expropriation des propriétaires. Le projet n’a u être mis en place que grace à des fonds publics du trésor public algérien à hauteur de 100 milliards de dinars. Ce que devrait être un lieux de loisir dans une capitale qui en manqu, est devenu un scandale qui s’apparente à une affaire d’escroquerie.

Plus grave encore, le fonds « Emirates international investment company » (EIIC) a recouru à l’arbitrage international pour mettre en cause le ministère algérien de la justice et l’agence algérienne de développement de l’investissement (ANDI). Les Émiratis obtiendront 280 millions de dollars. Cherchez l’erreur!

 

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L’avocat Seifeddine Makhlouf placé en garde à vue à Tunis https://mondafrique.com/international/lavocat-seifeddine-makhlouf-place-en-garde-a-vue-a-tunis/ https://mondafrique.com/international/lavocat-seifeddine-makhlouf-place-en-garde-a-vue-a-tunis/#respond Wed, 21 Jan 2026 09:37:27 +0000 https://mondafrique.com/?p=145670   Extradé vers la Tunisie après un an et demi de détention administrative en Algérie, l’ancien député et président de la coalition Al-Karama a été aussitôt placé en garde à vue par le parquet de la République auprès du Tribunal de première instance. Malgré une demande d’asile déposée auprès du Haut Commissariat aux Réfugiés et […]

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Extradé vers la Tunisie après un an et demi de détention administrative en Algérie, l’ancien député et président de la coalition Al-Karama a été aussitôt placé en garde à vue par le parquet de la République auprès du Tribunal de première instance.

Malgré une demande d’asile déposée auprès du Haut Commissariat aux Réfugiés et une protection temporaire accordée le temps de l’examen de son dossier, les autorités algériennes l’avaient extradé par voie terrestre le 18 janvier, avait annoncé son avocat algérien Saïd Zahi sur son compte Facebook. Il avait regretté cette décision alors que son client et confrère tunisien « fait face à plusieurs peines de prison en raison de son activité politique et de défense des droits”.  

Déjà condamné à plusieurs peines, l’avocat et homme politique est désormais retenu par les autorités judiciaires en attendant la suite des procédures légales. Ancien député et vice-président du parti islamiste Al Karama, Seïfeddine Makhlouf, avait été condamné en son absence, le 13 janvier 2026, à cinq ans d’emprisonnement par la Chambre criminelle du Tribunal de première instance de Tunis dans une affaire d’atteinte à la sûreté intérieure, pour la divulgation présumée de secrets relevant de la défense nationale, la transmission d’informations confidentielles relatives à des enquêtes judiciaires et des accusations non étayées visant des agents de l’État. 

Une longue série de condamnations

Depuis la levée de son immunité parlementaire, l’avocat a enchainé les poursuites et les condamnations : un an d’emprisonnement pour une altercation avec la députée Abir Moussi en 2021, un an de prison, en juin 2022, pour atteinte à la dignité de l’armée – assorti d’une interdiction d’exercer la profession d’avocat pendant cinq ans – quatorze mois d’emprisonnement, en janvier 2023, pour des insultes envers des policiers deux ans plus tôt et vingt mois en appel, en juin 2023, pour des menaces adressées au procureur de la République de Sidi Bouzid.

Avocat depuis 2009, il s’est fait connaître comme avocat des personnes accusées de terrorisme, ce qui lui avait valu le surnom d’ “avocat des terroristes”. Candidat à l’élection présidentielle de 2019, il avait obtenu 4,37 % des voix au premier tour avant d’être élu député de la première circonscription de Tunis. Président de la coalition islamiste Al-Karama, il avait été arrêté en transit à l’aéroport d’Annaba en Algérie alors qu’il tentait de rejoindre Doha, où vit sa famille. 

L’extradition algérienne critiquée

Le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT) a regretté l’extradition de Makhlouf par l’Algérie. Dans un communiqué, il a rappelé que Me Makhlouf avait été « condamné à trois mois de prison ferme par un tribunal algérien [ndlr, pour être entré clandestinement dans le pays.], peine qu’il a purgée, puis il a été ensuite placé dans un centre d’hébergement à la disposition du Haut-Commissariat aux réfugiés, où des demandes d’admission auprès de plusieurs pays ont été refusées, notamment par le Qatar et la Turquie, malgré le fait qu’il ait toujours été politiquement proche des régimes de ces pays. » Selon le CRLDHT, « il s’apprêtait à quitter l’Algérie vers le Royaume-Unis où sa demande de regroupement familial avait été traitée et avait obtenu une réponse favorable, lorsque soudain les autorités algériennes ont brutalement changé d’avis pour le livrer au régime de Kaïs Saïed. »

 

 

 

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Iran: les raisons du coup d’arrêt de Trump à l’option militaire https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-pourquoi-trump-a-finalement-recule-face-a-loption-militaire/ https://mondafrique.com/moyen-orient/iran-pourquoi-trump-a-finalement-recule-face-a-loption-militaire/#respond Fri, 16 Jan 2026 16:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145514 Après une séquence de menaces militaires particulièrement virulente, Washington tempère soudainement son discours face à l’Iran. Conseils militaires, pressions régionales et risque d’escalade expliquent ce recul tactique, sans pour autant lever l’ambiguïté stratégique entretenue par l’administration Trump. Un article repris du site Ici Beyrouth. Après plusieurs jours de menaces d’attaque militaire contre l’Iran en réponse […]

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Après une séquence de menaces militaires particulièrement virulente, Washington tempère soudainement son discours face à l’Iran. Conseils militaires, pressions régionales et risque d’escalade expliquent ce recul tactique, sans pour autant lever l’ambiguïté stratégique entretenue par l’administration Trump. Un article repris du site Ici Beyrouth.


Après plusieurs jours de menaces d’attaque militaire contre l’Iran en réponse à la répression sanglante des manifestations anti-régime, l’administration Trump semble avoir opéré un revirement tactique. Si le président américain n’exclut toujours pas formellement une intervention militaire, plusieurs facteurs expliquent ce recul soudain dans la rhétorique agressive de Washington.

Des conseils militaires qui refroidissent les ardeurs

Selon le Wall Street Journal, les conseillers de Donald Trump lui auraient clairement indiqué qu’une frappe de grande envergure contre l’Iran ne garantirait pas la chute du régime et risquerait au contraire de déclencher un conflit régional plus large. 

Des responsables américains auraient averti le président que les États-Unis auraient besoin de davantage de moyens militaires au Moyen-Orient, tant pour lancer une opération d’ampleur que pour protéger les forces américaines dans la région et leurs alliés comme Israël en cas de représailles iraniennes.

Les partenaires de Washington au Moyen-Orient ont également fait passer le même message à la Maison-Blanche : un bombardement massif ne ferait probablement pas tomber le régime, tandis que des frappes plus limitées pourraient remonter le moral des manifestants sans pour autant modifier la répression, rapporte le quotidien américain.

La pression des alliés régionaux et d’Israël

Le New York Times révèle que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, aurait demandé à Trump de reporter tout plan d’attaque militaire contre l’Iran, lors d’une conversation téléphonique mercredi dernier. Selon le journal, Netanyahou aurait sollicité le report de toute frappe, l’Iran ayant menacé de riposter contre Israël en cas d’attaque américaine.

Cette position israélienne s’inscrit dans un contexte de pressions diplomatiques plus larges. Des responsables de haut niveau du Qatar, de l’Arabie saoudite, d’Oman et d’Égypte auraient également exhorté l’administration Trump à ne pas attaquer l’Iran ces derniers jours, avertissant qu’une telle opération pourrait déclencher un conflit régional plus vaste, selon les informations du New York Times.

Le Wall Street Journal confirme ces démarches diplomatiques, précisant que la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite ont pressé Trump de ne pas frapper l’Iran. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, qui multiplie les contacts avec les dirigeants régionaux, y compris iraniens, a déclaré lors d’une conférence de presse à Istanbul jeudi qu’il œuvrait pour éviter une escalade militaire : «Nous ne voulons pas d’intervention ici».

Des menaces de représailles iraniennes bien réelles

Les responsables iraniens ont également joué un rôle dans cette désescalade en faisant passer des messages clairs. Selon le Wall Street Journal, Téhéran a contacté ces derniers jours les gouvernements de la Turquie, du Qatar, des Émirats arabes unis et d’Oman pour les avertir qu’en cas d’attaque, l’Iran frapperait les bases américaines dans la région.

D’après un diplomate familier de ces échanges cité par le Wall Street Journal, la cible la plus probable de représailles iraniennes serait la grande base militaire américaine au Qatar, que Téhéran avait déjà attaquée en juin dernier en réponse aux frappes américaines sur les sites nucléaires iraniens. Par précaution, les États-Unis ont d’ailleurs déplacé certaines troupes hors de cette base mercredi, certains soldats ayant été envoyés dans des hôtels, selon un responsable au fait de la situation.

Un précédent qui pèse lourd

Al-Jazeera rappelle un épisode récent qui nourrit aujourd’hui la méfiance. En juin dernier, alors que Washington et Téhéran menaient des négociations intenses sur le dossier nucléaire iranien, Trump avait multiplié les signaux contradictoires, avertissant l’Iran que le temps pressait pour un accord tout en revenant aux discussions.

Le 13 juin, il déclarait sur Truth Social que son équipe restait «engagée dans une résolution diplomatique» et que son administration «tout entière» avait reçu pour directive «de négocier avec l’Iran». Quelques heures plus tard, Israël, allié de Washington, frappait l’Iran.

Le 20 juin, la porte-parole de la Maison-Blanche citait Trump affirmant qu’il prendrait sa décision «dans les deux prochaines semaines». Deux jours plus tard, des bombardiers B-2 américains larguaient quatorze bombes anti-bunker sur l’installation nucléaire de Fordo, enterrée dans une montagne près de Qom.

Une rhétorique qui évolue au gré des circonstances

Mercredi soir, Trump a déclaré que les tueries en Iran avaient cessé et que Téhéran avait assuré son administration que les manifestants arrêtés ne seraient pas exécutés. «Ils ont dit que les tueries ont cessé et que les exécutions n’auront pas lieu», a affirmé le président, ajoutant que «nous allons vérifier».

La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a confirmé jeudi que Trump et Netanyahou s’étaient entretenus, mais a refusé de donner des détails sur leur discussion. Elle a également affirmé que l’Iran avait annulé 800 exécutions suite aux avertissements de Trump, bien que Téhéran n’ait jamais rendu publics de tels projets d’exécutions massives.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a pour sa part nié dans une interview à Fox TV, que Téhéran prévoyait d’exécuter des manifestants antigouvernementaux. La pendaison est hors de question», a-t-il déclaré.

Un schéma récurrent de menaces et de reculades

Pour Jeremy Shapiro, directeur de recherche au Conseil européen des relations étrangères cité par Al-Jazeera, Trump est plus susceptible d’agir lorsque les menaces comportent «un faible risque d’escalade», tandis que les menaces contre des États dotés de l’arme nucléaire ou militairement puissants servent largement des objectifs rhétoriques. 

Les avertissements les plus extrêmes ou théâtraux, soutient-il, ont tendance à fonctionner comme des outils de «signalisation politique plutôt que comme des précurseurs d’une véritable action militaire».

Une partie d’échecs qui continue

Malgré ce recul apparent, les options militaires restent sur la table. Le Times of Israel rapporte que la chaîne 12 israélienne a indiqué, citant cinq sources impliquées ou familières des discussions à la Maison-Blanche, qu’une attaque américaine demeurait possible alors que Washington continuait d’évaluer la situation.

Trump aurait demandé que des moyens militaires soient mis en place au cas où il ordonnerait une frappe d’ampleur, selon le Wall Street Journal. Le quotidien américain indique que le président devrait ordonner au Pentagone d’envoyer le porte-avions USS Abraham Lincoln de la mer de Chine méridionale vers le Moyen-Orient, un voyage qui devrait durer environ une semaine une fois commencé.

«Le président et son équipe suivent de près la situation et toutes les options restent sur la table», a déclaré Leavitt, résumant ainsi l’ambiguïté stratégique qui caractérise la position américaine actuelle face à l’Iran.

 

 

 

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Un bilan en demi-teinte pour les frappes américaines de Noël au Nigeria https://mondafrique.com/international/un-bilan-en-demi-teinte-pour-les-frappes-americaines-de-noel-au-nigeria/ https://mondafrique.com/international/un-bilan-en-demi-teinte-pour-les-frappes-americaines-de-noel-au-nigeria/#respond Fri, 16 Jan 2026 11:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145363 Une enquête publiée le 12 janvier par le journal The New Humanitarian brosse un tableau contrasté des résultats des frappes de missiles tirés par les États-Unis, dans le nord-ouest du Nigeria, le 25 décembre, visant officiellement l’État islamique au nom de la défense des « des chrétiens innocents », selon les mots de Donald Trump. […]

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Une enquête publiée le 12 janvier par le journal The New Humanitarian brosse un tableau contrasté des résultats des frappes de missiles tirés par les États-Unis, dans le nord-ouest du Nigeria, le 25 décembre, visant officiellement l’État islamique au nom de la défense des « des chrétiens innocents », selon les mots de Donald Trump.

« Le décalage entre le récit officiel des frappes et les dynamiques actuelles du conflit a immédiatement soulevé des questions sur la qualité du renseignement mobilisé, la perception de la menace et la stratégie motivant la décision des USA», écrit le journaliste nigérian Malik Samuel, spécialiste des questions de sécurité, qui s’étonne, avec d’autres avant lui, du choix de la région du nord-ouest plutôt que celle du nord-est où les groupes djihadistes font des ravages depuis des décennies, en particulier la plus grande franchise actuelle de l’État islamique : l’État islamique en Afrique de l’Ouest, souvent désigné par son acronyme anglais ISWAP. Ce dernier groupe, a, en effet, « ouvertement revendiqué et célébré des attaques contre des communautés chrétiennes dans les États du Borno et d’Adamawa et qualifie habituellement ses victimes de ‘croisés’». De même, estime l’auteur de l’article, on aurait pu invoquer la même justification « si les frappes avaient visé le centre-nord du Nigeria, où des milices peules visent de façon prédominante les communautés rurales chrétiennes. »

Au contraire, dans la région ciblée par le Pentagone, les chrétiens ne sont pas la cible des violences extrêmes que subissent depuis des années les communautés locales, de la part de plusieurs groupes armés et qui prennent la forme de massacres à grande échelle, de violences sexuelles, de déplacements forcés, de destruction des moyens de production, d’enlèvements de masse et d’extorsion systématique. Ces communautés endurent la situation quasiment sans protection de l’État. Les auteurs de ces violences, explique le New Humanitarian, sont de deux ordres. « Le premier est la violence criminelle organisée, le plus souvent appelée banditisme, perpétrée par des groupes armés composés surtout de Peuls motivés au premier chef par le gain financier. La seconde source d’insécurité dans le nord-ouest est l’extrémisme violent. Il est représenté, notamment, par un groupe djihadiste appelé Lakurawa. Contrairement aux bandits, Lakurawa obéit à des motivations religieuses et réclame le renforcement de l’application totale de la charia dans les territoires sous son influence. » 

Un groupe mystérieux, de 800 combattants

On sait peu de choses de ce groupe, qui était la cible principale des missiles Tomahawk tirés à partir d’un destroyer stationné dans le golfe de Guinée. Son nom même est mystérieux. Les chercheurs s’accordent sur l’origine sahélienne – le plus souvent étrangère – des combattants mais ils se disputent sur le rattachement de Lakurawa à l’État islamique au Sahel (EIS) ou au Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) affilié à Al Qaïda.

Selon les sources internes au groupe interrogées par The New Humanitarian, Lakurawa serait un rejeton d’Al Qaïda formé en 2010. Ses combattants sont essentiellement originaires du Mali, du Niger, du Tchad et du Nigeria et la plupart parlent zarma, la langue majoritaire dans les régions à la frontière du nord-ouest. Le groupe aurait bougé dans les États du Borno, de Niger et de Kebbi avant de jeter son dévolu, en 2017, sur la forêt à cheval sur les districts de Gudu, Kware et Tangaza dans l’État de Sokoto, en 2017. Ces sources ont estimé le nombre des combattants à 800 pour Sokoto.

Lakurawa s’est d’abord présenté aux communautés locales comme une protection contre les bandits et comme un partisan du renforcement de la charia (dont l’application au Nigeria est limitée par le cadre constitutionnel.) Il a imposé progressivement des règles sociales et religieuses strictes dans les zones sous son influence, interdisant la musique et la danse lors des rassemblements, vérifiant la licéité des contenus des téléphones, détruisant des cartes SIM, bannissant des imams jugés trop modérés, imposant un contrôle des prix sur les marchés et prohibant la vente des cigarettes et de l’alcool. Au fil du temps, les impôts en nature collectés au nom de la zakat sont devenus de la confiscation pure et simple, notamment du bétail et des récoltes. « En dépit de ces pratiques coercitives, Lakurawa s’est, en général, abstenu d’attaques indiscriminées contre les civils. La violence était surtout dirigée contre ceux qui résistaient à ses exigences, en particulier concernant le paiement de la zakat. » Avec le temps, le groupe s’est montré plus dur avec les communautés, tuant des villageois sans motif. Il a tenté de recruter des chefs de groupes de bandits, dans le cadre de ses objectifs idéologiques, mais il a échoué : les bandits n’ont pas été séduits par l’abandon de leurs activités lucratives au profit d’un cadre social rigide bannissant l’alcool et le sexe hors mariage.

Trois districts frappés mais un seul abritant des djihadistes

Pour revenir aux frappes de Noël, opérées officiellement en collaboration avec les autorités nigérianes, elles ont touché trois districts de Sokoto : Isa, Tangaza et Tambuwal. Si Tangaza « est reconnu comme une zone d’activité importante des Lakurawa », il n’en va pas de même pour Tambuwal, ni Isa, bastion d’un groupe de bandits commandé par Bello Turji, un grand chef. Ce dernier aurait survécu à l’attaque. A Tangaza, en revanche, un camp des Lakurawa a subi des pertes importantes. Pour les désigner, le commandement militaire américain, étroitement aligné sur les propos de Trump, a annoncé que des « terroristes de l’État islamique » avaient été tués.

Le bandit Turji Bello. Photo réseaux sociaux.

Selon les informateurs du New Humanitarian, le camp aurait essuyé deux frappes successives de missiles. La première aurait tué environ 30 combattants. Et la seconde, les rescapés venus constater les dégâts et porter secours aux blessés. Au total, ce sont environ 155 combattants de Lakurawa qui auraient péri, dont 19 ayant succombé plus tard à leurs blessures. Dando Sibu, un commandant du groupe, aurait quitté le site cinq minutes avant l’impact du 2e missile et ainsi survécu. Les jours passant, le bilan a été porté à 200 combattants disparus et des pertes importantes de bétail, qui constitue une source importante de revenus. Il n’empêche que le 31 décembre seulement, le groupe a réussi à lancer une grande attaque, qui a duré plusieurs heures, contre la ville de Birnin Yauri, dans l’État de Kebbi, tuant au moins 21 civils, dont 9 par décapitation.

Pour l’auteur de l’article, il ne fait pas de doute que la cible américaine était bien Lakurawa. Les autres groupes djihadistes du nord-ouest, parmi lesquels JAS – communément appelé Boko Haram – et Ansaru, un groupe affilié à Al Qaïda – n’ont pas été visés. Pourtant, insiste le journal, JAS, dont le chef surnommé Sadiku opère dans les États de Niger, de Kebbi et de Kwara, passe pour responsable de l’enlèvement de 300 enfants d’une école catholique en novembre.

Des conséquences négatives de plusieurs ordres

Au-delà des questions qui persistent sur la pertinence des cibles américaines, The New Humanitarian s’interroge sur les conséquences que l’intervention militaire risque de produire. « L’imprédictibilité de frappes de missiles dans des zones dotées de peu de réseaux d’information formels peut fracturer la confiance communautaire, exacerber la perception de l’insécurité et aggraver les inquiétudes concernant le rôle de militaires étrangers sur le sol nigérian. » C’est ainsi qu’a circulé sur les réseaux sociaux, après l’explosion d’un missile égaré dans un champ à Tambuwal, la rumeur d’une attaque contre le Nord musulman du pays. « Au total, quatre des 16 missiles tirés ont raté leur cible, deux frappant des bâtiments résidentiels dans l’Etat du Kwara. » Plus grave encore dans un pays multiconfessionnel comme le Nigeria, l’argument de la défense des chrétiens est d’une « exceptionnelle maladresse », récupéré aussitôt par la propagande extrémiste pour « renforcer le narratif d’une hostilité occidentale contre les populations musulmanes », déplore le journaliste.

Enfin, le risque de représailles contre les civils et l’État est majeur, estime l’auteur, de la part des bandits comme des djihadistes. C’est ainsi, explique-t-il, que l’enlèvement de 25 écolières à Maga, dans l’État de Kebbi, en novembre dernier, a été supervisé par le bandit Ado Alero pour se venger de l’arrestation de ses neveux et alliés par les forces de sécurité. « Depuis les frappes de Sokoto, ISWAP semble avoir accéléré ses attaques contre les communautés chrétiennes du nord-est », insiste-t-il.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Cherchant à fuir Sokoto, Lakurawa veut se déplacer à l’intérieur du Nigeria ou traverser la frontière des pays voisins, le Niger et le Tchad, sa préférence allant au Tchad pour des raisons de liens familiaux et sociaux dans ce pays, qui n’était pour lui jusqu’ici qu’un couloir de transit logistique. Le chef des opérations au Nigeria, Amir Tajuddin, est d’origine tchadienne et Dando, bien que d’origine malienne, y est né et y a grandi. Mais pour rejoindre le Tchad, il faut d’abord réussir à exfiltrer les combattants du Nigeria et à traverser le Niger voisin sans attirer l’attention des forces de sécurité. C’est ainsi, par exemple, que 20 combattants ont péri le 2 janvier dans des affrontements avec la police paramilitaire du district de Sabon Birni alors qu’ils tentaient de franchir la frontière. Les survivants se sont réfugiés dans une forêt voisine mais en ont été délogés par les bandits locaux craignant que leur présence n’attire les forces de sécurité.

Même si Lakurawa décidait finalement de rester au Nigeria, il est probable qu’une pression militaire soutenue et coordonnée pousse finalement un grand nombre de ses combattants étrangers à rentrer dans leurs pays d’origine. Mais il n’en va pas de même pour les bandits, issus des communautés nigérianes qu’ils terrorisent et susceptibles de se venger. Comme l’a dit l’un d’eux au New Humanitarian au lendemain des frappes de Sokoto : « Si un seul bandit est pris pour cible, je vous le jure, les gens pleureront tellement que ceux qui nous bombardent seront désolés pour les civils.» Dans l’État de Zamfara, plusieurs chefs de bandits ont récemment acquis des engins explosifs improvisés, à travers Dodo Gide, considéré comme le plus puissant et le plus redouté de tous, grâce à de l’argent mis en commun pour leur fabrication. Gide a un temps collaboré avec JAS, notamment dans une attaque contre un train de passagers en 2022. Même s’il s’est éloigné des djihadistes par la suite il a conservé les capacités d’artificier acquises auprès d’eux.

On parle désormais d’une surveillance de drone élargie déployée dans le nord du Nigeria, avec de nouvelles frappes attendues. Mais ces interventions exposent les failles de capacités nigérianes. Malgré d’importants investissements aériens et des campagnes antiterroristes de longue haleine, la dépendance du Nigeria en matière de renseignement extérieur, de surveillance, de reconnaissance et de capacités de frappes de précision met en lumière ses insuffisances militaires sur les différents théâtres. Bien que l’aviation du Nigeria ait conduit de nombreuses opérations aériennes au cours des ans, particulièrement dans le nord-ouest et le nord-est, ces efforts ont souvent été déployés de façon ponctuelle et ils ont parfois été ternis par des pertes civiles importantes, sapant leur efficacité et leur légitimité.

Au Nigeria actuellement, même si les frappes américaines ont été plutôt accueillies positivement, beaucoup de gens s’interrogent sur la pertinence de cette implication étrangère et sur ce qu’elle révèle des capacités opérationnelles et de la volonté politique de leurs dirigeants politiques et militaires. Ce que ressentent les Nigérians, quand ils considèrent la capacité de leurs dirigeants à les protéger, c’est un profond désespoir et un sentiment d’impuissance.

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Du Soudan à la Corne de l’Afrique: de l’or et des mercenaires https://mondafrique.com/a-la-une/du-darfour-a-socotra-des-flux-dor-et-de-mercenaires/ https://mondafrique.com/a-la-une/du-darfour-a-socotra-des-flux-dor-et-de-mercenaires/#respond Fri, 16 Jan 2026 08:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145301 Du Soudan à la Corne de l’Afrique, les acteurs étrangers, russes et émiratis notamment, ont alimenté les conflits locaux en armes et en mercenaires. L’or est au centre des transactions entre les belligérants.  Par Charlotte Touati Le 26 octobre 2025, la milice des Rapid Support Forces (RSF) prenait la ville d’El Fasher après 18 mois […]

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Du Soudan à la Corne de l’Afrique, les acteurs étrangers, russes et émiratis notamment, ont alimenté les conflits locaux en armes et en mercenaires. L’or est au centre des transactions entre les belligérants. 

Par Charlotte Touati

Le 26 octobre 2025, la milice des Rapid Support Forces (RSF) prenait la ville d’El Fasher après 18 mois de siège. Capitale de l’État du Nord Darfour et poumon économique de la région, El Fasher était le refuge de centaines de milliers de déplacés qui fuyaient les combats depuis avril 2023. Elle était le dernier point d’accès humanitaire pour l’ONU jusqu’à sa chute. De nombreux témoignages font état d’exactions et de crimes de masse à caractère ethnique commis contre les populations noires par les milices arabes, ce que confirment les vidéos filmées par les miliciens RSF eux-mêmes.

Genèse d’un conflit

Le conflit a éclaté le 15 avril 2023, lorsque les forces paramilitaires des RSF se sont affrontées aux forces armées soudanaises (Sudan Armed Forces, SAF) pour le contrôle politique et militaire du pays. Les RSF sont emmenées par Mohamed Hamdan Dogolo dit « Hemedti », tandis que les SAF répondent à Abdel Fattah al-Burhan et forment l’armée régulière. Les deux généraux furent pour un temps alliés et ils devaient se partager le pouvoir, mais leur rivalité fait craindre aujourd’hui une partition est-ouest du Soudan.

Hemedti est originaire du Darfour. Initialement connu comme homme d’affaires, il s’est taillé un empire grâce aux mines d’or de sa région natale. Issu d’une tribu arabe, il fédère autour de lui les Janjawid, initialement armés par Omar el-Béchir pour mater la rébellion au Darfour.

Les crimes de guerre des Janjawid

Dès 2004, Hemedti dirige plusieurs centaines de combattants Janjawid et collabore directement avec les services de renseignement soudanais et l’armée. Les Janjawid se sont rendu coupables de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de génocide, selon la Cour pénale internationale. Elle a condamné l’un de leurs chefs, Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman dit Ali Kosheib, pour ces crimes, en octobre 2025. Des rapports de l’ONU ont également documenté meurtres de masse, viols comme arme de guerre, destruction systématique de villages, pillages des biens et du bétail, incendies des récoltes, empoisonnement des puits et déplacements forcés.

Maître du Darfour, Hemedti se lance dans l’extraction aurifère et crée Al Junaid en 2009, noyau de son empire. Mais en 2013, sous la pression internationale, Omar el-Béchir ne peut plus laisser les hommes d’Hemedti agir de façon indépendante et il intègre les Janjawid à l’architecture sécuritaire du pays. Ils deviennent les fameuses Rapid Support Forces dont Al Junaid est le bras économique.

Une révolution confisquée

En avril 2019, le Soudan engage un tournant décisif de son histoire. Après plusieurs mois de manifestations populaires déclenchées par la flambée des prix et la crise économique, la contestation prend une tournure politique et appelle ouvertement au départ du président Omar el-Béchir au pouvoir depuis trente ans. Face à la pression de la rue et aux divisions internes du régime, l’armée finit par l’évincer le 11 avril 2019.

Ce renversement ouvre une période d’incertitude : un Conseil militaire de transition prend d’abord le pouvoir, avant qu’un fragile compromis ne soit trouvé avec les forces civiles du mouvement révolutionnaire. C’est dans ce contexte que le général Abdel Fattah al-Burhan devient président du Conseil souverain, flanqué de Hemedti comme vice-président. Cette alliance entre l’armée, les paramilitaires et une partie des civils devait préparer des élections démocratiques mais elle se révèle vite instable : les ambitions concurrentes des chefs militaires, l’impunité des RSF et les difficultés affrontées par les institutions civiles plongent à nouveau le pays dans une lutte de pouvoir qui éclatera en guerre ouverte en 2023.

Mais il faut aussi compter avec des patrons extérieurs. La position stratégique du Darfour et sa richesse minière l’ont tragiquement placé au carrefour des routes de trafic, avec Hemedti à son centre.

Wagner et les mines d’or du Soudan

En effet, suite à la prise en 2017 de Jebel Amer (Nord Darfour), une zone montagneuse extrêmement riche en or, les RSF gagnent une réelle autonomie par rapport à Omar el-Béchir. Cette victoire coïncide avec un appui étranger de taille, celui de feu Evgeni Prigojine, alors à la tête de la société militaire privée russe Wagner. Ce rapprochement s’explique par les business communs dans lequel les deux hommes sont engagés (or, armes, mercenaires) et la position géographique du fief de Hemedti, le Darfour.

Celui-ci est frontalier de la République Centrafricaine, un bastion de Wagner, devenu, depuis 2017, la garde prétorienne du Président Faustin-Archange Touadéra. Selon son schéma habituel, Wagner exploite les ressources minières du pays. Des convois circulent entre la RCA et le Soudan en passant par le Darfour.

Un intermédiaire russe très politique

La même année 2017, Wagner tisse sa toile au Soudan. L’intermédiaire se nomme Mikhail Potepkine. Il dirige Meroe Gold, une filiale de M Invest, la société de Prigojine. Potepkine déclare ne pas avoir de lien avec Prigojine, mais en 2017, il représente bien M Invest lors d’une réunion entre l’ancien président de la Fédération de Russie Dmitri Medvedev et Omar el-Béchir. Familier de l’idéologue Alexandre Douguine, avec qui il apparaît sur des photographies, Potepkine appartiendrait à des groupes « conservateurs » russes liés à l’extrême-droite néo-nazie. Il est également cité dans l’opération d’ingérence russe menée pendant les élections américaines de 2016. En Afrique comme aux États-Unis, Potepkine agit comme lobbyiste et joue les déstabilisateurs. Le Soudan et l’Éthiopie font partie de ses cibles prioritaires.

A partir de 2017, Meroe Gold reçoit un soutien important d’entreprises liées à Prigojine, sous forme de financement et de matériel, notamment des hélicoptères et des avions. L’extraction aurifère est au cœur de l’activité de Meroe. Son centre névralgique se situe à al-Ibaidiya, dans le Nile River State, à l’est du Soudan, hors de l’espace contrôlé par Hemedti. On observe donc une répartition des zones d’exploitation entre les deux hommes forts du Soudan pour éviter la concurrence.

Des avions russes chargés d’or sont observés décollant de Khartoum ou de Port Soudan (donc depuis l’est) à destination de la Russie pour financer la préparation de l’invasion de l’Ukraine puis l’effort de guerre. Le 24 février 2022, le jour même de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Hemedti se trouve à Moscou dans le cadre d’un voyage organisé par Wagner.

Mais le 23 août 2023, Evgeni Prigojine disparaît dans un accident d’avion. Le Kremlin reprend alors largement les activités de Wagner (rebaptisé Africa Corps) et se détourne de Hemedti au profit d’Al-Burhan.

Les Émirats Arabes Unis, un soutien en or

S’il est, en revanche, un soutien qui ne s’est pas démenti, c’est bien celui que les Emirats Arabes Unis apportent à Hemedti et aux RSF.

L’or d’Al Junaid est directement envoyé à Dubaï, plus exactement à Sharjah, à la raffinerie de Kaloti, un groupe fondé en 1988 par Munir Ragheb Mousa Al Kaloti et qui comprend une dizaine d’entreprises toutes liées aux métaux précieux. De l’or artisanal ou issu des trafics est aussi collecté au souk de Dubaï et drainé dans les bureaux de Kaloti.

La régulation est très lâche à Dubai et il est tout à fait légal de transporter de l’or brut dans son bagage à main, sans aucune taxe de surcroît. L’or centralisé par Kaloti est ensuite expédié en Suisse, principalement chez Valcambi. La Suisse est la plaque tournante du commerce mondial de l’or, de son raffinage et de son trading.

La Suisse, étape obligatoire 

Passer par Valcambi n’est pas qu’une question d’opportunité commerciale et logistique. L’entreprise basée au Tessin est enregistrée à la London Bullion Market Association. Elle peut donc certifier cet or qui entre alors dans le circuit très officiel des banques centrales du monde entier. Ce que ne peut pas faire Kaloti. Au Soudan, en contrepartie de l’or, les Émirats inondent les RSF d’armes et de matériel, tandis que les mercenaires s’échangent de part et d’autre au gré des besoins.

A partir de 2014, les EAU et l’Arabie Saoudite mènent une coalition contre l’insurrection des Houthis soutenus par l’Iran. Des contrats à plusieurs millions de dollars sont alors signés entre la firme canadienne Dickens and Madsen, le maréchal Khalifa Haftar – qui tient la Cyrénaïque – et Hemedti. Dickens and Madsen est dirigée par Ari Ben-Menashe, un personnage sulfureux qui prétend être un ancien du Mossad, ce que les renseignements israéliens ont toujours nié. Surnommé le « lobbyiste pour dictateurs », Ben-Menashe a également travaillé pour Kadhafi, Robert Mugabe ou la junte birmane.

Signatures apposées sur le contrat entre Ben-Menashe, pour Dickens and Madson, et Hemedti. Source : FARA (Foreign Agents Registration Act), ministère US de la Justice.

Les contrats prévoient l’envoi de mercenaires libyens et soudanais recrutés pour se battre au Yemen pour le compte des EAU après avoir transité par Assab, en Érythrée. En échange, Ben-Menashe s’engage à négocier des livraisons d’armes et de blé « à haute teneur en protéines » pour les hommes d’Hemedti. On constate, à nouveau, une certaine entente entre les réseaux russes et émiratis.

Des Soudanais et des Erythréens à l’assaut de Socotra

En 2017, les Émirats Arabes Unis décident de faire cavaliers seuls en soutenant le Conseil de Transition du Sud (STC), un mouvement sécessionniste yéménite, tandis que l’Arabie Saoudite continue de soutenir le gouvernement yéménite légitime ou Conseil présidentiel de direction (PLC), basé à Aden.

Il y a désormais trois forces armées au Yémen, chacune soutenue par une puissance du Golfe : PLC (Arabie Saoudite), STC (Émirats Arabes Unis) et les Houthis (Iran). En 2020, les Émirats Arabes Unis prennent, pour le compte du STC, Socotra, un archipel politiquement yéménite qui représente géographiquement la pointe de la Corne de l’Afrique. Cet assaut a été rendu possible grâce aux mercenaires soudanais et érythréens négociés par Dickens & Madsen.

Carte Google Earth. On y voit Socotra, au sud du Yemen et à l’est de Djibouti.

Jusqu’en 2021, la base d’Assab servait de plaque tournante à ces échanges, mais depuis le retrait des Émirats du port érythréen et la rupture nouvelle et brutale entre le président érythréen et le Premier ministre éthiopien, lui-même très proche d’Abu Dhabi, ce sont les ports du Somaliland et du Puntland qui ont pris le relais.

Mercenaires colombiens et enfants soldats

Comme documenté par Middle East Eye, le port de Bosaso sert de nœud logistique entre les Émirats et les RSF. Des mercenaires colombiens auraient été fournis par les EAU aux RSF et auraient contribué à la prise d’El Fasher. Dans une lettre du 5 septembre 2025 adressée au Conseil de Sécurité de l’ONU, Al-Harith Idriss Al-Harith Mohamed, Représentant permanent du Soudan auprès des Nations Unies, documente abondamment la présence et les actions de ces mercenaires, qui se baptisent « loups du désert », et il affirme, photos à l’appui, qu’ils ont formé des enfants soldats dans les camps de réfugiés au Darfour. 

Photo montrant l’entraînement d’enfants des camps de réfugiés du Darfour par des mercenaires colombiens. (Source : lettre au Conseil de sécurité du Représentant permanent du Soudan auprès de l’ONU, 5 septembre 2025.)

En guise de dernier renvoi d’ascenseur, en novembre 2025, le président centrafricain Touadéra a sollicité Abu Dhabi pour régler ses dettes auprès des Russes d’Africa Corps, en échange d’une plateforme logistique destinée à faciliter le soutien émirati aux RSF au Darfour.

Le 30 décembre 2025, l’Arabie Saoudite a mené des frappes dans le sud du Yémen détruisant des cargaisons d’armes et du matériel destiné au Conseil de Transition du Sud. Les Émirats Arabes Unis ont alors convenu de se retirer de Socotra pour éviter l’escalade.

Ce retrait pourrait précipiter un repli sur le Somaliland, où les EAU sont déjà massivement présents, ainsi que sa reconnaissance officielle par Abu Dhabi.

 

 

 

 

 

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La suspension du financement de l’aide internationale par Donald Trump https://mondafrique.com/a-la-une/il-y-a-un-an-la-suspension-des-financements-us-de-laide/ https://mondafrique.com/a-la-une/il-y-a-un-an-la-suspension-des-financements-us-de-laide/#respond Fri, 16 Jan 2026 05:10:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145376 Le 20 janvier 2025, Donald Trump suspendait le financement américain de l’aide internationale. Malgré les conséquences dramatiques de cette décision, d’autres pays ont également diminué leur budget dans un contexte mondial de repli au profit de la défense. L’association Solidarités International a alerté jeudi sur l’urgence d’un « financement équitable du secteur » guidé par « les besoins […]

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Le 20 janvier 2025, Donald Trump suspendait le financement américain de l’aide internationale. Malgré les conséquences dramatiques de cette décision, d’autres pays ont également diminué leur budget dans un contexte mondial de repli au profit de la défense.

L’association Solidarités International a alerté jeudi sur l’urgence d’un « financement équitable du secteur » guidé par « les besoins effectifs des populations confrontées aux crises ». Dans un communiqué, l’ONG a rappelé les décisions, aux conséquences dramatiques, prises par le président américain dès son arrivée à la Maison Blanche : la suspension des financements de l’aide étrangère américaine, dont son aide humanitaire, puis, quelques jours plus tard, la fermeture de l’agence américaine d’aide publique au développement, USAID, décidée par Elon Musk, alors à la tête du ministère de l’Efficacité gouvernementale : 75,9 milliards de dollars programmés abruptement annulés.

 22 millions de morts d’ici 2030

« On estime à l’échelle mondiale que la baisse de l’aide humanitaire américaine pourrait causer la mort de plus de 22 millions de personnes d’ici 2030 », affirme Solidarités International. Le directeur général de l’ONG, Kevin Goldberg, y voit « une aberration, une faute morale énorme mais aussi une erreur stratégique majeure. Le coût de la prévention des crises et des conflits est bien inférieur à celui de l’inaction”. 

Au-delà de la décision américaine, c’est tout le cadre financier global de l’aide publique au développement (APD) qui s’effondre. « En France, c’est un véritable sabordage budgétaire qui est à l’œuvre : avec des amputations cumulées de plus de 49% en deux ans, c’est le budget de l’État le plus violemment sacrifié. La majorité des bailleurs historiques – Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas – opèrent eux aussi un repli brutal au profit de leurs dépenses de défense. Les projections indiquent un effondrement de l’APD mondiale de près de 26%. Ce n’est sans doute qu’un début. »

Un an après la cessation de l’aide américaine, la question du financement de la solidarité internationale reste entière. Alors qu’au moins 239 millions de personnes auront besoin d’assistance humanitaire en 2026 d’après Humanitarian Action.

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CAN. La malédiction du tenant du titre frappe la Côte d’Ivoire https://mondafrique.com/international/la-malediction-du-tenant-du-titre-frappe-la-cote-divoire-a-la-can/ https://mondafrique.com/international/la-malediction-du-tenant-du-titre-frappe-la-cote-divoire-a-la-can/#respond Mon, 12 Jan 2026 16:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=145188 Vainqueurs sur leurs terres il y a deux ans, les Éléphants de Côte d’Ivoire vont céder leur couronne, victimes de l’Égypte en course pour retrouver une gloire continentale qui la fuit depuis 2010. Par Patrick Juillard La malédiction du tenant du titre a encore frappé : sa victime est, cette année, la Côte d’Ivoire. Arrivés […]

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Vainqueurs sur leurs terres il y a deux ans, les Éléphants de Côte d’Ivoire vont céder leur couronne, victimes de l’Égypte en course pour retrouver une gloire continentale qui la fuit depuis 2010.

Par Patrick Juillard

La malédiction du tenant du titre a encore frappé : sa victime est, cette année, la Côte d’Ivoire. Arrivés au Maroc avec l’ambition de conserver le trophée gagné chez eux en 2024, les Éléphants et leur équipe rajeunie ont subi la loi de la roublarde Égypte (3-2), samedi, à Agadir. Sous la direction d’Emerse Faé, adjoint promu sélectionneur en pleine compétition et devenu le faiseur de miracles d’Ebimpé, les pachydermes n’ajouteront pas de quatrième étoile sur le maillot national. Deux fois vainqueurs sur les cinq précédentes éditions, les coéquipiers de Franck Kessié ont échoué comme tous leurs prédécesseurs depuis 2010. 

Un défi qui s’annonçait tout sauf simple : depuis la fondation de la CAN, en 1957, seules trois équipes ont réussi le « back to back » en conservant leur titre. Ce fut le cas de… l’Égypte en 1957 et 1959 et lors de son triplé historique en 2006-2008-2010, mais aussi du Ghana, sacré en 1963 et 1965, et du Cameroun, en 2000 et 2002. Encore les Ivoiriens ont-ils fait mieux que bien des champions sortants, à commencer par leurs deux prédécesseurs au palmarès : l’Algérie, titrée en 2019 en Égypte et éliminée sèchement dès le premier tour deux ans et demi plus tard au Cameroun, où triompha le Sénégal, sorti en huitièmes de finale par… la Côte d’Ivoire, future championne. 

Mohamed Salah, un Pharaon en mission

De là à penser que l’Égypte présente une belle tête de vainqueur, il n’y a qu’un pas. En difficulté depuis le début de la saison dans son club de Liverpool, l’attaquant et capitaine des Pharaons, Mohamed Salah, paraît en mission depuis le début de cette édition 2025, décidé à 33 ans à ne pas laisser passer ce qui apparaît comme sa dernière chance de soulever le trophée tant convoité. Unis comme rarement autour de leur star, les hommes d’Hossam Hassan ne visent rien d’autre qu’un huitième titre continental. 

Le sélectionneur aux allures de bonze sous stéroïdes sait faire : vainqueur de trois CAN (1986, 1998 et 2006, face à la Côte d’Ivoire d’un certain Emerse Faé) en tant que joueur, l’ex-attaquant et toujours recordman des buts marqués sous le maillot national avait piqué Salah dès sa prise de fonction au printemps 2024. Pour devenir une authentique « légende » nationale, il lui manquait une CAN, avait en substance dit le nouvel occupant du banc égyptien. Revenu grâce à ses quatre buts à la hauteur de son sélectionneur au classement des joueurs égyptiens les plus prolifiques en phase finale (11 réalisations chacun), Mo Salah est plus que jamais en course pour dépasser son sélectionneur. Et le rejoindre dans la légende. Cela passera d’abord, mercredi, par une revanche contre le Sénégal, qui les priva coup sur coup de la CAN et de la qualification pour le Mondial en 2022.

 

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