- Mondafrique https://mondafrique.com/international/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Fri, 29 Aug 2025 03:51:41 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.2 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/international/ 32 32 L’attaque de l’Iran, une erreur stratégique des Américains  https://mondafrique.com/international/lattaque-de-liran-une-erreur-strategique-des-americains/ https://mondafrique.com/international/lattaque-de-liran-une-erreur-strategique-des-americains/#respond Fri, 29 Aug 2025 01:35:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=137956 La séquence de frappes américano-israéliennes contre l’Iran a été impressionnante sur le plan tactique, mais ses conséquences stratégiques pourraient s’avérer profondément contre-productives. Plutôt que de forcer Téhéran à reculer, elle a contraint les dirigeants iraniens à repenser – mais non à abandonner – leur doctrine des proxys. Des années de surextension au Yémen, en Irak […]

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La séquence de frappes américano-israéliennes contre l’Iran a été impressionnante sur le plan tactique, mais ses conséquences stratégiques pourraient s’avérer profondément contre-productives. Plutôt que de forcer Téhéran à reculer, elle a contraint les dirigeants iraniens à repenser – mais non à abandonner – leur doctrine des proxys.

Des années de surextension au Yémen, en Irak et au Liban avaient déjà entraîné fatigue et contraintes financières. Désormais, à la suite des frappes, la leçon tirée par Téhéran est la consolidation, la discipline et le redoublement d’efforts. La navette diplomatique d’Ali Larijani à Bagdad et Beyrouth symbolise ce virage : l’objectif est de rationaliser les structures de commandement, d’ajuster les budgets et de privilégier des capacités moins coûteuses, plus résilientes et capables de continuer à imposer des coûts aux adversaires sans épuiser les ressources iraniennes. L’ère des proxys n’est pas terminée ; elle est sur le point de devenir plus professionnelle.

En juin 2025, l’opération Midnight Hammer a été la plus vaste frappe contre l’Iran depuis des décennies. Environ 125 appareils, dont sept bombardiers B-2 armés de bombes pénétrantes de masse et appuyés par un sous-marin lance-missiles, ont visé Fordow, Natanz et Ispahan. L’opération a démontré une brillance tactique, restaurant la confiance dans la supériorité escalatoire des États-Unis, redonnant assurance à Israël et rassurant les capitales du Golfe, inquiètes face au « pivot asiatique » américain. Mais au-delà du paquet de frappes se pose une question plus vaste : s’agissait-il d’une erreur stratégique colossale ? L’opération a infligé des dégâts mais a aussi ancré l’alignement que Washington redoute le plus – un Iran plus solidement inséré dans l’axe Chine–Russie. Elle a accéléré la politique des corridors terrestres au détriment des goulets maritimes tels qu’Ormuz, Bab el-Mandeb ou Suez, et créé de puissants incitatifs pour Pékin et Moscou à assurer la survie iranienne, garantissant que le « round deux » se déroulera sur un terrain plus robuste et résilient.

Le débat interne en Iran : détente ou durcissement

Dans les mois précédant le 7 octobre, un débat intense a traversé réformateurs et conservateurs : fallait-il opter pour la détente ou non ? Pour la première fois, des généraux des Gardiens de la révolution envisageaient prudemment d’assouplir l’hostilité et de tester des ouvertures avec les camps Biden comme Trump. Des discussions parallèles, bénies par le Guide suprême, tournaient à plein régime.

Ironie ou tragédie : nombre de ces généraux, enfin disposés à explorer cette voie, ont été tués lors des frappes israéliennes. Leur disparition a fait pencher la balance, durcissant le système contre toute accommodation et poussant l’Iran dans la voie du retranchement. Un nouveau consensus prévaut désormais à Téhéran : toute négociation avec les États-Unis doit être vue comme une feinte, un piège. De même, il existe un consensus selon lequel quoi que l’Iran puisse offrir à l’Occident – surtout à Washington – l’Occident n’en veut pas. La fenêtre du compromis s’est refermée ; demeure un instinct de résistance endurci.

Le rôle pivot de l’Iran dans la sécurité énergétique chinoise

Le fait le plus conséquent aujourd’hui est que près de 13 à 14 % des importations de brut de la Chine proviennent d’Iran. Environ 90 % des exportations pétrolières iraniennes se dirigent vers la Chine, souvent via les raffineries dites « théières » et la flotte fantôme. Cela crée une interdépendance : si les barils iraniens cessent, Pékin subit un choc économique ; si la Chine réduit ses achats, la survie financière de Téhéran s’étrangle.

Cette interdépendance explique pourquoi les frappes ont produit un paradoxe. Washington a montré qu’il pouvait frapper l’Iran, mais ce faisant il a aussi transformé la stabilité iranienne en intérêt national chinois. Pékin ne peut plus se permettre une neutralité distante. Les décideurs du Golfe doivent comprendre que raffineurs, transporteurs et assureurs chinois sont désormais imbriqués dans les flux iraniens. Pour Washington, cela signifie que frapper l’Iran ne l’isole pas – cela oblige Pékin à le maintenir à flot.

Le partenariat stratégique russo-iranien

Le calendrier a accentué l’effet. Quelques mois avant les frappes, Moscou et Téhéran ratifiaient un partenariat global de 20 ans, couvrant défense, énergie, finance et renseignement. Sans être un traité de défense mutuelle, il consacre une alliance de long terme. La Russie obtient des débouchés à l’épreuve des sanctions et un écosystème drones-missiles déjà éprouvé en Ukraine ; l’Iran bénéficie d’une couverture onusienne, de transferts technologiques et d’un marché.

Dans les mois précédant et même durant la guerre de Gaza, Téhéran avait signalé sa bonne volonté envers Washington en retenant certaines pièces détachées et ventes de drones que Moscou sollicitait. Ce geste est désormais caduc. Après les frappes, la Russie voit en l’Iran un partenaire plus loyal et indispensable, qu’elle ne peut laisser s’effondrer. Ajouté à l’adhésion iranienne à l’Organisation de coopération de Shanghai (2023) et aux BRICS (2024), Téhéran ne cherche plus à jouer sur deux tableaux : il est institutionnellement ancré dans le bloc non-occidental. Les frappes n’ont pas inversé cette trajectoire ; elles l’ont accélérée, faisant de l’Iran une pierre angulaire stratégique.

Reconstitution militaro-industrielle : les intrants, pas les vitrines

Les observateurs occidentaux spéculent souvent sur l’éventuelle livraison par la Chine de systèmes de défense sol-air ou de chasseurs avancés à l’Iran. La réalité est plus subtile – et plus létale. Pékin fournit les intrants et sous-systèmes qui permettent à Téhéran de se régénérer : propergols, fibres de carbone et d’aramide, unités de navigation inertielle, intégration satellitaire BeiDou. Ce ne sont pas des vitrines spectaculaires mais la chair et le sang de la reconstitution.

Ces intrants diffusent facilement vers les réseaux de proxys. Ils rendent l’Iran plus difficile à affaiblir durablement et voyagent bien – vers les ateliers des Hachd al-Chaabi en Irak, les chaînes d’assemblage au Liban ou les hangars dispersés au Yémen. De petits flux suffisent à soutenir des micro-ateliers de production, permettant l’essor d’essaims de drones à bas coût et de projectiles guidés. La leçon tirée par Téhéran est limpide : non pas moins de proxys, mais des proxys moins coûteux, modulaires, plus efficaces.

Était-ce une erreur colossale ?

Sur le plan tactique, l’attaque « Midnight Hammer » a fonctionné. Elle a perturbé les installations nucléaires, rassuré les alliés et rétabli la dissuasion. Mais sur le plan stratégique, quatre conséquences néfastes se détachent :

L’enjeu chinois s’est resserré. Un baril sur sept consommés par Pékin vient désormais d’Iran ; la Chine ne peut tolérer de perturbation prolongée.

Le partenariat russe s’est durci. Le traité de 20 ans a pris un relief immédiat ; Moscou a tout intérêt à maintenir l’Iran à flot.

La compétition s’est déplacée sur un terrain de faiblesse américaine. L’INSTC progresse, l’IMEC stagne, les asymétries en mer Rouge persistent, Zanguezour s’envenime, CPEC marginalise l’Iran – et pourtant sa centralité croît.

La résilience iranienne s’est accrue. Grâce aux intrants chinois, Téhéran peut se reconstituer plus vite, plus intelligemment, et exporter cette résilience à ses proxys. Le second round trouvera un Iran plus difficile à abattre.

Washington a peut-être gagné une bataille, mais il a accéléré la convergence adverse.

Les États-Unis et Israël ont frappé fort. Mais le résultat n’est pas un Iran chastisé, en quête de compromis. C’est un Iran durci, arrimé à la sécurité énergétique chinoise, adossé au partenariat russe, et rationalisant son réseau de proxys. Les guerres d’encerclement se jouent désormais autant avec les barils, les corridors et les points de passage qu’avec les bombes.

La trame intégrée des corridors – INSTC, IMEC, Corridor du Milieu, CPEC, Chabahar, mer Rouge, Zanguezour, projets trans-arabes, pipelines Golfe–Méditerranée et même la route arctique (1)– élève l’Iran de perturbateur à clé de voûte de l’ordre sino-russe. Les frappes de juin ont peut-être remporté une manche tactique, mais elles risquent de consolider l’alignement que Washington redoute le plus.

Pour les États du Golfe, le message est clair : considérer l’exposition chinoise au pétrole iranien comme un levier, non une abstraction. Pour l’Europe : façonner les normes qui définiront la valeur des corridors. Pour Washington : s’adapter, mener la guerre des intrants et de la connectivité, pas seulement celle des frappes – car le prochain round se jouera autant dans les entrepôts, les voies ferrées et les ports que dans le ciel d’Ispahan.

ENCADRÉ , LA GUERRE DES CORRIDORS

Les routes commerciales (maritimes, ferroviaires, routières, pipelines) qui lient entre elles différentes régions d’Eurasie et du Moyen-Orient. Ils ne sont pas de simples projets d’infrastructures sont des corridors géostratégiques qui sont des formidables instruments de puissance, qui redessinent la carte du commerce mondial, de l’énergie et des influences politiques.


🔹 1. L’INSTC (International North–South Transport Corridor)

  • Itinéraire : Russie → mer Caspienne → Iran → Inde.

  • But : relier l’Europe du Nord et la Russie à l’océan Indien en évitant le canal de Suez.

  • Chaînon manquant : la ligne ferroviaire Rasht–Astara en Iran, en construction, qui permettra une continuité logistique.

  • Intérêt stratégique : fait de l’Iran une charnière eurasiatique, reliant Russie, Asie centrale, Inde et Golfe persique.


🔹 2. IMEC (India–Middle East–Europe Corridor)

  • Porté par : États-Unis, Inde, UE, Israël, pays du Golfe.

  • Trajet prévu : ports indiens → Golfe (Émirats/Arabie) → Israël → Méditerranée → Europe.

  • Ambition : contrepoids au projet chinois des Nouvelles Routes de la soie (BRI).

  • Statut : gelé depuis la guerre de Gaza, car dépend d’Israël et des pays arabes normalisés.


🔹 3. Mer Rouge

  • Contexte : axe vital (Suez ↔ océan Indien).

  • Problème : attaques des Houthis (Yémen) perturbent le trafic.

  • Situation actuelle :

    • Les États-Unis mènent des opérations militaires coûteuses pour sécuriser la zone.

    • La Chine bénéficie d’une médiation iranienne lui permettant des exemptions pour ses navires.

    • Pékin observe les Américains depuis sa base navale à Djibouti.


🔹 4. Corridor de Zanguezour (Arménie)

  • Projet : traverser le sud de l’Arménie (Syunik) pour relier Azerbaïdjan ↔ Nakhitchevan ↔ Turquie.

  • Porté par : Bakou, Ankara, soutenu tacitement par Moscou.

  • Conséquence : court-circuite totalement l’Iran, privant Téhéran de son rôle de passage.

  • Pour l’Iran : menace existentielle, car cela renforcerait un arc turco-azerbaïdjanais qui l’isolerait.


🔹 5. Corridor du Milieu (Transcaspien)

  • Axe : Chine → Kazakhstan/Asie centrale → mer Caspienne → Azerbaïdjan → Turquie → Europe.

  • Promoteurs : Turquie, Azerbaïdjan, pays turcophones.

  • Intérêt : alternative à la Russie (affectée par sanctions) et à l’Iran.

  • Vision : route panturque renforçant le rôle d’Ankara comme pivot eurasiatique.


🔹 6. CPEC (China–Pakistan Economic Corridor)

  • Projet phare des Routes de la soie.

  • Trajet : Xinjiang (ouest chinois) → port de Gwadar (Pakistan).

  • Intérêt pour Pékin : accès direct à l’océan Indien, contournement du détroit de Malacca.

  • Portée stratégique : présence chinoise durable au Pakistan et sur la mer d’Oman.


🔹 7. Port de Chabahar (Iran–Inde)

  • Partenariat : Inde finance et gère en partie ce port iranien.

  • Rôle : contrepoids à Gwadar (contrôlé par la Chine et le Pakistan).

  • Connexion : sert de point d’ancrage à l’INSTC et ouvre un accès indien vers l’Asie centrale et l’Afghanistan, sans passer par le Pakistan.


🔹 8. Projets trans-arabes (rail/pipelines)

  • Idée récurrente : relier le Golfe à la Méditerranée via l’Irak, la Syrie, la Jordanie ou l’Arabie saoudite.

  • But : exporter hydrocarbures et marchandises en contournant l’Iran.

  • Problème : instabilités régionales (Irak, Syrie, Palestine) freinent toute réalisation durable.


🔹 9. Route maritime arctique

  • Axe : Russie ↔ Asie ↔ Europe par l’Arctique, via la fonte des glaces.

  • Intérêt : éviter le canal de Suez et le détroit d’Ormuz.

  • Soutien : Moscou et Pékin (coopération sino-russe en Arctique).

  • Limite : encore dépendant de la saisonnalité et d’infrastructures polaires.



Tous ces corridors ne sont pas seulement commerciaux, mais des outils de rivalité géopolitique.Pris ensemble, ces corridors constituent une trame d’encerclement et de contre-encerclement. L’INSTC renforce la centralité iranienne. L’IMEC enlisée souligne l’inertie américaine. La mer Rouge épuise Washington tandis que la Chine esquive les coûts. Zanguezour menace la sortie nord de l’Iran. Le corridor du Milieu renforce Turquie et Azerbaïdjan. CPEC et Chabahar incarnent la rivalité des grandes puissances aux portes de l’Iran.

L’Arctique offre à Moscou une redondance. Et, fil conducteur, les points de passage – Ormuz, Bab el-Mandeb, Suez, Bosphore – transforment les corridors en leviers de guerre autant que de commerce

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Le grand pragmatisme de la Russie dans le monde arabe https://mondafrique.com/international/le-grand-pragmatisme-de-la-russie-dans-le-monde-arabe/ https://mondafrique.com/international/le-grand-pragmatisme-de-la-russie-dans-le-monde-arabe/#respond Wed, 27 Aug 2025 10:52:18 +0000 https://mondafrique.com/?p=137912 Dans ses conquêtes comme dans ses concessions, la Russie a fait le choix de la flexibilité. Le mythe d’une Russie fidèle à de supposés « alliés » s’est heurté à la prudence et à la retenue dont elle a fait preuve face à la chute de Bachar Al-Assad en Syrie. En Europe, Moscou a décidé de combattre […]

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Dans ses conquêtes comme dans ses concessions, la Russie a fait le choix de la flexibilité. Le mythe d’une Russie fidèle à de supposés « alliés » s’est heurté à la prudence et à la retenue dont elle a fait preuve face à la chute de Bachar Al-Assad en Syrie. En Europe, Moscou a décidé de combattre l’ordre qui lui a été imposé au lendemain de la guerre froide, allant jusqu’à envahir son voisin ukrainien. Au Moyen-Orient, il n’est pas question de tordre le réel, mais simplement de s’adapter aux rapports de force existants.

Expert associé au CERI, Sciences Po


Toute réflexion sur la politique étrangère russe en Afrique du Nord et au Moyen-Orient implique un recul critique face à un état de l’art abondant où il est souvent question d’« alliances » inexistantes, de ruptures parfois fictives ou encore de capacités surestimées. Ces lectures séduisantes car géopolitiquement digestes (et conformes à une certaine représentation de la Russie) doivent être confrontées à la réalité d’une politique relativement prudente.

Au-delà de la rhétorique anti-occidentale – qui se heurte aux incertitudes qui entourent la relation russo-américaine aujourd’hui, et plus précisément la pérennité de la convergence avec le président Donald Trump –, quelques caractéristiques de la politique russe dans la région sont identifiables.hD’abord, nous avons affaire à une politique agile et flexible, qui allie relations stato-centrées et dialogue avec les acteurs non étatiques, méthodes conventionnelles (armée, diplomatie) et outils clandestins (mercenaires).

À cette flexibilité, il faut ajouter la notion de compartimentation : d’importantes relations bilatérales et d’étroites coopérations sont soigneusement protégées de tensions qui peuvent émerger dans des zones ou sur des sujets spécifiques. En d’autres termes, pour la Russie, la multiplication des partenariats et des canaux de communication prime les divergences relatives à tel ou tel dossier.

Enfin, « l’économisation » de sa politique étrangère (le fait de considérer les relations économiques comme une priorité de celle-ci), revendiquée depuis la fin de la période soviétique et étendue à la région Afrique du Nord-Moyen-Orient depuis les années 2000, est un facteur majeur de la stratégie russe.

En somme, derrière les tournants récents – au premier rang desquels la chute de l’ancien régime syrien, dont Moscou était une sorte de puissance tutélaire –, certaines constantes doivent être identifiées.

Cette capacité d’adaptation permanente à la réalité moyen-orientale était déjà perceptible à l’époque soviétique (l’URSS n’ayant pas particulièrement encouragé l’arrivée au pouvoir de partis communistes dans le monde arabe, par exemple). Et, en dépit du souverainisme affiché par Moscou au début de la guerre en Syrie, un dialogue s’est vite installé avec plusieurs acteurs non étatiques (des groupes islamistes aux combattants kurdes des Unités de protection du peuple, YPG) – avec l’ambition de les intégrer au camp « loyaliste ».

Mais, quand Hayat Tahrir al-Cham (HTC) a pris Damas en décembre 2024, on a pu constater que les anciens protecteurs de Bachar Al-Assad étaient tout à fait enclins à discuter avec les anciens djihadistes.

Loin des logiques d’alliances

L’affaiblissement de « l’Axe de la résistance » (de l’Iran au réseau milicien pro-iranien, qui inclut le Hezbollah libanais, en passant par l’ancien pouvoir syrien) et le changement de régime en Syrie affectent assurément l’avenir de la Russie en Méditerranée.

D’ailleurs, les nouvelles autorités syriennes ont mis fin au contrat encadrant la gestion russe du port de Tartous. Le dialogue est néanmoins maintenu avec le nouveau pouvoir syrien du président Ahmad Al-Charaa (ancien chef de HTC) et l’avenir de la Russie en Syrie est loin d’être scellé.

 
Le 29 janvier 2025, le nouveau dirigeant de la Syrie Ahmed Al-Charaa rencontre le vice-ministre russe des affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov à Damas. Gouvernement de transition syrien/AFP

Ce dialogue, qui peut paraître contre-intuitif, n’a rien d’étonnant. Dès la fin de l’année 2016, au lendemain de la capitulation des groupes rebelles à Alep, on a vu Moscou transformer en « modérés » des groupes islamistes en vue d’un accord (parmi ces groupes qui finiront par se rapprocher de HTC, nous retrouvons, par exemple, Ahrar al-Cham).

D’ailleurs, parmi les groupes qui atteindront Damas en décembre 2024 depuis le sud du pays, on retrouve celui d’un homme qui avait signé un accord de réconciliation avec la Russie en 2018 : Ahmad Al-Awda, chef de la 8e division du 5e corps d’armée, formé d’anciens rebelles ayant fait allégeance à Moscou, qui a fait défection avant de rejoindre HTC.

Outre cette souplesse à l’égard des groupes islamistes en Syrie, qui succède à une indéniable rigidité dans les attaques contre les différents groupes rebelles au début de l’intervention russe en 2015-2016, les transactions russo-turques sur le sort du nord du pays (notamment Idleb, où s’est cristallisée la rébellion islamiste dominée par HTC après les victoires « loyalistes » permises par la Russie) sont au cœur de l’évolution de la crise syrienne.

C’est, d’ailleurs, parce que la Turquie (craignant un nouvel afflux de réfugiés) en a fait une ligne rouge que la Russie a fait preuve de retenue devant la perspective d’une offensive « loyaliste » de grande ampleur contre HTC à Idleb.

Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, les priorités de Moscou étaient claires : entre la consolidation de la relation avec la Turquie (en dépit des différends, en Syrie comme en Libye), qui inclut un volet économique et énergétique non négligeable (tourisme, fourniture de gaz, partenariat dans le secteur du nucléaire civil) et un soutien coûteux et stérile à un pouvoir syrien incapable de reconquérir l’ensemble du territoire et honni par une grande partie de la population, le choix devenait évident.

Les attaques – d’abord israéliennes, puis états-uniennes – subies par l’Iran au mois de juin dernier ont été l’occasion de rappeler cette prudence. Certes, la Russie a fermement condamné ces frappes, mais Moscou – qui avait soutenu « l’Axe de la résistance » en Syrie contre les rebelles, mais pas contre Israël – a préféré jouer la carte de la médiation.

En termes de compartimentation, deux autres exemples peuvent être signalés. La proximité avec l’Algérie (la Russie étant son principal fournisseur d’armements, même si ses exportations ont fortement baissé ces dernières années dans un contexte de guerre en Ukraine) n’a pas semblé incompatible avec le soutien apporté par les mercenaires de Wagner à des adversaires déclarés d’Alger en Libye et au Mali. Dans une moindre mesure, on a vu la Russie soutenir, au Soudan, le général Abdel Fattah al-Burhan, alors que les Émirats – partenaires privilégiés de la Russie dans d’autres dossiers – ont été régulièrement accusés par ce dernier d’actions subversives.


À lire aussi : Soudan : deux ans de guerre et un pays dans l’abîme


Les partenaires de la Russie pratiquent cette même compartimentation : des pays aussi différents que le Maroc (gros importateur de blé russe), l’Algérie et les monarchies du Golfe ont refusé de tourner le dos à la Russie au lendemain de la guerre en Ukraine, sans pour autant renoncer au soutien de Washington.

La Russie joue un rôle central dans le premier projet nucléaire civil égyptien à Al Dabaa, en finançant 85 % de son coût total par un prêt. Autorité égyptienne des centrales nucléaires
La Russie joue un rôle central dans le premier projet nucléaire civil égyptien à Al Dabaa, en finançant 85 % de son coût total par un prêt. Autorité égyptienne des centrales nucléaires

Israël, un atout symbolique pour la Russie ?

Les crimes commis par Israël à Gaza, dont la violence est telle que de nombreux experts et ONG internationales les qualifient de génocide, offrent à Moscou quelques victoires symboliques à peu de frais. Dans la bataille communicationnelle, l’action russe en Ukraine est atténuée par l’argument du « deux poids deux mesures ».

Toujours dans la sphère communicationnelle, on peut noter que de nombreux soutiens de Moscou affichent des positions anti-israéliennes, tandis que de nombreux sympathisants pro-ukrainiens manifestent leur solidarité avec Israël.

Bien sûr, il existe une gauche européenne qui affiche sa solidarité à la fois avec les Ukrainiens et avec les Palestiniens, mais deux tendances peuvent être constatées aussi bien parmi de nombreux élus européens que sur les réseaux sociaux : une solidarité avec l’Ukraine qui s’accompagne d’une solidarité avec Israël au nom d’un occidentalisme plus ou moins revendiqué ; des militants pro-russes jouant pleinement la carte du « deux poids deux mesures » susmentionnée, et d’une supposée connivence russe avec le « Sud global » (dont la version russe est la notion de « majorité mondiale »).

Par ailleurs, deux autres points émergent : le minimum fourni par la Russie (en termes de condamnations ou de déclarations critiquant Tel-Aviv) suffit à la distinguer de la posture des alliés « occidentaux » d’Israël qui ont longtemps offert à celui-ci « un soutien inconditionnel », ce qui permet de séduire sans trop d’efforts certaines opinions publiques, notamment dans le monde arabe. L’action israélienne est une validation du pari du rapport de force au détriment du droit et l’impunité israélienne est synonyme d’un discrédit quotidien pour les voix qui s’élèvent contre l’invasion russe tout en fermant les yeux sur les offensives israéliennes (en Palestine, mais aussi en Syrie, au Liban, en Iran…).

En définitive, la Russie s’adapte tant bien que mal à l’évolution de la situation proche-orientale en misant sur un équilibre entre fermeté sur les principes et posture de médiation ; alors que des puissances moyen-orientales, comme la Turquie et l’Arabie saoudite, tentent à leur tour d’apparaître comme des puissances médiatrices dans la guerre en Ukraine.

Des doutes subsistent sur la réalité de la relation russo-américaine : d’un côté, abandonner l’idée de faire contre-poids à l’influence de Washington contredirait la rhétorique russe de la « désoccidentalisation » ; de l’autre, une normalisation des relations avec les États-Unis peut être perçue comme un atout non négligeable en vue du dépeçage de l’Ukraine, dossier prioritaire pour Moscou.

Une chose est sûre : c’est l’ordre post-guerre froide que la Russie veut bousculer, pas l’ordre moyen-oriental.

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La vie des femmes peules au Cameroun https://mondafrique.com/international/la-vie-des-femmes-peules-au-cameroun/ https://mondafrique.com/international/la-vie-des-femmes-peules-au-cameroun/#respond Tue, 26 Aug 2025 08:51:38 +0000 https://mondafrique.com/?p=137876 Cœur du Sahel – Djaïli Amadou Amal   Après le succès de Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal revient avec un roman tout aussi poignant consacré à la vie des femmes peules dans l’extrême-nord du Cameroun. Faydé, l’héroïne, est contrainte de quitter son village pour fuir un mariage forcé. Elle doit alors survivre dans la grande ville, livrée […]

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Cœur du Sahel – Djaïli Amadou Amal

 

Après le succès de Les Impatientes, Djaïli Amadou Amal revient avec un roman tout aussi poignant consacré à la vie des femmes peules dans l’extrême-nord du Cameroun.

Faydé, l’héroïne, est contrainte de quitter son village pour fuir un mariage forcé. Elle doit alors survivre dans la grande ville, livrée à la précarité, au travail domestique éprouvant, au harcèlement et à la violence ordinaire faite aux femmes. Mais Faydé croise aussi la solidarité féminine, la force des amitiés nées dans l’adversité, et l’espoir d’une vie digne.

À travers ce récit intense, Djaïli Amadou Amal expose l’envers du décor sahélien : les traditions étouffantes, le poids de la misère, mais aussi la capacité de résilience et le courage de celles que l’on n’entend jamais. Sa plume simple et puissante, nourrie de témoignages réels, éclaire la complexité de la condition féminine au Sahel, entre fatalité et résistance. Un roman bouleversant, qui porte haut la voix des femmes d’Afrique.

Éditions Emmanuelle Collas, 2022, 364 pages.

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L’équilibrisme de Recep Erdoğan partagé entre le Qatar, les Émirats et Israël https://mondafrique.com/international/lequilibrisme-de-recep-erdogan-partage-entre-le-qatar-les-emirats-et-israel/ https://mondafrique.com/international/lequilibrisme-de-recep-erdogan-partage-entre-le-qatar-les-emirats-et-israel/#comments Mon, 25 Aug 2025 08:24:16 +0000 https://mondafrique.com/?p=137848 Depuis plus d’une décennie, le président Recep Tayyip Erdoğan a perfectionné un double langage : une rhétorique enflammée de solidarité islamique pour sa base intérieure, et un pragmatisme de négociateur avec ses adversaires lorsque l’économie l’exige. Nulle part cette tension n’est plus vive que dans son choix entre le Qatar, partenaire financier et idéologique de […]

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Depuis plus d’une décennie, le président Recep Tayyip Erdoğan a perfectionné un double langage : une rhétorique enflammée de solidarité islamique pour sa base intérieure, et un pragmatisme de négociateur avec ses adversaires lorsque l’économie l’exige. Nulle part cette tension n’est plus vive que dans son choix entre le Qatar, partenaire financier et idéologique de longue date, et le bloc émergent des Accords d’Abraham formé par Israël, les Émirats arabes unis et les États-Unis.

Depuis 2017, le Qatar est le soutien le plus fiable de la Turquie. Doha a élargi une ligne de swap de 15 milliards de dollars, investi dans les banques et l’immobilier turcs, et hébergé une base militaire turque qui a protégé l’émir pendant le blocus du Golfe. Politiquement, Al Jazeera a relayé les récits d’Ankara, tandis que les deux capitales soutenaient des réseaux islamistes.

Mais le soutien de Doha a des limites. Son capital, bien que considérable per capita, reste modeste en termes absolus. Son aide est épisodique et politiquement coûteuse. Le Qatar peut fournir de la liquidité et une légitimité idéologique, mais pas l’ampleur d’investissement qu’Erdoğan recherche aujourd’hui pour sauver son économie.

Les Émirats: capital, technologie et corridors

Le bloc des Accords d’Abraham offre ce que le Qatar n’a jamais pu apporter. Les Émirats Arabes Unis peuvent offrir une échelle, une prévisibilité et des investissements programmatiques que le Qatar ne peut pas fournir. Les échanges commerciaux avec Israël ont historiquement été lucratifs — les exportations turques d’acier et de machines ont alimenté l’économie israélienne même en période de rupture diplomatique. Réactivés, ces flux pourraient à nouveau atteindre 7–9 milliards de dollars par an.

1. Le capital émirati. Le cadre CEPA vise 40 milliards de dollars d’échanges avec la Turquie, soutenu par des dizaines de milliards en accords signés.
2.La technologie israélienne. Drones avancés, défense antimissile et guerre électronique pourraient renforcer considérablement la posture militaire turque.
3.L’indulgence américaine. L’alignement avec ce bloc s’intègre à la stratégie de containment de l’Iran et pourrait atténuer l’hostilité du Congrès, débloquant des ventes d’armement gelées.
4.Les corridors, une mine d’or. L’India–Middle East–Europe Corridor (IMEC) et les routes énergétiques de l’Est méditerranéen pourraient redonner à la Turquie le rôle de carrefour indispensable.

Sur le papier, l’offre est irrésistible. Mais ces gains s’accompagnent de conditions et de risques. Le mécanisme européen d’ajustement carbone à la frontière pénalisera les exportations intensives en carbone, comprimant les marges turques. Les méga-projets comme les pipelines font face à des obstacles climatiques et financiers : sans garanties européennes, le coût du capital explose. Quant à l’argent émirati, il n’est jamais inconditionnel : il est généralement lié à des prises de participation stratégiques (ports, télécoms) qui réduisent l’autonomie d’Ankara.

Paris et Athènes en embuscade

La géographie de la Turquie la place au centre des routes énergétiques et commerciales, mais aussi sous pression. L’expansion de TANAP/TAP pour le gaz azéri est réaliste ; la construction d’un nouveau gazoduc Israël–Turquie ne l’est pas.

Les obstacles ne sont pas seulement politiques mais aussi juridiques. La Grèce et la France, soutenues par Chypre, s’opposeraient farouchement à tout corridor validant les revendications turques contestées sur la ZEE. Leurs outils sont nombreux : diplomatie du Conseil de l’UE, contentieux UNCLOS, critères de financement climatique et participations d’entreprises (TotalEnergies à Chypre, hubs GNL grecs). Même si Israël et les Émirats veulent une route turque, Athènes et Paris peuvent l’étouffer en silence en refusant permis et financements.

La technologie militaire est une autre tentation. L’ISR et la défense antimissile israéliens pourraient multiplier la puissance turque en Syrie et en Irak. Mais le prix serait un enlisement dans des conflits régionaux plus larges.

Même un partage limité de renseignements comporte des risques d’attribution. Une fuite, un UAV abattu, ou une frappe contre des actifs turcs pourrait entraîner Ankara dans des cycles de représailles qu’elle ne contrôlerait pas. La Turquie récolterait les risques d’affrontement sans jamais pouvoir en fixer l’issue politique.

La position politique d’Erdoğan sur le plan intérieur est plus faible qu’à tout autre moment de ses vingt années de pouvoir. La défaite de l’AKP aux municipales de mars 2024 reflétait non seulement la colère liée à Gaza, mais aussi l’inflation et la lassitude face à sa gouvernance.
Il ne peut rouvrir le commerce avec Israël que si deux conditions sont réunies : La désinflation est visible et soulage la douleur économique.
Les cadres nationalistes peuvent présenter tout rapprochement comme servant la sécurité — par exemple via des dividendes anti-PKK — plutôt que comme une soumission à Israël.

L’Irak, la Syrie et le Yémen orphelins

Le vrai danger d’un pivot vers le bloc abrahamique ne réside pas au Liban, mais dans les théâtres où la Turquie a déjà des troupes et des corridors commerciaux.

En Irak du Nord, les bases et convois turcs sont exposés aux milices pro-iraniennes comme Kata’ib Hezbollah et Asaïb Ahl al-Haq. Ces groupes ont déjà harcelé les positions turques ; un alignement avec Israël et les Émirats intensifierait sûrement ces attaques. Bagdad détient aussi un levier juridique : sous pression iranienne, il pourrait utiliser l’arbitrage sur l’oléoduc KRG–Turquie pour couper les flux énergétiques.

En Syrie du Nord, les garnisons turques à Idlib, Afrin et dans la zone Bouclier de l’Euphrate sont à portée des milices liées aux Gardiens de la Révolution. Des frappes par procuration — roquettes, drones, IED — pourraient saigner les positions turques à faible coût.

Plus loin, les Houthis du Yémen représentent un autre canal de harcèlement. Leurs attaques en mer Rouge, présentées comme une solidarité avec Gaza, pourraient facilement viser des navires battant pavillon turc si Ankara est perçue comme alliée d’Israël et des Émirats. Le coût économique en assurances maritimes et l’atteinte réputationnelle seraient importants, sans réelle riposte possible.

Pris ensemble, ces fronts illustrent le risque réel, une érosion progressive de l’influence turque via l’Iran et ses proxys en Irak, en Syrie et au Yémen.

Les risques de la surenchère

Un pivot trop marqué comporte des coûts plus larges avec la possibilité de vives réactions sur le plan intérieur. Islamistes et nationalistes rejettent une normalisation visible avec Israël. Une riposte qatarie n’est pas à exclure . Doha peut prolonger ses swaps, activer Al Jazeera et présenter Erdoğan comme traître à la cause palestinienne. Le retour de Riyad sur la scène internationale se ferait également sentir . Le capital pétrolier saoudien surpasse Doha et Abou Dhabi. Si le royaume revient dans la politique des corridors, la Turquie risque d’être marginalisée.

Enfin la Russie et la Chine peuvent jouer les trouble-fêtes : Moscou via la mer Noire et l’Arménie, Pékin par le rationnement du crédit si elle est exclue des projets.

Rhétorique bruyante, coordination discrète

L’instinct d’Erdoğan est de ne jamais s’engager totalement. Son intérêt est dans l’alignement de facto : encaisser l’argent émirati, rouvrir discrètement les échanges avec Israël, profiter de l’indulgence américaine — tout en maintenant le Qatar comme réserve de liquidité et de légitimité. Publiquement, il continuera de dénoncer Israël pour satisfaire sa base. Privément, il encaissera les chèques.
Le bloc abrahamique offre une logique économique réelle. Mais l’arithmétique politique est périlleuse : contrecoup intérieur, veto gréco-français, harcèlement des proxys iraniens en Irak et en Syrie, et risque de débordement en mer Rouge peuvent effacer les gains du jour au lendemain.

La voie la plus rationnelle ferait coexister une rhétorique bruyante où Israël serait dénoncé ouvertement, mais avec une coordination discrète et sans traité avec le bloc des accords d’Abraham, tout en gardant toujours une porte de sortie ouverte vers le Qatar. Tout autre choix reviendrait à payer le prix fort pour la guerre des autres, ce dont le président Erdogan s’est toujours gardé.

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La diaspora touarègue bat le rappel ! https://mondafrique.com/international/la-diaspora-touaregue-bat-le-rappel/ https://mondafrique.com/international/la-diaspora-touaregue-bat-le-rappel/#respond Sun, 24 Aug 2025 08:46:02 +0000 https://mondafrique.com/?p=137766 En Normandie, la diaspora touarègue réaffirme son identité et dénonce les violences dans le Sahel central   Normandie (France) – Du 15 au 17 août 2025, plus de trois cents participants se sont retrouvés en Normandie pour la 18ᵉ Rencontre annuelle de la diaspora touarègue en Europe, organisée par l’Organisation de la diaspora touarègue en […]

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En Normandie, la diaspora touarègue réaffirme son identité et dénonce les violences dans le Sahel central
 
Normandie (France) – Du 15 au 17 août 2025, plus de trois cents participants se sont retrouvés en Normandie pour la 18ᵉ Rencontre annuelle de la diaspora touarègue en Europe, organisée par l’Organisation de la diaspora touarègue en Europe (ODTE). Dans un communiqué publié le 19 août, l’ODTE souligne que cette édition fut « avant tout un espace de dialogue autour de la culture touarègue ainsi que des préoccupations liées à la situation actuelle du peuple touareg et, plus largement, du Sahel central ».
 
Au-delà des animations culturelles, cette rencontre a été marquée par une table ronde consacrée à l’actualité dramatique du Sahel, où les populations civiles nomades – touarègues comme peules – paient un lourd tribut aux offensives militaires des juntes malienne et burkinabè. Selon de nombreux témoignages relayés au cours du débat, ces opérations sont souvent menées avec l’appui de mercenaires russes de Wagner/Africa Corps et appuyées par des tirs de drones contre des campements et des hameaux nomades.
 

Des voix touarègues influentes 

 
Parmi les intervenants, figuraient plusieurs personnalités reconnues pour leur engagement en faveur de l’identité touarègue et de la défense des droits humains :
 
Issouf Maha, écrivain, ancien élu du Niger, et fervent défenseur de la cause touarègue et azawadienne ;
 
Abdoulahi Attayoub, président de l’ODTE, figure centrale de la diaspora ;
 
Hadizatou Mint Ziddou, ancienne membre du comité de suivi de l’accord de paix et de réconciliation au Mali ;
 
Mohamed Ag Ahmedou, journaliste et acteur de la société civile originaire des régions de Tombouctou et Taoudeni.
 
 
Tous ont dénoncé, avec force, « les atrocités qui visent les populations civiles nomades du nord du Mali et du Burkina Faso », rappelant que la spirale des violences menace désormais la survie même de ces communautés pastorales.
 
Une minute de silence controversée
 
Le communiqué de l’ODTE revient également sur un épisode qui a suscité des « interprétations inappropriées » : une minute de silence observée lors de la table ronde. L’organisation précise qu’il s’agissait d’« un hommage à toutes les victimes de la situation actuelle, y compris les membres des forces de défense et de sécurité », sans que ce geste ne puisse être assimilé à une prise de position en faveur de décisions politiques ou militaires controversées.
 
Refusant d’alimenter les polémiques, notamment sur les réseaux sociaux, l’ODTE insiste sur la nature « culturelle et conviviale » de sa rencontre annuelle, tout en réaffirmant que chaque participant reste libre d’exprimer ses opinions personnelles sans engager l’organisation.
 
Préserver la culture et défendre les droits
 
Depuis sa création, l’ODTE et ses figures de proue comme Abdoulahi Attayoub et Issouf Maha se sont imposées comme des porte-voix d’une identité touarègue menacée, tout en militant pour la paix et la dignité des populations sahéliennes. Dans un contexte où la militarisation croissante du Mali et du Burkina Faso s’accompagne d’exactions contre les civils, leur message résonne avec une acuité particulière : préserver la culture touarègue et dénoncer sans relâche les violences qui frappent l’Azawad et le Sahel central.
 
 

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Série Centrafrique (6), le régime persécute les journalistes indépendants. https://mondafrique.com/international/serie-centrafrique-6-le-regime-persecute-les-journalistes-independants/ https://mondafrique.com/international/serie-centrafrique-6-le-regime-persecute-les-journalistes-independants/#respond Wed, 20 Aug 2025 03:34:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=137715 L’affaire Landry Nguema Ngokpélé illustre la manière dont les journalistes centrafricains peuvent être persécutés par le régime en place lorsqu’un article leur déplaît. Landry Nguema Ngokpélé, directeur de publication du journal Le Quotidien de Bangui, a été arrêté le 8 mai 2025 pour avoir publié un article mentionnant la présence présumée de l’ancien président François Bozizé […]

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L’affaire Landry Nguema Ngokpélé illustre la manière dont les journalistes centrafricains peuvent être persécutés par le régime en place lorsqu’un article leur déplaît.

Landry Nguema Ngokpélé, directeur de publication du journal Le Quotidien de Bangui, a été arrêté le 8 mai 2025 pour avoir publié un article mentionnant la présence présumée de l’ancien président François Bozizé sur le territoire national, Landry Nguema Ngokpélé a été accusé « d’incitation à la haine contre le gouvernement » et « diffusion des informations tendant à causer des troubles à l’ordre public » –, puis placé sous mandat de dépôt le 19 mai dernier pour « complicité de rébellion » et « diffusion des informations tendant à causer des troubles à l’ordre public ». Malgré la requalification des charges en délit de presse en juillet — une infraction qui, selon la loi, ne justifie pas une détention — Landry Nguema Ngokpélé est resté incarcéré jusqu’au 11 août. Trois mois de privation de liberté pour avoir exercé son métier : informer.

Une répression systémique

Ce cas n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une tendance de répression croissante contre les voix indépendantes. En février 2025, un journaliste de Radio Ndéké Luka a échappé de peu à une arrestation pour avoir enquêté sur la vie privée de figures religieuses influentes, dont Évariste Ngamana, ancien prêtre catholique devenu vice-président de l’Assemblée nationale. Le 31 juillet 2024, le ministre de la Sécurité publique, Michel Nicaise Nassin, a agressé physiquement le journaliste Jefferson Cyrille Yapendé et son cameraman Jospin Bissi, alors qu’ils réalisaient un reportage pour France 24 sur la levée de l’embargo sur les armes. Interpellés, frappés, puis jetés dans les geôles de l’Office central de lutte anti-drogue (OCLAD), ils n’ont été libérés que plusieurs heures plus tard, sans explication.

Une loi liberticide

La nouvelle loi sur la presse, adoptée en mai 2025, suscite une vive inquiétude parmi les professionnels de l’information. Sous couvert de sécurité nationale, elle permet au pouvoir de criminaliser l’expression journalistique. Elle introduit des sanctions pénales lourdes, une responsabilité collective des rédactions, et autorise la fermeture de médias pour une seule infraction. Selon Reporters sans frontières, la Centrafrique reste un « enfer pour les journalistes ». Les menaces, les arrestations arbitraires et les agressions physiques sont monnaie courante, malgré les discours officiels vantant une liberté de la presse prétendument garantie. Face à cette dérive autoritaire, l’Union des journalistes centrafricains (UJCA) a dénoncé une « justice politique » et une tentative de museler la presse. Le 3 mai dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, les journalistes avaient boycotté les célébrations en signe de protestation. 

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Série Centrafrique (5), la garde rapprochée de Touadera https://mondafrique.com/international/serie-centrafrique-5-la-garde-rapprochee-de-touadera/ https://mondafrique.com/international/serie-centrafrique-5-la-garde-rapprochee-de-touadera/#respond Tue, 19 Aug 2025 15:26:05 +0000 https://mondafrique.com/?p=137711 Victime d’un grave malaise dans la nuit du 20 au 21 juin dernier, le Président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a été évacué d’urgence à l’étranger à bord d’un jet médicalisé privé, affrété par la compagnie suisse VistaJet, spécialisée dans les vols confidentiels pour dirigeants et élites. Selon des sources proches de la présidence, Touadéra a souffert […]

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Victime d’un grave malaise dans la nuit du 20 au 21 juin dernier, le Président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a été évacué d’urgence à l’étranger à bord d’un jet médicalisé privé, affrété par la compagnie suisse VistaJet, spécialisée dans les vols confidentiels pour dirigeants et élites.

Selon des sources proches de la présidence, Touadéra a souffert cette nuit-là de vomissements et de diarrhées sanglantes, suivis d’une chute dans sa résidence. Son état, jugé critique, a nécessité l’intervention rapide d’un avion médicalisé, arrivé en pleine nuit à Bangui. Destination : la Belgique, via un arrêt au Gabon.

Le porte-parole de la présidence, Maxime Balalou avait alors tenté de minimiser l’événement, évoquant un simple check-up médical à Bruxelles. Touadéra est réapparu après quelques jours de flottement au Sommet Gavi sur les vaccins. La rédaction de Mondafrique revient sur cet événement important marqué par un départ précipité, les des symptômes graves et l’absence d’une communication transparente et crédible qui ont alimenté toutes formes de rumeurs.

VistaJet : luxe, discrétion et diplomatie

Le choix de VistaJet n’est pas anodin. Cette compagnie suisse est réputée pour ses jets médicalisés équipés pour les soins intensifs. Elle offre des vols confidentiels, sans escale, avec itinéraires discrets. Ses équipages sont formés aux situations diplomatiques et sanitaires sensibles. Plusieurs chefs d’État africains ont déjà eu recours à ses services pour des évacuations médicales vers l’Europe, loin des regards indiscrets. À 3h du matin, un jet médicalisé Bombardier Challenger décolle de Bangui. À son bord : le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, victime d’un grave malaise, sa seconde épouse Tina Touadéra, son médecin personnel… et un homme discret mais central dans l’opération : Dimitri Mozer, le « Russe belge » devenu logisticien officieux du pouvoir.

Dimitri Mozer, consul honoraire de Centrafrique à Liège, a coordonné l’ensemble de l’opération depuis Bruxelles. Il a mobilisé en quelques heures un jet médicalisé affrété par le groupe Forrest International, pris en charge les coûts initiaux, et supervisé le transfert vers l’hôpital Delta, établissement privé réputé pour ses soins intensifs. Ancien bras droit de François Bozizé, Mozer a su traverser les régimes pour devenir l’un des hommes les plus influents autour de Touadéra. Officiellement diplomate, il est en réalité gestionnaire des déplacements présidentiels, intermédiaire financier, et coordinateur discret des opérations sensibles. Mozer, en homme de l’ombre, a géré la crise sans exposer le pouvoir, mais son omniprésence soulève des questions : qui contrôle vraiment les leviers de l’État en cas de vacance présidentielle ? Mozer incarne une diplomatie parallèle, où les décisions vitales se prennent hors des institutions légales. Sa proximité avec Touadéra, son accès aux fonds et aux réseaux, et sa capacité à agir dans l’urgence font de lui un acteur incontournable, mais aussi invisible.

Alors que la République centrafricaine traverse une période délicate, cette évacuation médicale soulève plus de questions qu’elle n’en résout. La santé du président Touadéra, longtemps taboue, devient un enjeu politique majeur. Et dans un pays où l’information est souvent verrouillée, le silence peut être plus bruyant que les faits.

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La Russie reste un allié bien fragile des juntes militaires au Sahel https://mondafrique.com/international/la-russie-reste-un-allie-bien-fragile-des-juntes-militaires-au-sahel/ https://mondafrique.com/international/la-russie-reste-un-allie-bien-fragile-des-juntes-militaires-au-sahel/#respond Mon, 18 Aug 2025 06:19:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=137731 Au Sahel la Russie appelle au soutien international, mais l’ombre de ses paramilitaires pèse sur les civils   Mohamed AG Ahmedou      La présence russe au Sahel central s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large. Depuis le départ des forces françaises et européennes, Moscou s’est engouffré dans le vide sécuritaire laissé par ses rivaux. […]

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Au Sahel la Russie appelle au soutien international, mais l’ombre de ses paramilitaires pèse sur les civils
 
Mohamed AG Ahmedou 
 
 
La présence russe au Sahel central s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large. Depuis le départ des forces françaises et européennes, Moscou s’est engouffré dans le vide sécuritaire laissé par ses rivaux.
 
2017-2021 : Des accords de coopération sécuritaire sont signés avec le Mali, puis élargis aux autres États sahéliens.
 
2022-2023 : Le groupe Wagner, déjà actif en Centrafrique et au Soudan, s’implante au Mali. Sa mission officielle : formation militaire et sécurisation de zones minières.
 
2024 : Création de l’Africa Corps, héritier officiel de Wagner, plus institutionnalisé mais utilisant les mêmes réseaux d’hommes et de matériels. Déploiements confirmés au Mali, au Burkina Faso et au Niger.
 
2025 : Coopérations élargies au nucléaire civil et aux projets énergétiques, tout en maintenant une présence militaire discrète mais effective.

Un partenaire « libérateur »

 
Le narratif russe consiste à se présenter comme un partenaire « libérateur » débarrassant la région des influences occidentales, tout en consolidant un accès privilégié aux ressources stratégiques (or, uranium, manganèse).
 
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger — regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) — seraient, selon Moscou, « l’avant-garde » de la lutte contre le terrorisme transafricain. C’est en tout cas le message qu’a porté Dmitri Tchoumakov, représentant permanent adjoint de la Russie auprès des Nations unies, lors d’une réunion du Conseil de sécurité.
 
« Pour parvenir à une stabilisation à long terme, il est nécessaire que la communauté internationale apporte un soutien collectif au Mali, au Burkina Faso et au Niger, car ces pays sont devenus, malgré eux, l’avant-garde de la lutte contre les groupes terroristes transafricains. Les tentatives de puissances étrangères de s’ingérer dans les affaires de la région sont contre-productives. »
 
Un discours calibré, mais qui soulève des interrogations : pourquoi ce message a-t-il été relayé non pas par les ambassades russes de Bamako, Niamey ou Ouagadougou, mais par l’ambassade de Russie… au Sénégal ? Et pourquoi ce ton conciliant alors que la présence militaire russe sur le terrain du Sahel central est accusée d’exactions sanglantes contre les populations civiles nomades — Touaregs, Arabes, Peuls, Soninkés et Dogons — déjà parmi les plus démunies au monde, et elles-mêmes victimes du terrorisme religieux qu’elles sont censées combattre ?
 

Une communication depuis Dakar

 
Le choix de publier ce message via les réseaux sociaux de l’ambassade russe à Dakar, plutôt que ceux des représentations au Mali, au Niger ou au Burkina Faso, n’est pas anodin. Dakar est un hub diplomatique régional, siège de plusieurs médias et ONG de défense des droits humains internationaux, et perçu comme un espace plus « neutre » que les capitales de l’AES.
 
À Moscou, le discours sur le Sahel se veut offensif : la Russie y met en avant ses succès sécuritaires et ses alliances « anti-impérialistes ». À Bamako et à Ouagadougou, le ton est plus triomphaliste, mêlant rhétorique souverainiste et promesses de coopération militaire et minière. À Niamey, la communication est plus discrète, l’armée nigérienne restant prudente dans l’affichage d’un partenariat encore naissant.
 
À Dakar en revanche, Moscou choisit une posture diplomatique policée, orientée vers l’opinion publique internationale et les institutions multilatérales. Le message change subtilement : moins de slogans nationalistes, plus de références au multilatéralisme, à la dette et au développement.

Les mercenaires russes contre les civils

 
Sur le terrain, la présence russe ne se résume pas à des discours. Des rapports d’ONG, ainsi que des témoignages recueillis dans le nord du Mali, accusent les supplétifs russes d’être impliqués dans des massacres de civils, en particulier au sein de communautés nomades et sédentaires des zones rurales dans les régions de Kayes, Nioro, Nara, Ségou, Tombouctou, Mopti, Douentza, Bandiagara, Kidal, Gao et Taoudeni.
 
À Moura, au Mali, plusieurs centaines de personnes auraient été exécutées lors d’une opération militaire conjointe armée malienne–Wagner en 2022. Les victimes, majoritairement peules, touarègues et arabes, étaient accusées de collusion avec les jihadistes — sans preuves tangibles selon des sources  locales très solides avec des documents des ONG sur ces crimes.
 
Ces populations, déjà frappées par l’extrême pauvreté et par les attaques terroristes, se trouvent prises entre deux feux : les violences jihadistes d’un côté, les représailles aveugles des forces locales et étrangères de l’autre.

L’échec syrien comme arrière-plan

 
Le discours de M. Tchoumakov prend une dimension particulière lorsqu’on le compare à l’expérience russe en Syrie. Pour Moscou, Damas représentait une priorité géopolitique vitale. Au Sahel, l’investissement est moindre, plus opportuniste.
 
En Syrie, la Russie a mobilisé des moyens aériens, navals et diplomatiques massifs. Au Sahel, l’engagement est surtout terrestre et paramilitaire, avec des relais politiques locaux. L’appel au « soutien collectif » pourrait donc marquer un début de désengagement prudent, voire un transfert des responsabilités vers d’autres acteurs.
 
La question se pose : la Russie prépare-t-elle un retrait anticipé du Sahel ? Si l’histoire syrienne a montré sa capacité à durer sur un terrain difficile, le Sahel n’offre pas la même valeur stratégique pour Moscou. Les ressources minières, si attractives soient-elles, ne justifient pas nécessairement un engagement prolongé face à un environnement sécuritaire incontrôlable.
 
L’appel au multilatéralisme depuis Dakar ressemble autant à une main tendue qu’à une volonté de partager — ou déléguer — la charge de la stabilisation.
 
 
En filigrane, la réalité demeure : au Mali, au Niger et au Burkina Faso, la Russie n’est pas qu’un allié diplomatique. Elle est un acteur militaire, parfois clandestin, accusé de graves violations des droits humains, et dont les priorités pourraient changer plus vite que ne l’imaginent ses partenaires sahéliens.

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Rejoignez la nouvelle chaine Whatsapp de Mondafrique https://mondafrique.com/confidentiels/rejoignez-la-nouvelle-chaine-whattsapp-de-mondafrique/ Sun, 17 Aug 2025 02:18:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=107637 REJOIGNEZ LA CHAINE WHATTSAPP DE MONDAFRIQUE Mondafrique qui rentre dans sa onzième année d’existence le doit à ses fidèles lecteurs qui résident pour moitié en Europe (majoritairement en France, beaucoup au Canada) et pour moitié dans les pays du Maghreb (surtout en Algérie) , du Sahel (le Niger et le Mali en tète)  et du Moyen […]

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REJOIGNEZ LA CHAINE WHATTSAPP DE MONDAFRIQUE

Mondafrique qui rentre dans sa onzième année d’existence le doit à ses fidèles lecteurs qui résident pour moitié en Europe (majoritairement en France, beaucoup au Canada) et pour moitié dans les pays du Maghreb (surtout en Algérie) , du Sahel (le Niger et le Mali en tète)  et du Moyen Orient (notamment le Liban).

Avec quelques 500000 visiteurs par mois pour le site fondé en 2014, 35000 abonnés sur Instagram et 5000 fidèles de nos pages WhatsApp , « Mondafrique » a imposé une vision pluraliste et originale en matière d’information sur le monde arabe et africain. Depuis le début des guerres en Ukraine et au Moyen Orient, nous ne nous interdisons pas d’accueillir des analyses sur les grands équilibres mondiaux qui ne peuvent pas manquer de se répercuter sur le mode africain et maghrébin. 

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Cette Europe qui prétend sauver l’Ukraine https://mondafrique.com/limage-du-jour/leurope-de-la-defense-sorganise-pour-sauver-lukraine/ Sat, 16 Aug 2025 09:39:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=129153 Des paroles aux actes, il y a un large fossé que l’Union Européenne ne pourra évidemment pas franchir malgré les bonnes paroles prononcées en faveur d’un soutien à l’Ukraine et d’une volonté de construire une Europe de la Défense. Autant de mots d’ordre répétés à l’envie depuis le début du conflit voici trois ans et […]

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Des paroles aux actes, il y a un large fossé que l’Union Européenne ne pourra évidemment pas franchir malgré les bonnes paroles prononcées en faveur d’un soutien à l’Ukraine et d’une volonté de construire une Europe de la Défense. Autant de mots d’ordre répétés à l’envie depuis le début du conflit voici trois ans et demie entre l’Ukraine et la Russie sans que l’Europe ne parvienne à jour vraiment une seule et même partition comme le prouve de façon humiliante son absence au sommet qui vient d’avoir lieu en Alaska entre Trump et Poutine ce vendredi soir. 

Lors de la dernière de ces grands messes qui ne servent pas à pas grand chose, l’Union Européenne (UE) s’est dite prête, en mars dernier, à dépenser jusqu’à 800 milliards  d’euros pour renforcer une politique commune de défense. Une vaste réforme des règles budgétaires communes permettrait, nous dit-on, d’atteindre cet objectif. La plupart des États ne bouclent pas leurs fins de mois? Peu importe! C’est cela ou les chars russes place de la Concorde! L’effort de guerre face à l’ennemi désigné, Vladimir Poutine, serait financé par l’endettement, forcément, malgré toutes les déclarations alarmistes sur le chèque monumental déja tiré sur les générations futures.

Peu importe que l’UE ait été incapable, depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, de construire cette fameuse Europe de la Défense. Ces temps là, nous dit-on, sont révolus. Poutine n’a qu’à bien se tenir! Nos experts et autres spécialistes veulent croire qu’une Europe rassemblée se substituera à une Amérique défaillante qui a stoppé tout appui du renseignement américain à l’Ukraine et pourrait, demain, arrêter la livraison des armements. C’est ainsi que le Monde titrait voici quelque smois « l’UE ouvre la voie à un grand réarmement ».

Plus dure sera la chute 

Les Européens sont-ils vraiment prêts à mourir pour Kiev comme veut le croire Emmanuel Macron transformé, comme pour lors de la crise du Covid, en chef de guerre? Qui peut le croire dans cette course au déni? Comment les opinions publiques occidentales pourraient-elles se laisser convaincre  par des forces politiques elles mêmes démunies face au chaos mondial et au retournement des alliances? Pourquoi des électeurs soutiendraient un tel effort de guerre alors qu’ils assistent au bouclage laborieux des budgets nationaux? Rien de plus aisé désormais pour les mouvements politiques de la droite extrème et de la gauche radicale fascinés par Trump et par Poutine que d’exploiter ces contradictions et ces rodomontades.

Imaginons l’inimaginable, à savoir que l’UE débourse les 800 milliards d’euros. Pour autant, cette Europe où coexistent des Italiens pro Trump, des Hongrois pro Poutine, des Français gesticulant et des Allemands pragmatiques, aura quelque peine à unir ses efforts en matière de défense. De toute façon, ce réarmement s’il se produisait ne porterait ses fruits que d’ici plusieurs années, alors que le revirement américain sur son soutien à l’Ukraine depuis l’arrivée au pouvoir de Trump supposerait un soutien européen quasiment immédiat. 

 « Il y a eu un avachissement » de la classe politique française face aux enjeux internationaux, constatait récemment François Hollande. On ne peut pas lui donner tort. 

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