- Mondafrique https://mondafrique.com/international/ Mondafrique, site indépendant d'informations pays du Maghreb et Afrique francophone Fri, 06 Mar 2026 15:53:35 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.1 https://mondafrique.com/wp-content/uploads/2017/11/logo_mondafrique-150x36.jpg - Mondafrique https://mondafrique.com/international/ 32 32 Centrafrique: un Président sous tutelle https://mondafrique.com/international/centrafrique-un-president-sous-tutelle/ https://mondafrique.com/international/centrafrique-un-president-sous-tutelle/#respond Fri, 06 Mar 2026 15:53:34 +0000 https://mondafrique.com/?p=148236   La récente visite à Bangui du président portugais Marcelo Rebelo de Sousa a mis au grand jour une réalité dérangeante que la présidence centrafricaine peine désormais à masquer : Faustin-Archange Touadéra n’est plus maître de ses décisions. Pire encore, il apparaît comme l’otage docile de ses “protecteurs” de la milice russe Wagner, devenue la véritable […]

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La récente visite à Bangui du président portugais Marcelo Rebelo de Sousa a mis au grand jour une réalité dérangeante que la présidence centrafricaine peine désormais à masquer : Faustin-Archange Touadéra n’est plus maître de ses décisions. Pire encore, il apparaît comme l’otage docile de ses “protecteurs” de la milice russe Wagner, devenue la véritable autorité de fait dans la capitale centrafricaine.

Officiellement, la visite du chef d’État portugais, les 24 et 25 février, devait être une étape de courtoisie diplomatique centrée sur la coopération bilatérale et la présence du contingent portugais au sein de la Minusca. Mais derrière les sourires contraints et les poignées de main convenues, la tension fut palpable. En cause : le sort de Joseph Figueira Martin, chercheur belgo-portugais arrêté en 2024 à Zémio par les mercenaires de Wagner alors qu’il travaillait pour l’ONG américaine FHI360. Depuis, il croupit dans les geôles du camp de Roux, victime d’un procès expéditif soldé par dix ans de travaux forcés pour des accusations improbables d’atteinte à la sécurité de l’État.

Lisbonne, convaincue d’avoir obtenu l’accord personnel de Touadéra pour sa libération, avait même dépêché un avion pour rapatrier son ressortissant. Mais à la dernière minute, les Russes ont opposé une fin de non-recevoir. L’ordre venait d’ailleurs , et non du palais de la Renaissance. Un camouflet humiliant pour le président centrafricain réduit au rôle de figurant dans son propre pays.

Menaces de mesures de rétorsion

Furieux, Marcelo Rebelo de Sousa aurait menacé son homologue centrafricain de mesures de rétorsion : retrait du contingent portugais de la Minusca, gel de la coopération bilatérale et pression sur Bruxelles pour enclencher des sanctions ciblées contre le régime. Il a quitté Bangui précipitamment, boudant le dîner officiel prévu en son honneur.

Cette séquence révèle une vérité que nul ne peut plus ignorer à Bangui comme à l’étranger : la souveraineté centrafricaine n’est plus qu’un slogan creux. Faustin-Archange Touadéra, jadis présenté comme un président habile et consensuel, n’est plus qu’un pantin suspendu aux fils de Moscou. Tandis que les mercenaires russes dictent la politique sécuritaire du pays, contrôlent ses ressources minières et verrouillent jusqu’aux cellules de ses prisons, le chef de l’État n’assume plus que la mise en scène.

La visite manquée du président portugais aura eu au moins un mérite : celui de rappeler, preuves à l’appui, que le pouvoir à Bangui ne se trouve plus au palais présidentiel mais bien dans les casernes de Wagner.

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La Tunisie impuissante face à l’embrasement du Proche Orient https://mondafrique.com/international/la-tunisie-impuissante-face-a-lembrasement-du-proche-orient/ https://mondafrique.com/international/la-tunisie-impuissante-face-a-lembrasement-du-proche-orient/#respond Wed, 04 Mar 2026 05:25:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=148010 La modération de la réaction tunisienne à la guerre déclenchée contre l’Iran par Israël et les États-Unis sonne comme l’amorce d’une soumission aux nouveaux équilibres régionaux. Par Selim Jaziri Le temps des postures anti-impérialistes est terminé. La concrétisation des menaces israélo-américaines contre le régime iranien contraint la diplomatie tunisienne à un brutal retour aux réalités. […]

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La modération de la réaction tunisienne à la guerre déclenchée contre l’Iran par Israël et les États-Unis sonne comme l’amorce d’une soumission aux nouveaux équilibres régionaux.

Par Selim Jaziri

Le temps des postures anti-impérialistes est terminé. La concrétisation des menaces israélo-américaines contre le régime iranien contraint la diplomatie tunisienne à un brutal retour aux réalités. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères du 1er mars, au lendemain du lancement de la campagne de bombardements contre l’Iran et de la réplique iranienne, est particulièrement révélateur.

La diplomatie tunisienne y fait état de sa « profonde préoccupation et [de sa] vive inquiétude » face à la « dangereuse escalade militaire ». Elle condamne « toute agression contre le territoire de tout État », s’alarme des risques d’un « élargissement du conflit » pour « la sécurité et la paix régionales et internationales » et proclame « son rejet absolu de toute atteinte au territoire de pays arabes frères », faisant part de sa « pleine solidarité avec l’Arabie Saoudite, le Koweït, le Qatar, Bahreïn, les Émirats Arabes Unis, la Jordanie et l’Irak », au nom de la « fraternité arabe et islamique ».

Un alignement à demi-mots

Pour la forme, Tunis pose quelques principes : « droit international », « règlement pacifique des différends », cessation des « opérations militaires », « sagesse », « retour à la table des négociations ». Des vœux pieux dénués de toute capacité d’en imposer aux belligérants ou de mobiliser d’autres puissances. Qui a amorcé l’escalade ? Quelle était la cible initiale ? Quid des victimes ? Quelles étaient les cibles sur le territoire des pays arabes ? Une guerre sans responsables, ni victimes, une simple fatalité mécanique. Aucune indignation, aucune condamnation de l’agression israélienne. Le communiqué réussit le tour de force de s’exprimer sur cette nouvelle guerre sans prononcer les mots « Israël » (ou « entité sioniste »), « Iran », « États-Unis », « bases américaines », « victimes civiles », «condoléances », sans même parler de « Ali Khamenei »… Une telle position n’est ni plus ni moins qu’un alignement à demi-mots, une soumission aux nouveaux rapports de force.

Lors des bombardements israéliens de l’Iran en juin, Tunis avait été moins ambigüe dans sa dénonciation : « cette atteinte à sa souveraineté et à sa sécurité est une violation flagrante de la charte des Nations unies et de toutes les lois et coutumes internationales ». Cette fois, le ton est bien plus mesuré.

Nouvelle donne régionale

Sous la présidence de Kaïs Saïed, Tunis avait amorcé un rapprochement remarqué avec Téhéran dont le signe le plus tangible a été le déplacement du chef de l’État en Iran à l’occasion du décès du président iranien Ebrahim Raïssi dans un crash d’hélicoptère, en mai 2024. La presse d’État triomphait alors : « Kaïs Saïed enterre le sionisme mondial à Téhéran », « Saïed met fin à quarante ans de Tunisie atlantiste ». Le 10 septembre 2025, Abbas Araghchi, le chef de la diplomatie iranienne, a fait le déplacement à Tunis. Entre-temps, les deux pays avaient amorcé en mai 2025 une coopération technologique dans le domaine de l’intelligence artificielle. Ces élans et ces amabilités ne sont plus de saison.

La direction prise par l’état des rapports de force régionaux est désormais claire : Israël n’a payé aucun prix pour le génocide à Gaza, l’accélération de l’annexion et de la colonisation de Cisjordanie et les bombardements au Liban, en Syrie, au Qatar, au Yémen. L’appui américain sans faille lui garantit une impunité totale. Les monarchies du Golfe et le Maroc coopèrent avec Israël et les États-Unis. L’Union européenne suit le mouvement. Les Nations Unies sont hors jeu. Quant aux BRICS, leurs relations commerciales avec Israël tempèrent les ardeurs de la plupart des pays du « Sud global » dans la dénonciation du génocide à Gaza.

L’espoir caressé par Kaïs Saïed de diversifier les alliances et d’équilibrer la dépendance à l’égard des pays occidentaux par le renforcement de ses liens avec la Chine et avec l’Iran a fait long feu. Même si le régime iranien parvient à négocier sa survie, l’Iran sera infréquentable et une coopération irano-tunisienne ne pourra plus offrir la moindre ressource diplomatique à la Tunisie. Le régime de Kaïs Saïed, de plus en plus isolé, n’a plus l’espace géopolitique pour se frayer une voie singulière et il doit s’ajuster aux nouvelles réalités s’il veut être épargné par de futures pressions américaines une fois la nouvelle situation régionale stabilisée.

Tunis au diapason d’Alger

L’appui d’Alger ne lui sera d’aucun secours. La position tunisienne sur cette nouvelle escalade au Proche-Orient est en réalité la copie conforme de la position algérienne. Après s’être contenté de déplorer l’échec des négociations menées au Sultanat d’Oman et l’escalade, la diplomatie algérienne a finalement proclamé sa solidarité avec les pays arabes… Et oublié au passage ses griefs à l’encontre des Émirats arabes unis que le président Tebboune qualifiait pourtant, en juillet 2025, de « micro-État », d’« État artificiel », de « nain », d’« entité hybride, dépourvue d’origine et de souveraineté », de « fabrique du mal et de la discorde », d’« usine à sédition et à dissémination de toxines idéologiques »… La « fraternité arabe » avait ses limites.

L’Algérie n’a plus les moyens de maintenir une ligne dissidente. Cette faiblesse est apparue clairement lors de son adhésion au cadre de négociation défini par le Maroc sur le dossier sahraoui. La presse marocaine jubile avec une certaine férocité, à l’instar du site « le360 » proche du Palais qui se réjouit de voir l’Algérie « orpheline du régime des Mollahs ».

Alger parvient encore à maintenir un relatif équilibre dans ses relations avec les États-Unis grâce à ses capacités de renseignement et à ses gisements de gaz de schiste. La Tunisie, elle, n’a quasiment plus aucune carte en main, à part le contrôle migratoire pour le compte de l’Europe. Elle donne un peu de profondeur stratégique à l’Algérie. La solidarité arabe reste dès lors le seul cadre protecteur pour le tandem algéro-tunisien, d’autant que l’Arabie saoudite, échaudée par la priorité donnée à Israël par la protection américaine face aux missiles iraniens et soucieuse de paraître aux yeux des opinions arabes comme le défenseur de l’État palestinien, serait le seul atout de puissance face à une domination américaine et israélienne totale sur la région.

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Sahel, la course aux satellites de surveillance https://mondafrique.com/a-la-une/sahel-la-course-aux-satellites-de-surveillance/ https://mondafrique.com/a-la-une/sahel-la-course-aux-satellites-de-surveillance/#respond Wed, 04 Mar 2026 05:01:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147998 Après la rupture de plusieurs pays du Sahel central avec les armées française et américaine, une grande course aux satellites de surveillance s’est engagée, avec de nouveaux acteurs. Mondafrique reprend ici, avec son autorisation, un article du Centre des Stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre 4s).  Par Paul Amara Ces outils – précieux […]

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Après la rupture de plusieurs pays du Sahel central avec les armées française et américaine, une grande course aux satellites de surveillance s’est engagée, avec de nouveaux acteurs. Mondafrique reprend ici, avec son autorisation, un article du Centre des Stratégies pour la sécurité du Sahel Sahara (Centre 4s). 

Par Paul Amara

Ces outils précieux dans la lutte contre le terrorisme et les trafics de drogue, d’armes, d’or, de migrants, d’êtres humains, de cigarettes et de carburant foisonnent. Dès novembre 2023, le Mali signait un mémorandum d’entente avec l’entreprise russe Glavkomos, spécialisée dans les activités spatiales. Cet accord lui a permis d’améliorer la couverture Internet, des télécommunications, de la télévision et de la surveillance du territoire.  D‘autres pays lui ont emboité le pas, affichant des ambitions spatiales de plus en plus grandes. Ainsi envisagent-ils le lancement de satellites d’observation militaire, à plusieurs ou à titre individuel.

La surveillance militaire par satellite permet de détecter, en temps réel, des mouvements ennemis à plusieurs centaines de km à la ronde. Elle sert aussi dans l’observation continue des zones à risque, y compris dans les environnements hostiles et inaccessibles par voie terrestre. Elle facilite un suivi serré des équipements ennemis et réduit les risques humains, en permettant d’économiser les missions de reconnaissance dangereuses au sol. En survolant, plus ou moins discrètement et librement, l’espace, les satellites appuient les opérations militaires au travers d’activités d’observation, d’écoute et de communication. La visualisation par l’imagerie satellite militaire aide à localiser des camps terroristes, et d’agir en conséquence. Grâce à ces machines complexes, les armées du Sahel peuvent développer des réactions rapides face aux menaces djihadistes.

En 2026, les satellites fournissent des images de haute définition, quasiment en temps réel, assistées par l’intelligence artificielle (IA). L’interprétation de ces quantités de données est ainsi effectuée sans grand usage de l’intelligence humaine, facilitant de promptes réactions. Ce modèle de satellite de surveillance coûte, en moyenne, 300 millions d’euros. Maintenance et exploitation restent aussi onéreuses. Leur miniaturisation et leur lancement en grappes peuvent réduire ce montant jusqu’à 40%. Malgré tout, cela demeure un défi financier pour les pays du Sahel.

De nombreux pays africains se dotent de satellites espions

En cette année 2026, on estime à 410 le nombre de satellites espions en orbite, couvrant 93% de la planète. En 2020, les pays africains suivants avaient lancé des satellites : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Égypte, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maroc, Nigeria et Soudan. Pionniers, grâce à des décennies d’investissements stratégiques et de partenariats internationaux, l’Égypte et l’Afrique du Sud comptent, chacun, 13 satellites en orbite. Le Nigeria, avec 7 satellites, est un acteur clé en Afrique de l’Ouest. L’Algérie en possède six. Le Ghana a mis au point GhanaSat-1. Le Royaume du Maroc se montre leader, du fait de l’acquisition du satellite Mohamed VI A, d’une valeur de 500 millions de dollars. Officiellement, ce satellite évolue en vols stationnaires à des fins de télécommunications.

D’autres pays africains, surtout au Sahel, doivent coopérer avec ceux-là ou compter sur les partenaires internationaux, ou encore opérer avec des drones. Mais les capacités de surveillance et de traitement de données de ces derniers sont bien moindres que celles des satellites. En revanche, ces vecteurs aériens peuvent aussi attaquer. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont signé avec leur nouveau partenaire stratégique, la Russie, un accord de coopération spatiale à Bamako le 23 septembre 2024. Ce protocole a été paraphé avec Glavkosmos, filiale de l’agence spatiale russe, Roscosmos.Deux satellites sont au cœur de cette ambition. L’un sera dédié aux télécommunications et promet une meilleure couverture Internet ainsi qu’une diffusion amplifiée de la radio et de la télévision. L’autre sera consacré à l’observation terrestre. Grâce à ses capacités d’imagerie à haute résolution, il devrait être d’un grand secours dans la surveillance des frontières et la prévention des risques d’insurrection.

Un satellite russo-burkinabè? 

En janvier 2026, la Russie et le Burkina Faso ont commencé à envisager la construction d’un satellite de communication destiné à accélérer la transformation numérique du Faso : ouvrir la voie à des services de connectivité, de cartographie et d’alerte précoce. Devant être conçu pour couvrir la région du Sahel, le satellite aura aussi pour vocation de sécuriser les communications gouvernementales et de renforcer la résilience des réseaux en période de crise. Parallèlement à la coopération sahélo-russe, le Niger, de son côté, a entamé une collaboration avec la Chine pour acquérir de l’imagerie satellitaire. Il coopère également avec l’Italie, qui déploie des unités de collecte d’information, de surveillance et de reconnaissance. Le cadre de cet appui est la Mission de soutien italienne à la République du Niger (MISIN), forte de 350 à 400 soldats. Le Parlement italien a autorisé cette opération, depuis 2018, pour accroitre les capacités du Niger dans sa lutte contre les différents trafics et les menaces à sa sécurité. L’attaque terroriste de l’aéroport international Hamani-Diori, à Niamey, la nuit du 28 au 29 janvier 2026, a révélé que ce site ultrasensible se trouve sous surveillance satellitaire de l’entreprise américaine Ventor Tech, spécialisée dans l’information spatiale. 

En Libye, des avions et des satellites russes surveillent les positions de Daech, à l’est et à la frontière avec l’Égypte. En Mauritanie, fin septembre 2024, le ministère de la Transformation numérique et de la Modernisation de l’Administration a annoncé le lancement d’un projet stratégique visant à créer un programme spatial national pour les nano-satellites. Le pays veut se doter d’un système spatial souverain au service de la sécurité, de la surveillance et du contrôle, ainsi que pour étendre la couverture numérique à l’ensemble du territoire national. Au Soudan, les images satellites jouent un rôle important dans la mise en évidence des atrocités commises à El Facher. Ces images sont le seul moyen permettant de suivre la situation dans une zone inaccessible et avec un réseau de communication défaillant.

Survols des pays sahéliens

Le sous-équipement de l’Afrique de l’Ouest, et particulièrement du Sahel, permet à des puissances étrangères de les survoler librement. Le jour de la Noël 2025, sur initiative du gouvernement américain, des bombardements ont visé des combattants de l’État islamique (EI) dans l’État de Sokoto, Nigeria. La raison avancée est que le Nigeria laisserait se perpétrer un génocide et une persécution des chrétiens. Après des discussions entre les deux pays, il a été décidé un mois plus tard que les avions nigérians opèreraient eux-mêmes les frappes aériennes, sur la base d’images et de données collectées par des appareils américains de surveillance. De plus, c’est le Nigeria qui choisira les cibles et son armée recevra des États-Unis des drones, des hélicoptères, des plateformes aériennes puis des pièces détachées et des systèmes de maintenance indispensables à leur exploitation, des équipements commandés par le Nigeria ces cinq dernières années mais non encore livrés. Faute d’en disposer, le Nigeria mène sa guerre contre les djihadistes à travers une surveillance aérienne américaine, qui consacre sa dépendance stratégique.

Donald Trump a menacé le Nigeria de nouvelles frappes si jamais des chrétiens étaient encore tués. Le général John Brennan, du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), a déclaré dans une interview en marge de discussions entre Washington et Abuja que le Pentagone poursuivait une coopération militaire avec les trois pays de l’AES. Il a ajouté que les États-Unis continuaient de partager des informations avec le Nigeria car le changement de partenariat, en matière sécuritaire, était parfois risqué.

À l’issue d’une embuscade attribuée à l’État islamique au grand Sahel (EIS), dans l’ouest du pays, à Tillabéri, qui a occasionné la disparition de 135 membres de la Garde nationale, le Niger pris une décision majeure. Début mai 2025, il a mis fin aux accords de coopération en matière de renseignement avec la Russie et la Turquie, dénonçant la faiblesse opérationnelle des équipements et des techniciens fournis par les deux partenaires dans le domaine du renseignement numérique. En remplacement, le Niger a engagé une société marocaine. Mais l’accord a été rompu dans l’urgence après la révélation d’un lien indirect avec un prestataire privé français. Le Niger a ordonné immédiatement le démantèlement du dispositif. Les États-Unis sont donc revenus proposer leurs services.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Sénégal-France. Les dessous de la visite du ministre des Transports https://mondafrique.com/international/senegal-france-les-dessous-de-la-visite-du-ministre-des-transports/ https://mondafrique.com/international/senegal-france-les-dessous-de-la-visite-du-ministre-des-transports/#respond Sat, 28 Feb 2026 19:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147895 Fin du contrat de la SNCF dans le cadre de l’exploitation du Train express régional de Dakar, « contentieux » avec Air Sénégal, dettes envers des entreprises françaises, séminaire intergouvernemental à venir : le ministre sénégalais des Transports terrestres et aériens, Yankhoba Diémé, revient sur les sujets qui ont occupé sa mission à Paris les […]

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Fin du contrat de la SNCF dans le cadre de l’exploitation du Train express régional de Dakar, « contentieux » avec Air Sénégal, dettes envers des entreprises françaises, séminaire intergouvernemental à venir : le ministre sénégalais des Transports terrestres et aériens, Yankhoba Diémé, revient sur les sujets qui ont occupé sa mission à Paris les 26 et 27 février 2026.

Par Mor Amar

Le ballet diplomatique se poursuit entre Paris et Dakar. Il y a quelques jours, plusieurs médias avaient annoncé la visite à Dakar du conseiller Afrique d’Emmanuel Macron, Jérémie Robert. Le vendredi 26 février 2026, le ministre sénégalais des Transports terrestres et
aériens était, à son tour, à Paris, pour rencontrer son homologue français Philippe Tabarot.

Au cœur de ces rencontres, à Dakar comme à Paris, il y a la lancinante question de la dette du Sénégal, en particulier celle due aux entreprises françaises. Interpellé sur les raisons de cette visite révélée par Africa Intelligence, le ministre sénégalais, Yankhoba Diémé, nous a expliqué : « Permettez-moi d’abord de préciser que cette visite est en prélude au Séminaire intergouvernemental (SIG) entre la France et le Sénégal qui va, en principe, se tenir fin mars 2026 à Dakar. Elle permet de déblayer un peu le terrain et de préparer au plan technique les dossiers qui nous engagent. »

Dans le cadre de cette mission, le ministre s’est fait accompagner de ses directeurs généraux les plus importants, au cœur des dossiers les plus sensibles qui lient Dakar et Paris dans le domaine des transports : le directeur général de la compagnie Air Sénégal, celui du Conseil exécutif des transports urbains durables (Cetud) en charge du Bus Rapide Transit (BRT) de Dakar, celui de la SenTer (en charge de la gestion du patrimoine du Train express régional), ainsi qu’un représentant du ministère des Finances et du Budget et l’ambassadeur du Sénégal à Paris. « Nous avons discuté de beaucoup de sujets : de l’exploitation du TER, d’Air Sénégal, mais aussi de l’exploitation du BRT avec le CETUD, entre autres», a précisé le ministre.

La dette au cœur des discussions

Dans sa livraison du 26 février, AI informait que cette visite intervient dans un contexte marqué notamment par « un bras de fer entre Air Sénégal et BPI » qui aurait engagé une action en justice afin de mettre la main sur deux appareils (A 330) d’Air Sénégal dont elle a garanti le financement. Le média relevait aussi les arriérés importants accumulés par la compagnie sénégalaise auprès de plusieurs entreprises françaises dont Servair (entreprise spécialisée dans le catering, majoritairement détenue par Air France-KLM), Aéroports de Paris, etc.

À propos du contentieux avec BPI, le ministre relativise et estime que le problème se situe davantage auprès des partenaires britanniques et allemands qu’avec la banque française. « Le contentieux concerne le groupe BPI et le groupe des assureurs qui sont les Britanniques et les Allemands. Ce contentieux concerne les deux A 330 qui assurent la liaison Dakar-Paris. Contrairement à ce que l’on dit, BPI est plus dans les
dispositions, avec l’appui des autorités françaises, d’en finir avec cette affaire », explique Monsieur Diémé. Selon lui, ce sont plutôt les autres parties, notamment britanniques et allemandes, qui sont dans ce qu’il considère comme un « jusqu’au boutisme »

« Je parle de jusqu’au boutisme parce que oui, il y avait des arriérés et des impayés. Aujourd’hui, tous les arriérés ont été réglés, mais les gens continuent de s’acharner. Et nous ne comprenons pas pourquoi », se désole M. Diémé, qui souligne que si ça ne dépendait que de BPI, le dossier aurait été clos. Il en donne pour preuve les deux ATR sur lesquels la banque française avait totalement le contrôle et qui sont épargnés par ce contentieux.

«Acharnement» britannique et allemand

Dakar regrette un acharnement des partenaires britanniques et allemands. Il soupçonne, à l’arrière plan, le rapprochement avec le géant
américain Boeing, qui pourrait fournir à Air Sénégal une dizaine d’avions. « Nous craignons que ce clin d’œil et cette confiance de Boeing soit l’un des éléments déterminants  qui font que certains veulent se braquer et décréter la mise à mort de la compagnie nationale. C’est plus une question d’affaires qui se pose, mais ils se battent vainement », fulmine le ministre des Transports qui relève l’engagement fort
des plus hautes autorités sénégalaises pour la survie de la compagnie nationale.

Au-delà de ce contentieux avec BPI, Air Sénégal doit de l’argent à plusieurs autres entreprises. Le ministre s’est félicité de cette rencontre qui a permis d’aborder « franchement » certaines questions et de s’entendre sur les modalités de traitement. En ce qui concerne les arriérés dus par Air Sénégal à des entreprises françaises, il assure qu’ils s’élèvent à moins de 10 milliards de francs CFA. Les parties ont arrêté un
échéancier pour les paiements, dit-il. Pour le ministre, il n’y a rien d’alarmant dans la situation que vit actuellement le pavillon sénégalais. «Parler de la dette comme ça, ça ne veut pas dire grand-chose. La dette de Air Sénégal ne fait pas le cinquième de la dette des grandes compagnies africaines que nous avons l’ambition de dépasser. L’essentiel est de bâtir une compagnie performante et nous travaillons dans cette dynamique. Nous avons tout pour y parvenir », a-t-il affirmé. 

Toujours au chapitre de la dette, il y a aussi celle découlant de l’exploitation du Train express régional chiffrée à environ 15 milliards de francs CFA. Là aussi un moratoire aurait été accordé avec un calendrier de paiement stabilisé lors de cette mission. 

Le renouvellement du contrat de la SNCF en question

Les parties ont également discuté du contrat de la SNCF pour l’exploitation du Train express régional qui arrive à terme au mois de mai prochain. Ils ont évoqué des phases d’extension du TER, c’est à dire la phase 2 qui relie Diamniadio au principal aéroport du pays (en phase test), mais aussi la phase 3 qui devrait permettre au train de desservir Thiès, située à environ 70 km de Dakar.

Ces derniers mois, les appréhensions se sont multipliées sur d’éventuelles velléités des autorités sénégalaises de choisir un autre partenaire pour l’exploitation du Train express régional. Mais avec cette visite, Dakar semble privilégier l’expertise parisienne. « Comme c’est la SNCF qui gère le TER via sa filiale la SETER et que le contrat prévoit la possibilité d’un renouvellement, nous travaillons sur cette piste, mais nous n’excluons aucune option. Ce qui est clair, c’est que les termes seront renégociés et les intérêts du Sénégal seront préservés », indique le ministre qui précise que plusieurs candidats tapent à la porte, sans oublier l’expertise locale acquise grâce au transfert de compétences et de technologie. « Actuellement, dans l’exploitation du TER, il n’y a que sept expatriés. Nous nous préparons donc à toutes les éventualités. Mais c’est quand même une bonne chose de pouvoir travailler avec des partenaires stratégiques.

Tous ces dossiers, selon Diémé, ont été abordés sans pression, de façon proactive et responsable. À noter que le TER est présenté comme le transporteur officiel des Jeux Olympiques de la jeunesse qui se tiennent au Sénégal au mois d’octobre prochain.

Le ministre sénégalais des Transports terrestres et aériens a, enfin, reçu l’Agence française de développement, ainsi que Meridiam qui est actionnaire à 70% de la société de gestion du BRT. Pour témoigner de l’esprit convivial qui continue de prévaloir dans les relations entre Paris et Dakar, le ministre Yankhoba Diémé s’est félicité d’un financement de 10 millions d’euros mis à disposition par l’AFD pour les besoins des études de la phase 3 du TER.

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Soudan : une vie dans les camps https://mondafrique.com/international/soudan-une-vie-dans-les-camps/ https://mondafrique.com/international/soudan-une-vie-dans-les-camps/#respond Sat, 28 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147803 La guerre au Soudan s’apprête à entrer dans sa troisième année. Triste anniversaire d’un conflit qui, en plus des morts et des blessés, a provoqué un déplacement massif de population : près de 14 millions de personnes ont fui, soit à l’intérieur du territoire, soit vers un État voisin. Parmi les pays les plus impactés […]

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La guerre au Soudan s’apprête à entrer dans sa troisième année. Triste anniversaire d’un conflit qui, en plus des morts et des blessés, a provoqué un déplacement massif de population : près de 14 millions de personnes ont fui, soit à l’intérieur du territoire, soit vers un État voisin. Parmi les pays les plus impactés par l’arrivée de réfugiés figurent l’Égypte mais aussi le Tchad. Frontalier du Darfour – situé à l’extrémité orientale de la bande sahélienne, à la lisière du Sahara – une région où se superposent combats, massacres, exactions et famine. L’est du Tchad constitue l’une des principales voies de fuite pour des centaines de milliers de civils, qui se retrouvent dans des camps de réfugiés. Mais pour combien de temps ? Au fil des ans, les ingérences extérieures n’ont cessé d’alimenter et de complexifier ce conflit. Le discret médiateur onusien, l’Algérien Ramtame Lamamra, s’active en coulisses sans résultat. Aucune issue ne se dessine à l’horizon. Dans le même temps, les organisations humanitaires ont de moins en moins de moyens pour subvenir aux besoins d’une population totalement démunie.

Par Leslie Varenne

Le Tchad entre le marteau et l’enclume

Il y a trente camps de réfugiés au Tchad. Celui d’Ouré Cassoni, situé près de la frontière soudanaise, est le plus grand. Ouvert en 2003 lors de la première guerre du Darfour, il abritait plus de 50 000 personnes. Vingt-trois ans plus tard, la majorité y vit toujours.

Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023 entre les Forces de soutien rapide (FSR) de Hemedti et l’armée soudanaise dirigée par le général Burhan (SAF), la population de ce camp a plus que doublé. Plus de 110 000 réfugiés sont désormais installés ici, dont plus de 99 % appartiennent à la communauté zaghawa, présente des deux côtés de la frontière et victime des milices arabes FSR.

Au Tchad se joue une situation complexe. Le président Mahamat Idriss Déby a apporté son soutien à Hemedti. Un soutien contre-nature, puisqu’il est lui-même Zaghawa de par son père, comme l’est sa famille, son clan et une grande partie de l’armée.  

Le 21 février 2026, les FSR ont occupé la ville soudanaise de Tiné, principal point de passage pour les civils fuyant al-Fasher la capitale du Darfour Nord. Des Toroboros, ces combattants tchadiens et soudanais soutenant le général Al-Burhan, ainsi que des militaires tchadiens intervenus sans l’aval de leur hiérarchie, ont contribué à sa reprise. Depuis, N’Djamena a annoncé la fermeture de la frontière, signifiant toutefois que « des dérogations exceptionnelles strictement motivées par des raisons humanitaire peuvent être accordées. »

La prise de Tiné aurait été cataclysmique pour tous ceux qui tentent de fuir les combats et les exactions des FSR afin de rallier le camp d’Ouré Cassoni.

Dans les yeux d’Asiya

 
Camp d’Ouré Cassoni, février 2026 (Photo Leslie Varenne).

Ce camp est divisé en trois parties. Les anciens habitants vivent dans des maisons en dur, comme dans une petite ville plantée au milieu du désert. Les réfugiés arrivés depuis 2023 dorment sous des tentes fournies par le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) et bénéficient d’une aide : de la nourriture, l’école pour les enfants, des soins. Il n’y a toutefois qu’un seul médecin pour 110 000 personnes.

Les derniers arrivés s’installent dans un terrain vague, dans des abris de fortune faits de branchages et de vieux sacs plastiques. Démunis de tout, ils attendent d’être enregistrés par les autorités tchadiennes, qui travaillent en étroite collaboration avec le HCR. Faute de moyens, cette phase transitoire peut durer des semaines, voire deux ou trois mois.

Le flux ne s’arrête pas. Chaque jour, entre 100 et 150 personnes arrivent ici. Elles n’y trouvent que la sécurité. Compte tenu de ce qu’elles ont vécu, c’est beaucoup. Et c’est peu… Les nouveaux arrivants sont des femmes et des enfants. Les hommes, pour la plupart, sont morts ; les autres se cachent pour ne pas être tués par les FSR ou combattent avec les Toroboros.

De camp assiégé en ville martyre

Assises sur le sol de terre battue, des femmes racontent à tour de rôle leur long périple. Elles ont parcouru des centaines de kilomètre à pied ou à dos d’âne. Parfois, lorsqu’elles ont de la chance, les militaires tchadiens les emmènent dans leur Toyota pour les aider à parcourir les derniers kilomètres depuis la frontière. Elles refont l’itinéraire en pensée : El-Fasher, puis Tawila, autre ville martyre, et enfin Tiné.

Depuis la première guerre du Darfour, nombre d’entre elles vivaient dans le camp de déplacés de Zamzam, ouvert en 2004. Ce camp, qui hébergeait plus de 500 000 personnes, a été assiégé toute l’année 2024 par les FSR et ses habitants affamés. En avril 2025, la milice et ses supplétifs l’ont attaqué et bombardé durant trois jours provoquant la mort de milliers de personnes et la fuite d’autant d’autres. Ce qui s’est passé à Zamzam dépasse le dicible. Les témoignages des humanitaires sont aussi terrifiants que bouleversants. Selon les Nations Unies, ce qui s’y est produit pourrait être qualifié de crimes de guerre[i].

Les rescapés se sont ensuite dirigés vers El-Fasher, seule enclave du Darfour Nord encore tenue, à l’époque, par l’armée soudanaise. Quelques mois plus tard, la ville a été à son tour assiégée. Les combats entre les deux parties au conflit ont été longs et intenses. Chaque fois que les FSR étaient en difficulté, les Émirats arabes unis qui les soutiennent envoyaient davantage d’argent, d’armes et de drones. En octobre 2025, El-Fasher a fini par tomber aux mains de la milice. Alors, l’exode a repris.

Survivantes de l’indicible

Les femmes qui s’expriment sur cette terre battue d’Ouré Cassoni sont des survivantes. À quelques mètres du groupe, dans une case faite de bric et de broc, une maman entourée de ses enfants adolescents est allongée sur une natte. Ses yeux clairs, immenses, grands ouverts, sont tournés vers le ciel. Ce regard immobile dit ce que la pudeur des autres femmes a tu : les viols, sans distinction de sexe, utilisés comme arme de guerre pour briser, humilier, déshumaniser ; les maris et les fils tués devant leurs proches ; la famine, les fosses communes, la soif, les tranchées creusées pour se cacher et se protéger des bombardements.

Camp d’Ouré Cassoni, février 2026 (Photo Leslie Varenne).

Et puis, parfois, dans ce camp, se produit un petit miracle : un parent rencontre un proche disparu lors des combats ou sur les routes de l’exil. Des familles croisent un voisin de leur ancien village. Un enfant séparé des siens pendant la fuite, recueilli en chemin par d’autres déplacés, retrouve enfin un membre de sa famille. Beaucoup ont réussi à survivre grâce à la légendaire solidarité zaghawa, alliée à l’extraordinaire résistance des populations sahéliennes.

Les architectes de l’impasse

Devant ce désastre humanitaire, les ONG appellent à l’aide. Les besoins sont immenses et largement sous-financés. Début février 2026, à Washington, une conférence de donateurs a permis d’annoncer 200 millions de dollars de dons des États-Unis, versés au Fonds humanitaire des Nations unies, et 500 millions promis par les Émirats arabes unis. Cette séquence très médiatisée, présentée comme un signal fort en faveur des civils soudanais, a pourtant irrité plus d’un observateur du conflit. Ainsi Abou Dhabi, principal fournisseur de carburant de cette guerre, bien qu’elle s’en défende, offrirait généreusement les pansements ! D’autant que les besoins ne se chiffrent pas en millions de dollars, mais en milliards. Selon un rapport du Conseil de sécurité, daté du  8 février 2026, le Plan de réponse humanitaire pour le Soudan à l’horizon 2026, qui nécessite 2,9 milliards de dollars, n’était financé qu’à hauteur de 5,8 %. Le plan 2025, évalué à 4,16 milliards, n’était couvert qu’à 38,6 %. Du point de vue humanitaire, le compte n’y est pas.

Côté diplomatie non plus. Le 20 février, devant le Conseil de sécurité, Massad Boulos, conseiller spécial pour l’Afrique du président américain, a appelé à un cessez-le-feu immédiat. Mais son plan mal ficelé s’est heurté au refus de l’armée et du gouvernement soudanais, qui invoquent la souveraineté nationale, l’unité territoriale et la sécurité. Pour éviter de contrarier l’allié émirati, qui sert de plus en plus ouvertement de proxy à Israël dans la région, le Monsieur Afrique de Donald Trump a également renvoyé dos à dos les deux parties, plaçant sur un pied d’égalité l’État soudanais et les milices FSR. Cette formule a ulcéré Khartoum, mais aussi certains de ses alliés, comme l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie. De leur côté, l’Union africaine et les organisations sous-régionales sont divisées, marginalisées, impuissantes, inexistantes. Pendant les atermoiements diplomatiques, les civils continuent de payer le prix fort.

Une génération est née dans les camps. Une autre y grandit. Rien n’indique que la suivante en sortira.

 


[i] Le 6 mars 2025, le gouvernement soudanais a déposé une plainte contre les Émirats arabes unis devant la Cour internationale de Justice, accusant Abou Dhabi d’avoir violé la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide en soutenant les Forces de soutien rapide.
Dans sa décision du 5 mai 2025, la CIJ a rejeté cette affaire non pas sur le fond des accusations, mais pour une raison purement procédurale : elle s’est déclarée « manifestement incompétente » pour l’examiner, en raison d’une réserve formulée par les Émirats arabes unis au sujet de l’article IX de la Convention, qui exclut la compétence de la Cour pour régler ce type de différend.

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Uranium du Niger : vraie-fausse ouverture dans le conflit avec Orano https://mondafrique.com/international/niger-vers-un-cessez-le-feu-avec-orano-sur-luranium/ https://mondafrique.com/international/niger-vers-un-cessez-le-feu-avec-orano-sur-luranium/#respond Tue, 24 Feb 2026 05:49:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147601 Le Niger et le minier Orano ont paru ouvrir une fenêtre de discussion ces derniers jours, pour sortir du bras de fer engagé sous l’influence de l’Élysée – partisan de la manière forte – depuis la nationalisation des mines d’uranium par le régime militaire de Niamey, en juin dernier. Lors d’une conférence de presse vendredi […]

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Le Niger et le minier Orano ont paru ouvrir une fenêtre de discussion ces derniers jours, pour sortir du bras de fer engagé sous l’influence de l’Élysée partisan de la manière forte depuis la nationalisation des mines d’uranium par le régime militaire de Niamey, en juin dernier. Lors d’une conférence de presse vendredi sur les résultats du groupe, le directeur général d’Orano, Nicolas Maes, s’est dit prêt à «amorcer le dialogue». Quelques jours plus tôt, le général Abdourahamane Tiani avait, lui, proposé de restituer à la compagnie française sa quote-part du yellow cake produit avant la nationalisation. Mais ces ouvertures ont peu de chances d’être suivies d’effets, tant les deux parties campent sur des positions incompatibles. 

Par Paolo Vieira

Abdourahamane Tiani, lors de son interview du 14 février, s’est dit prêt à transférer à Orano la part qui lui revient dans le cadre des accords de co-entreprise entre les deux parties, soit 63,4% des 156 tonnes d’uranate produites avant la nationalisation de la Somaïr une quantité qu’Orano tient pour ridicule. Le conflit entre le Niger et Orano avait éclaté quand la compagnie française avait déconnecté la production de l’uranium à la Somaïr, commandée à distance à partir de la France, au lendemain du coup d’État qui a renversé Mohamed Bazoum. Orano avait invoqué des difficultés d’approvisionnement en intrants dues à la fermeture de la frontière avec le Bénin. Les techniciens nigériens ont ensuite relancé la production par eux-mêmes et le gouvernement de Niamey en a conclu qu’il valait mieux, dans l’avenir, se débrouiller tout seul. La nationalisation est devenue, dès lors, une évidence.

À travers la presse française, le président Macron tient à présenter la position nigérienne comme une capitulation. Pourtant, le général Tiani ne semble pas disposé à aller au-delà de ce qu’il a dit expressément dans son interview, où il a ironisé sur le fait que le Niger était même prêt à «envoyer» cet uranium à Orano. «S’ils veulent qu’on leur envoie cela, nous pouvons même payer le transport», a-t-il dit. Mais il n’y aura pas de retour sur la nationalisation, a-t-il martelé. 

Opération Madmax

Il y a quelques semaines, Orano et tous les relais de l’Élysée en Afrique avaient lancé l’opération «Madmax», pour alerter le monde entier sur le risque nucléaire présenté par la vente et le transfert du stock national d’environ 1000 tonnes, après le départ d’Arlit, dans le nord du Niger, d’un convoi transportant ce chargement de yellow cake. Une fois le stock d’uranium arrivé dans la capitale, l’aéroport de Niamey a été le théâtre d’une attaque djihadiste revendiquée par l’État islamique, dans la nuit du 28 au 29 janvier, organisée avec l’appui d’un effectif emprunté au Nigeria. Le psychodrame n’était pas terminé. Orano promettait de poursuivre son offensive juridique contre l’État nigérien mais aussi contre « quiconque voudrait mettre la main » sur ce stock d’uranium qui vaudrait, à l’en croire, 300 millions d’euros.

Le président Macron en a fait un grief de plus contre le Niger, contre lequel il garde rancune depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. Alors que le stock d’uranium devait prendre la route du Togo, via le Burkina Faso, Emmanuel Macron s’est saisi personnellement du dossier. Pour les dissuader de laisser transiter la cargaison, il a assuré à Faure Gnassimgbe, en octobre 2025, puis au maréchal Kaka Déby, en janvier 2026, que cet uranium appartenait à Orano et que sa vente était donc illégale. Pour faire bonne mesure, il a menacé d’une intervention navale et militaire contre le Togo à partir du Bénin, si Lomé s’aventurerait à accueillir l’uranium.

C’est une mauvaise manière qui est faite que d’exercer des pressions sur ces deux personnalités particulièrement sensibles au respect de leur souveraineté. Le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, livré au Burkina Faso par la justice togolaise le 17 janvier (après être apparu dans une énième tentative de renversement d’Ibrahim Traoré en fin d’année), en a sans doute fait les frais. Et d’autres sanctions viendront, latérales mais blessantes.

L’usure atomique

L’autre erreur du président français réside dans l’engagement sans réserve de la France aux côtés d’Orano, ex Areva, dont le comportement au Niger n’est pas exemplaire. L’entreprise Orano, spécialisée dans le cycle du combustible nucléaire, exploite depuis cinquante ans deux mines d’uranium dans le nord du Niger : la Somaïr (1967) et la Cominak (1975), avec des conséquences environnementales qui ont été plusieurs fois dénoncées. La Cominak a fermé en 2021 du fait du tarissement du gisement.

Orano a suivi les consignes de l’Élysée après le renversement du gouvernement Bazoum, dont certains des ministres les plus influents étaient de hauts cadres des Mines. Le mot d’ordre était l’asphyxie du Niger en coordination avec la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest et la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest. La France reprochait aux nouveaux dirigeants du Niger leur hostilité à l’égard d’Orano. En cause, le retrait, en 2024, du permis de grande exploitation du gisement d’Imouraren – présenté à l’annonce du projet comme la future plus grande mine d’Afrique. Plus tard, après le coup d’État et les blocages d’Orano, le Niger a nationalisé, comme il en a le droit, la Somaïr. Il détient désormais la totalité du capital de cette société. La Somaïr exploite le dernier gisement de l’Aïr en activité, après le retrait du permis d’Imouraren et la fermeture définitive du site de la Cominak.

Pourquoi Bazoum a-t-il retiré le permis d’Imouraren ?

La presse française a fait beaucoup de bruit autour de la nationalisation des mines d’uranium par le régime militaire du Niger, en juin 2024. Mais elle a eu tendance à confondre cet événement avec le retrait du permis d’Imouraren avec ses 200 000 tonnes de réserves au géant français. En réalité, Orano a perdu Imouraren sous le gouvernement de Mohamed Bazoum, dans le cadre d’un contrat signé le 4 mai 2023, donc avant l’avènement de la junte. Afrique Intelligence en avait alors rendu compte. «La tension est sourde entre Orano et Niamey. Officiellement, les relations entre le géant français (…) et la ministre des Mines nigérienne restent cordiales. Mais en coulisses, l’ambiance est tout autre : depuis un an, ces derniers se livrent à une passe d’armes sur le statut du permis d’exploitation de la mine d’Imouraren (…). Alors que l’exploitation du gisement d’uranium semble repoussée indéfiniment par le géant minier pour des questions de rentabilité, les autorités nigériennes considèrent que le permis d’exploitation d’Orano délivré en 2009 est désormais caduc», écrit la lettre confidentielle en février 2023. 

Dans un article du 5 mai 2023, Jeune Afrique avait également bien décrit l’accord global de partenariat conclu en 2023, où il n’était plus question d’exploiter Imouraren avant 2028 mais plutôt d’épuiser l’Aïr jusqu’en 2040 et de faire quelques cadeaux d’indemnisation au parti socialiste au pouvoir. Les discussions avec Orano ont permis de « voir comment l’exploitation pourrait durer le plus longtemps possible avec de nouveaux permis, de nouveaux moyens pour réduire les charges, et voir comment la durée de vie de la mine pourrait être prolongée », expliquait alors Hadizatou Ousseini Yacouba, la ministre des Mines du Niger, lors de la signature de l’accord avec Nicolas Maes, le DG d’Orano. Le rêve d’Imouraren était alors déjà enterré par le Président déchu.

Pour la France, comme pour Niamey, il est donc déterminant de disposer du stock disponible car la mise en valeur des autres gisements uranifères sera longue et difficile. Les obstacles s’amoncèlent : Imouraren n’a pas les réserves annoncées, le site ne peut pas être creusé sans risques sur la nappe phréatique, la situation de sécurité sur place est instable etc. Il faudra s’interroger également sur la responsabilité du président renversé qui, en 2023, laisse Orano se dégager de toute responsabilité par rapport à ce site et l’exonère de son attitude politique calamiteuse durant les décennies passées.

Le double jeu

Le passif d’Orano est lourd dans bien des domaines et il a été documenté en son temps. Dans ses relations avec les mouvements rebelles, par exemple. En 2007, l’État nigérien, bien avant le coup d’État, avait expulsé Dominique Pin, directeur général d’Areva au Niger, à qui il reprochait d’avoir financé les rebelles touareg du MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice) en vue de « protéger le site de prospection d’uranium d’Imouraren ». Dans ce cas de figure, Orano n’était pas une cible ou une victime mais plutôt une bénéficiaire des services du mouvement rebelle en échange de financements en sa faveur. D’après Youssoufou Hamadou Daouda (auteur de « Responsabilité sociétale des multinationales en Afrique Subsaharienne : enjeux et controverses, cas du groupe AREVA au Niger» Volume 14, numéro 1, mai 2014, Université du Québec à Montréal et Éditions en environnement VertigO), « ce soupçon est renforcé à la suite du ralliement au MNJ d’un officier de l’armée nationale préalablement recruté pour assurer la sécurité des sites d’Orano et ayant perçu de la part du groupe environ 85 000 euros ».

Par la suite, une meilleure formule avait été trouvée. Celle-ci consistait à confier la sécurité du site à une société de conseil, Épée, dirigée par un ancien officier supérieur français flanqué d’un ancien officier supérieur nigérien. Même si la société Épée n’a pas empêché la prise d’otage des employés d’Orano par Al Qaida au Maghreb islamique en 2010, sa constitution a permis d’être en conformité avec les attentes de l’État nigérien.

Le déficit français

Du fait du harcèlement politique et militaire constant de l’Élysée et du refus d’Orano de prendre en compte sa responsabilité sociale et environnementale, la France vient de perdre un partenaire minier important pour sa filière d’énergie atomique. L’uranium nigérien prend chaque jour de la valeur sur un marché international en tension. Le convoi Madmax de la propagande anti-nigérienne ne prendra pas la route de l’enfer pavée des embuscades djihadistes mais sans doute plutôt l’avion. Comme dans une guerre de position du passé, le président Macron croit avoir bloqué la sortie libyenne, après celle du Togo. Mais Framatome le rappellera à l’impératif de la production électrique tant EDF dépend du russe Rosatom pour la production de combustible comme pour le traitement des déchets, qu’Orano ne peut plus assurer. 

La campagne dénigrant la nationalisation de la Somaïr a martelé que la France n’avait pas besoin de l’uranium du Niger. C’est sans doute vrai. Mais il va falloir acheter l’uranium d’autres pays beaucoup plus cher. Le gouvernement du Niger semble désormais jouer le droit et Orano pourra enlever les tonnes qui lui reviennent au prorata de ses parts avant nationalisation. Il est peu probable qu’il s’en contente. 

Le ministre de la justice du Niger, dans le fil du droit à réparation pour lequel militent Lomé et Alger, va demander que les années de spoliation sur les prix et les impôts soient prises en compte. Areva et Orano ont longtemps acheté une partie de la vieille classe politique nigérienne avec des contrats de fournitures et des sous-traitances. En contrepartie, toute tentative de réévaluer la redevance ou de faire payer l’impôt sur les sociétés était combattue par Paris, son ambassade à Niamey et ses alliés locaux. Ce modèle colonial s’est effondré et une nouvelle gouvernance des ressources naturelles du Niger s’esquisse dans un cycle haussier des matières premières énergétiques et critiques que se disputent les États-Unis et la Chine. La France, malgré ses gesticulations autour de l’Alliance des États du Sahel, y comptera peu.

 

 

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France/Rwanda : le rapport Duclert sous le feu des critiques https://mondafrique.com/international/france-rwanda-le-rapport-duclert-sous-le-feu-des-critiques/ https://mondafrique.com/international/france-rwanda-le-rapport-duclert-sous-le-feu-des-critiques/#respond Tue, 24 Feb 2026 05:26:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147559 Commandé en 2019 par Emmanuel Macron, le rapport de la Commission Duclert visait à faire la lumière, à partir des archives françaises, sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. Remis en mars 2021, il a conclu à des « responsabilités lourdes et accablantes », tout en écartant toute complicité intentionnelle. […]

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Commandé en 2019 par Emmanuel Macron, le rapport de la Commission Duclert visait à faire la lumière, à partir des archives françaises, sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. Remis en mars 2021, il a conclu à des « responsabilités lourdes et accablantes », tout en écartant toute complicité intentionnelle. Cinq ans plus tard, la controverse reste vive.

L’association belge Jambo, qui réunit des exilés rwandais, vient de publier une synthèse réunissant l’ensemble des critiques adressées à ce rapport. Le document, que l’on peut retrouver ici, ne constitue pas une étude des événements, mais un recensement argumenté des objections formulées par différents chercheurs, analystes et observateurs. Il met en lumière des désaccords méthodologiques, politiques et interprétatifs, et appelle à un débat plus large sur la manière d’écrire cette histoire sensible.

Une méthode jugée trop étroite

Premier point de discussion : le périmètre du travail confié à la Commission. Le mandat présidentiel prévoyait un accès élargi aux archives françaises. Pour les critiques recensées, ce choix constitue à la fois une avancée et une limite. Une avancée, car l’ouverture de fonds longtemps inaccessibles a permis d’étayer le débat. Une limite, car l’enquête est restée centrée presque exclusivement sur des sources françaises.

Plusieurs observateurs estiment qu’une analyse intégrant systématiquement des archives étrangères rwandaises, belges, onusiennes ou américaines aurait permis de replacer l’action française dans un cadre international plus large. La question soulevée n’est pas seulement celle de la quantité des sources, mais celle de la pluralité des points de vue.

La composition de la Commission fait également débat. Certains critiques jugent que ses membres ne représentaient pas suffisamment la diversité d’expertises nécessaires, notamment en matière d’histoire des Grands Lacs ou d’étude comparée des génocides.

Autre réserve : le risque d’une lecture rétrospective. À la lumière des connaissances actuelles sur le génocide, certaines décisions françaises prises avant 1994 peuvent apparaître sous un jour particulièrement grave. Des analystes mettent en garde contre une interprétation qui attribuerait aux responsables de l’époque une capacité d’anticipation totale des événements à venir. Le débat porte donc autant sur la méthode historique que sur les faits eux-mêmes.

Reconnaissance des responsabilités et contexte diplomatique

Sur le fond, la ligne adoptée par le rapport continue de diviser. En reconnaissant des responsabilités « lourdes et accablantes » tout en écartant la complicité, la Commission a cherché à établir une distinction entre responsabilité politique et intention criminelle. Pour certains, cette nuance est juridiquement et historiquement justifiée. Pour d’autres, elle traduit un équilibre délicat entre reconnaissance morale et prudence institutionnelle.

La synthèse évoque aussi le contexte diplomatique dans lequel le rapport a été élaboré et rendu public. Au moment de sa publication, la France et le Rwanda étaient engagés dans un processus de normalisation de leurs relations. Plusieurs commentateurs s’interrogent : un travail historique commandé par l’exécutif peut-il être totalement indépendant des enjeux politiques du moment ? Sans accuser explicitement la Commission d’instrumentalisation, les critiques rappellent que toute initiative de ce type s’inscrit dans un environnement stratégique.

Enfin, certains estiment que la focalisation sur la France tend à reléguer au second plan d’autres responsabilités  celles d’acteurs internationaux ou les dynamiques internes rwandaises. L’enjeu n’est pas, écrivent-il, de diluer les responsabilités françaises, mais d’éviter une lecture trop univoque d’un drame complexe.

En définitive, la synthèse publiée par Jambo France montre que le rapport Duclert n’a pas clos le débat. Il reste au cœur d’une controverse où se mêlent exigences scientifiques, mémoire des victimes et considérations diplomatiques.

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Série Epstein-Afrique (5). Le Nigeria comme terrain de jeu https://mondafrique.com/international/serie-epstein-afrique-5-le-nigeria-comme-terrain-de-jeu/ https://mondafrique.com/international/serie-epstein-afrique-5-le-nigeria-comme-terrain-de-jeu/#respond Mon, 23 Feb 2026 05:00:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147468 Pendant plus d’une décennie, le délinquant planétaire, allié à l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, a transformé l’instabilité provoquée par Boko Haram en opportunité commerciale. Avec Bill Gates, il s’est invité dans la stratégie vaccinale du pays. Dans les deux cas, les documents de la justice américaine révèlent un cynisme et un racisme décomplexés. Boko […]

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Pendant plus d’une décennie, le délinquant planétaire, allié à l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, a transformé l’instabilité provoquée par Boko Haram en opportunité commerciale. Avec Bill Gates, il s’est invité dans la stratégie vaccinale du pays. Dans les deux cas, les documents de la justice américaine révèlent un cynisme et un racisme décomplexés.

Boko Haram, une aubaine !

Le partenariat entre Barak et Epstein remonte au début des années 2000. Plus de quinze ans de relation personnelle et professionnelle, des investissements communs, des voyages et une méthode rodée : utiliser l’instabilité comme porte d’entrée commerciale.

Au Nigeria, le prétexte est la sécurité. Dès 2012-2013, Barak organise des voyages en Afrique de l’Ouest sous couvert de projets médicaux, de construction d’hôpitaux et de centres de diagnostic. En coulisses, il s’agit plutôt de négociations sécuritaires. Une conférence de cybersécurité à Abuja servira de décor pour rencontrer le Président de l’époque, Goodluck Jonathan. Comme à Abidjan à la même époque, il s’agit d’introduire les technologies de surveillance israéliennes, présentées ici comme des solutions à l’insurrection djihadiste.

La Palestine, terrain d’expérimentation

Les entreprises israéliennes qu’Epstein et Barak font entrer au Nigeria ont un argument de vente particulier : leurs technologies sont éprouvées sur le terrain. Comprendre : testées contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie. Le système biométrique utilisé au point de passage d’Erez pour la reconnaissance faciale et la mesure des mains des Palestiniens est ainsi proposé au gouvernement nigérian. Elbit Systems décroche un contrat de surveillance internet de 40 millions de dollars. Des systèmes biométriques sont installés dans des universités nigérianes, dont Babcock, sous couvert de monitoring sécuritaire. Le parlement nigérian s’oppose à certains de ces contrats, mais les autorités nigérianes passent outre.

En 2014, le nord du Nigeria brûle sous les attaques de Boko Haram. A Chibok, des centaines de lycéennes sont enlevées. Epstein écrit alors à Barak : « Avec les troubles civils qui explosent et le désespoir de ceux au pouvoir, n’est-ce pas parfait pour toi ? ». L’ancien Premier ministre israélien lui répond froidement : « Tu as raison dans un sens. Mais ce n’est pas simple de transformer ça en flux de trésorerie. »

En 2020, des associés de Barak contribuent à un projet financé par la Banque mondiale pour les infrastructures du Nigeria. La lutte contre Boko Haram a fait son office : elle a ouvert des portes commerciales dans le pétrole, les ports, la logistique. Le scénario est bien rodé : Barak apporte ses connexions, Epstein son carnet d’adresses. Depuis la publication des documents, Barak a exprimé des regrets bien dérisoires, les faits parlent d’eux-mêmes et resteront dans l’histoire.

« Des bougies et des miroirs »

Barak et Epstein ont fait du Nigeria un marché ; Gates et Epstein en ont fait un laboratoire. En mars 2013, Boris Nikolic, conseiller scientifique en chef de Bill Gates, échange une série d’e-mails avec Jeffrey Epstein. Leur sujet : la résistance des populations du nord du Nigeria aux vaccins antipolio de la Fondation Gates. La méfiance des populations n’est pas irrationnelle. Elle s’enracine au contraire dans un traumatisme bien réel. Dans les années 1990, dans la région de Kano, le laboratoire pharmaceutique Pfizer avait utilisé des enfants nigérians comme cobayes pour tester illégalement un médicament contre la méningite, le Trovan. Résultats : au moins onze morts et de nombreux autres enfants survivant avec de terribles séquelles, sourds, aveugles, paralysés ou encore avec des lésions cérébrales.

Epstein et NiKolic n’ont que faire de ce contexte. Pour outrepasser les craintes légitimes des populations nigérianes, le premier propose au second une solution : « Si Gates veut obtenir leur consentement, il a besoin de bougies et de petits miroirs, comme les Américains l’ont fait avec leurs Indiens. » Des propos qui laissent sans voix. La réponse de Nikolic est plus révélatrice encore. Le conseiller scientifique de la plus grande fondation de santé au monde écrit à un financier condamné pour crimes sexuels, sans aucune expertise en santé publique : « Je préfère solliciter votre opinion plutôt que celle de 1 000 experts mondiaux de la santé. » La Fondation Gates finance l’OMS. Epstein, lui, fourni la Fondation Gates en idées. La boucle est bouclée.

Le projet Molécule

La relation entre Epstein et l’écosystème Gates dépasse largement quelques échanges d’e-mails. En février 2011, la banque JPMorgan cherche à concevoir un fonds philanthropique de 150 millions de dollars pour Bill Gates. Pour ce faire, elle consulte Epstein, pas Gates. Epstein livre un plan clé en main incluant une branche offshore dédiée aux vaccins. Trois jours plus tard, un texte de 14 pages, le « Projet Molecule » est publié, avec le nom de Gates dans le titre.

Comme Barak, Gates se confond en regret, en précisant que leurs rencontres visaient à mobiliser des ressources pour la santé mondiale. La Fondation Gates a confirmé qu’aucune collaboration formelle n’avait abouti. Mais la question n’est pas celle-ci. Comment un homme déjà condamné en 2008 pour crimes sexuels pouvait-il peser sur la stratégie vaccinale en Afrique au point que le conseiller scientifique de Gates préférait son opinion à celle de mille experts ? 

Plus on se plonge dans ces dossiers, plus la sidération est totale. Chaque document révèle un peu plus l’étendue d’un système où la prédation, le cynisme et le racisme coexistaient paisiblement au sommet du monde.

Références :

L’email central (2014) Documents DOJ publiés par le US House Oversight Committee, repris et analysés par Drop Site News et Daily Trust. Email Epstein→Barak : « isn’t this perfect for you » / réponse Barak : « not simple to transform it into a cash flow. »
Le contrat Elbit Systems Documents DOJ, analysés par Daily Trust (dailytrust.com, investigation publiée début 2026) : contrat de surveillance internet de 40 millions de dollars accordé à Elbit Systems malgré l’opposition du parlement nigérian, consécutif à la conférence de cybersécurité d’Abuja en 2013.
Le volet DP World/ports Correspondances de 2018 publiées par le DOJ, analysées par Al Quds English (alquds.com) : échanges entre Epstein, Sultan Ahmed bin Sulayem (chairman DP World, depuis démis de ses fonctions) et des officiels du fonds souverain nigérian sur les ports de Lagos et Badagry.

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Du discours à la réalité : contradictions françaises sur le financement du Fonds mondial. https://mondafrique.com/international/du-discours-a-la-realite-contradictions-francaises-sur-le-financement-du-fonds-mondial/ https://mondafrique.com/international/du-discours-a-la-realite-contradictions-francaises-sur-le-financement-du-fonds-mondial/#respond Sat, 21 Feb 2026 05:49:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147465 La France devrait cette année, pour la première fois, diminuer sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Cette décision souligne le fossé grandissant entre ses déclarations officielles en faveur du multilatéralisme sanitaire et la réalité de ses engagements financiers. Mondafrique reproduit ici un article écrit pour The […]

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La France devrait cette année, pour la première fois, diminuer sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Cette décision souligne le fossé grandissant entre ses déclarations officielles en faveur du multilatéralisme sanitaire et la réalité de ses engagements financiers.

Mondafrique reproduit ici un article écrit pour The Conversation par Stéphanie Tchiombiano. 

Malgré une forte mobilisation des ONG et des acteurs de la santé mondiale, le gouvernement français devrait diminuer de 58 % sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, provoquant l’effroi général du monde du VIH. Le financement trisannuel français passerait de 1‚6 milliard d’euros à 660 millions d’euros jusqu’en 2028.

Cette décision s’inscrit dans un double contexte de diminution continue de l’aide publique au développement de la France depuis 2023 et de baisse drastique des financements de la santé mondiale depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump (quasi-suppression de l’Agence des États-Unis pour le développement international USAID, fin du financement à Gavi, l’Alliance du vaccin, retrait de 66 organisations internationales dont l’Organisation mondiale de la santé, OMS, et des accords de Paris). Jusqu’alors, les États-Unis représentaient le tiers de l’aide publique internationale en matière de santé.

Certes, quelques pays comme l’Espagne ou le Luxembourg ont augmenté leur contribution au Fonds mondial, mais ces efforts restent très insuffisants pour compenser le retrait partiel des financeurs historiques : États-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne.

Les ressources du Fonds mondial sont en effet très concentrées : près de 33 % provenaient jusqu’alors des États-Unis, une part comparable de l’Union européenne, et environ 40 % si l’on inclut le Royaume-Uni. Dans ce contexte, la décision française constitue un signal politique fort, aux conséquences multiples : pour les populations des pays bénéficiaires avant tout, pour le Fonds mondial lui-même, mais aussi pour la place de la France dans la gouvernance mondiale de la santé.

 

Un désengagement en rupture avec une histoire politique

La décision est d’autant plus marquante que la France a été, depuis la création du Fonds mondial en 2002, l’un de ses soutiens les plus constants. Elle n’avait jusqu’ici jamais diminué sa contribution. Premier contributeur public européen et deuxième mondial, la France a cumulé près de 9,5 milliards d’euros de promesses de dons en vingt-cinq ans. Depuis 2011, une partie de cet engagement finance également L’Initiative, facilité complémentaire qui fournit des assistances techniques et des financements additionnels destinés à renforcer l’impact des programmes du Fonds mondial sur le terrain.

Au-delà des montants, cet engagement relevait d’un choix politique. La France s’est longtemps positionnée comme un acteur important de la santé mondiale, défendant l’idée d’une nécessaire solidarité mondiale en matière de santé, et déclarant notamment que certains produits de santé devaient être considérés comme des biens communs mondiaux, depuis le discours de Jacques Chirac sur l’accès aux antirétroviraux en 1997 jusqu’aux discours d’Emmanuel Macron à propos des vaccins contre le Covid-19.

La lutte contre le sida constitue l’un des principaux « marqueurs » de son action internationale. La baisse de la contribution française rompt donc avec une continuité historique et affaiblit une symbolique politique forte, notamment vis-à-vis des pays à revenu limité et des partenaires européens.

Le Fonds mondial, une organisation pas comme les autres

Ce désengagement interroge d’autant plus que le Fonds mondial n’est pas une organisation internationale ordinaire. Dans les pays où il a investi, les décès liés au sida ont été réduits d’environ 74 % entre 2002 et 2024 et on sait aujourd’hui à quel point les progrès liés aux maladies infectieuses ont contribué à l’augmentation de l’espérance de vie mondiale, grâce. Ces acquis restent toutefois fragiles : l’histoire des épidémies montre à quel point les reculs sont rapides lorsque les financements se tarissent.

Sur le plan institutionnel, le Fonds mondial incarne une forme originale de gouvernance. Il ne dispose pas de représentations nationales, fonctionne sur une gouvernance hybride associant États, ONG et secteur privé, et redistribue une partie du pouvoir décisionnel au niveau des pays, à travers les Country Coordinating Mechanisms. Si ses marges d’améliorations sont encore grandes, il constitue ainsi un modèle singulier entre souveraineté des États et gouvernance globale, dans un moment historique d’appel à la décolonialisation de la santé mondiale. Son approche communautaire, intégrant les organisations de la société civile et les personnes concernées, met également au cœur de l’action les droits humains – une dimension aujourd’hui directement menacée par la contraction des ressources et l’offensive idéologique états-unienne.

Dans ce contexte, la baisse généralisée des contributions révèle un affaiblissement silencieux de la solidarité internationale en santé et une fragilisation du multilatéralisme au profit de logiques plus transactionnelles (on pense évidemment à la nouvelle « America First Global Health Strategy » et à toutes les conventions bilatérales que les États-Unis sont en train de signer avec des États africains. Le débat dépasse largement la question budgétaire : il met en lumière des arbitrages politiques et une redéfinition du rôle de l’État donateur. Le gouvernement français utilise quasi textuellement les mêmes mots que Donald Trump : la politique de la France doit dorénavant « répondre davantage à ses valeurs et à ses intérêts ». Mais l’intérêt même de la France n’est-il pas justement de financer le Fonds mondial ?

Une erreur sanitaire aux effets globaux

Sur le plan sanitaire, les risques sont bien documentés. Cette diminution s’ajoute aux réductions massives des programmes bilatéraux américains (tels que les programmes présidentiels de lutte contre le sida, PEPFAR ou le paludisme, PMI), et menacent d’inverser des progrès durement acquis. Selon une étude du Lancet, les progrès réalisés contre le VIH, la tuberculose et le paludisme sont conditionnés à un financement conséquent et durable, et risquent de s’effriter rapidement si les investissements sont insuffisants dans les prochaines années.

Les pays à revenu faible ou intermédiaire, en particulier en Afrique qui concentre près des deux tiers de l’épidémie mondiale de VIH, sont les premiers concernés. Le modèle communautaire, pilier de l’efficacité des réponses aux trois maladies, est directement fragilisé. En l’absence de sursaut des autres acteurs, les chercheurs du Barcelona Institute for Global Health estiment que plus de 22,6 millions de décès supplémentaires pourraient survenir d’ici à 2030 dans les pays à faible et moyen revenu du fait de la baisse concomitante des aides américaines, britanniques, allemandes et françaises en matière de santé.

Mais les pays riches ne sont pas à l’abri. La reprise des épidémies ailleurs a des effets globaux : le VIH progresse désormais davantage hors d’Afrique, notamment en Europe de l’Est, en Asie centrale et au Moyen-Orient ; la tuberculose, y compris multirésistante, réapparaît en France.

Par ailleurs, ce désengagement intervient paradoxalement à un moment d’innovations majeures, comme la PrEP injectable de longue durée ou les nouveaux vaccins contre le paludisme, qui pourraient transformer durablement la santé mondiale à un coût relativement maîtrisé.

Un signal politique préoccupant

Au-delà de la santé, la baisse de la contribution française révèle un désalignement croissant entre le discours en faveur des biens publics mondiaux et les pratiques budgétaires. Elle affaiblit l’influence diplomatique et normative de la France, ainsi que son soft power en santé mondiale.

Le financement du Fonds mondial n’est effectivement pas un simple transfert financier : c’est un acte de politique étrangère. Il conditionne la capacité à peser sur les orientations stratégiques, à construire des coalitions et à défendre un multilatéralisme normatif face à des logiques plus bilatérales. Pour une puissance moyenne comme la France, l’investissement dans le multilatéralisme – et plus spécifiquement dans la santé, domaine dans lequel elle dispose d’une expertise reconnue – constitue un levier central d’influence internationale.

C’est ce qu’on appelle en science politique la « diplomatie de niche » : les puissances moyennes ont tout intérêt à concentrer leur attention sur les domaines dans lesquels elles disposent d’un niveau élevé de ressources et de réputation, en mettant l’accent sur leur leadership technique et leur rôle de facilitateur dans les négociations internationales ou la formation de coalitions.

Un révélateur des transformations en cours

La baisse de la contribution française au Fonds mondial apparaît ainsi comme un arbitrage révélateur : contraintes budgétaires, priorisation accrue, passage d’une solidarité politique à une solidarité conditionnelle et instrumentalisée. Elle pose une question fondamentale : que reste-t-il du multilatéralisme lorsque même les instruments sur lesquels un État a le plus investi deviennent des variables d’ajustement ?

Au-delà de la santé mondiale, cette décision engage la crédibilité de la France dans la gouvernance globale. Elle marque une occasion manquée de montrer que, dans un contexte de crises multiples, certains pays restent des partenaires fiables. Le débat sur le Fonds mondial devient ainsi un test politique majeur du rapport de la France au multilatéralisme – et de la solidité de ses engagements dans la tempête.

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Les États-Unis veulent régler le conflit du Sahara occidental à tout prix https://mondafrique.com/international/les-etats-unis-veulent-regler-le-conflit-du-sahara-occidental/ Thu, 19 Feb 2026 05:30:00 +0000 https://mondafrique.com/?p=147295   Les 8 et 9 février, les États-Unis ont réuni à Madrid le Front Polisario, le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie pour débloquer le règlement du conflit sur le Sahara Occidental, sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc. Les Marocains sont en position de force, mais les conditions d’un accord opérationnel ne […]

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Les 8 et 9 février, les États-Unis ont réuni à Madrid le Front Polisario, le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie pour débloquer le règlement du conflit sur le Sahara Occidental, sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc. Les Marocains sont en position de force, mais les conditions d’un accord opérationnel ne sont pas, pour autant, forcément réunies. Riccardo Fabiani, directeur du programme Afrique du Nord-Moyen Orient d’International Crisis Group, décrypte pour Mondafrique les enjeux de cette réunion. 

Par Selim Jaziri

La réunion au niveau ministériel qui s’est tenue dans les locaux de l’ambassade américaine à Madrid aurait dû rester secrète. Elle était présidée par Massad Boulos, le conseiller spécial de Donald Trump pour les questions arabes et africaines, en présence de Staffan de Mistura, l’envoyé du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental.

Cette rencontre avait pour but de relancer le processus de règlement du conflit qui oppose le Maroc et le Front Polisario sur le statut du Sahara occidental depuis le retrait espagnol en 1976. Rabat revendique sa pleine souveraineté sur ce territoire au nom de liens historiques. Pour le Polisario, soutenu par l’Algérie – protagoniste pleinement engagé dans le contentieux, il s’agit d’un territoire colonisé ayant vocation à l’indépendance. Alors qu’Alger estime qu’il s’agit d’un conflit de décolonisation dont l’issue doit être négociée entre le Maroc et les représentants sahraouis, les Marocains entendent le traiter comme une question de sécurité régionale entre les quatre parties prenantes (la Mauritanie a renoncé à sa souveraineté sur la partie méridionale de l’ancien Sahara espagnol au profit du Polisario en août 1979, avant que celle-ci ne soit annexée par le Maroc). L’approche de Rabat a donc fini par s’imposer.

25 ans de statu quo

Le statu quo perdure depuis un cessez-le-feu négocié sous l’égide des Nations unies en 1991. Le Maroc contrôle de facto près de 80 % du territoire et le Polisario la partie orientale, tandis qu’un dispositif de sécurité, le « mur de sable », sépare les deux zones et qu’une force onusienne, la MINURSO, veille au respect du cessez-le-feu. L’Algérie abrite environ 175 000 réfugiés dans le camp de Tindouf.

Le plan de règlement onusien fondé sur le principe d’autodétermination prévoyait la tenue d’un référendum pour donner le choix à la population du territoire entre l’indépendance et l’intégration à l’État marocain. Mais le projet butte depuis plus de 30 ans sur la question de la définition du corps électoral. En 2002, le roi Mohamed VI a estimé que le référendum était impraticable et depuis 2007, le Maroc a mis sur la table un projet d’autonomie régionale sous souveraineté marocaine.

Pour sortir du statu quo, une première rencontre quadripartite a eu lieu en 2019 dans le cadre des Nations unies. Elle a tourné court après le retrait du Polisario qui estimait les discussions biaisées en faveur du Maroc. L’impasse diplomatique a poussé une partie du mouvement sahraoui à relancer la voie militaire. L’escalade a été contenue malgré une série d’incidents fin 2020, mais une crise ouverte a éclaté en juillet 2021 entre Rabat et Alger, aboutissant à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays et à une course aux armements.

Un consensus diplomatique en faveur du Maroc

Ces dernières années, le Maroc a engrangé les soutiens diplomatiques, notamment celui des États-Unis qui a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental en contrepartie du ralliement de Rabat aux accords d’Abraham et de la normalisation des relations avec Israël, le 22 décembre 2020. Par la voix d’Emmanuel Macron, la France a estimé en juillet 2024 que « l’autonomie sous souveraineté marocaine est le cadre dans lequel cette question doit être résolue ».

La résolution 2797 votée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 31 octobre 2025 entérine le plan d’autonomie présenté par le Maroc comme la base de règlement la plus crédible. Depuis, la diplomatie américaine s’active pour ajouter la fin du conflit sahraoui au palmarès de « faiseur de paix » de Donald Trump. C’est dans cette perspective qu’a été organisée la rencontre de Madrid, dont le cadre a été limité par Massad Boulos à la mise en œuvre de la résolution 2797 et du plan d’autonomie marocain.

Forte pression exercée sur Alger et le Polisario 

Mondafrique : Comment expliquer que l’Algérie et le Polisario acceptent de prendre part à une rencontre dont le format quadripartite et la base de discussion vont à l’encontre de ce qu’ils ont toujours défendu ?

Riccardo Fabiani : Pour ce qui concerne le Front Polisario, dont il faut souligner la dépendance matérielle à l’égard de l’Algérie, il faut noter qu’il refuse de parler de « processus de négociation », mais préfère le mot « discussion ». Cette subtilité sémantique signifie qu’il entend maintenir une distance et ne pas s’engager dans une négociation sur des bases qu’il désapprouve. En réalité, il est surtout sous la menace d’un projet de loi déposé au Congrès américain en septembre 2025 qui vise à le classer comme organisation terroriste.

Quant à l’Algérie, elle a été soumise à une pression intense de la part des États-Unis. Massad Boulos s’est rendu deux fois à Alger durant les quatre derniers mois. L’Algérie doit tenir compte de son isolement croissant : elle est en crise diplomatique avec le Maroc, la France, le Mali. Son influence est en recul au Sahel, ses relations sont difficiles avec l’Europe en général. Elle se sent encerclée par ses ennemis : Israël est littéralement à sa frontière via le Maroc, les relations se sont dégradées avec la Russie depuis l’implantation des milices Wagner au Sahel et en Libye. Elle est en crise ouverte avec les Émirats arabes unis, etc.

Dans ces conditions, ce serait catastrophique pour l’Algérie d’entrer en crise avec les États-Unis, qui restent bien évidemment la puissance principale dans le monde et dans cette région. Le calcul algérien, depuis l’élection de Donald Trump, a été de rester engagé avec l’administration américaine pour la convaincre de ne pas s’aligner complètement sur le Maroc. Elle a conclu, en mai 2025, un mémorandum d’entente avec les États-Unis pour accroître la coopération en matière de défense et adopté, en juin 2025, une loi autorisant les sociétés étrangères à détenir jusqu’à 80 % des parts dans les projets miniers, pour attirer les investisseurs américains.

Mais l’Algérie est également sous la menace de sanctions américaines en vertu de la loi CAATSA (Countering America’s adversaries through sanctions Act), après avoir passé commande de 12 chasseurs et de 14 bombardiers russes. Dans ces conditions, ni l’Algérie ni le Polisario ne sont plus en mesure d’imposer leurs conditions.

Riccardo Fabiani.

Le cadre des Nations unies mis de côté

Mondafrique : L’autre élément significatif de cette rencontre n’est-il pas la mise à distance du cadre des Nations unies par les États-Unis ?

R.F. : L’engagement américain est effectivement la principale nouveauté de cette période. Depuis plus de vingt ans, ils s’étaient désengagés du conflit. Il est évident qu’ils ne croient plus du tout aux Nations unies et au multilatéralisme. On le voit avec le  «Conseil de paix» pour Gaza, qui semble avoir pour vocation d’élargir sa compétence à d’autres situations. On le voit aussi en Libye, où Massad Boulos s’efforce d’obtenir une réunification économique puis politique du pays, en contournant complètement l’ONU.

Dans le cas du Sahara, Staffan de Mistura a été invité. Américains et ONU sont censés mener conjointement les négociations. Mais la vérité, c’est que ce sont les États-Unis qui mènent réellement le jeu. De leur point de vue, et on ne peut pas leur donner tort, rien n’a avancé depuis plus de trente ans, ils sont convaincus qu’il faut tenter des approches diplomatiques complètement différentes par rapport au passé.

Mondafrique : Ce processus peut-il réussir là où l’ONU a échoué ?

R.F. : Les dirigeants du Polisario sont conscients des contraintes, mais les réfugiés, les jeunes Sahraouis, sont sur une ligne beaucoup plus radicale. Ils comprennent le besoin d’une diplomatie, les menaces de Washington, mais ils sont hostiles à une négociation sur la base proposée par le Maroc. Bachir Mostafa Saïd, le frère du fondateur du Polisario, qui est le représentant de l’opposition à la direction du Polisario, a publié un article à la veille de la réunion de Madrid pour critiquer complètement cette approche. Il estime que le Polisario est en train de céder aux pressions de l’administration Trump, mais qu’il n’a rien à y gagner. Comment imaginer que le Polisario puisse accepter l’autonomie alors que l’écrasante majorité des réfugiés y est opposée ?

Pour les Sahraouis, il y a une ligne rouge : ils sont disposés à participer à n’importe quel processus parrainé par les Américains, à discuter de l’autonomie, mais ils ne renonceront pas à un référendum qui inclut l’option de l’indépendance. Pour les Marocains, l’idée d’un référendum limité au peuple sahraoui qui mentionne l’option de l’indépendance est tout aussi inacceptable.

Dès lors, je vois deux scénarios. Le premier, c’est que les Sahraouis et les Algériens restent engagés dans ce processus à cause de la pression américaine, mais fassent durer les négociations en entrant dans des discussions extrêmement détaillées et extrêmement complexes pour retarder le moment d’un accord et de l’heure de vérité. Le second scénario, c’est que Donald Trump commence à faire pression directement sur les Algériens, le Polisario et les Marocains pour aboutir à un accord avant le mois de mai. Mais la question, ce serait alors l’opérationnalisation d’un accord obtenu dans telles conditions. On court le risque de déclencher une révolte dans les camps de réfugiés, potentiellement aussi de violence, donc de divisions au sein du Polisario, de l’apparition de nouveaux mouvements…

Vers un rapport de force frontal

Mondafrique : Que pourrait concéder le Maroc pour tenter d’amener le Polisario et l’Algérie à un accord acceptable ?

R.F. : De toutes mes conversations avec les responsables marocains, j’ai compris qu’ils ne sont pas intéressés du tout par un compromis avec l’Algérie et le Polisario, et que les conséquences de l’imposition du plan d’autonomie sur la stabilité de l’Algérie et les risques de violence dans les camps des réfugiés, ce n’est pas leur problème. Leur priorité, c’est de garder cette relation privilégiée avec les États-Unis.

Leur objectif n’est pas d’aboutir à un accord mais de bâtir une coalition de pays qui soutiennent le plan de l’autonomie et reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara pour ensuite faire voter par l’Assemblée générale des Nations unies le retrait du Sahara occidental de la liste des territoires non autonomes. À partir de là, légalement, il n’y a plus de conflit et ils auront les mains libres pour imposer leur plan.

Mondafrique : Au risque d’une nouvelle escalade militaire avec l’Algérie ?

R.F. : En réalité, ils n’ont pas peur d’une confrontation militaire parce qu’en cas de reprise des affrontements, les forces marocaines sont certaines d’avoir l’appui des États-Unis, d’Israël, de la France…

Et surtout, ils sont convaincus qu’à cause de ces rapports de force, l’Algérie ne s’engagera jamais dans une confrontation militaire et donc qu’ils ont assez de soutien diplomatique pour la forcer à accepter cette nouvelle situation.

Mondafrique : Avant d’en arriver là, que sait-on du résultat de la rencontre de Madrid ?

R.F. : C’est un peu un mystère parce que les négociateurs ont reçu la directive très claire de la part des Américains de garder le silence pour minimiser le risque d’interférences et de pressions à travers la presse de la part des bases respectives du Polisario, de l’Algérie et du Maroc. C’était une réunion préliminaire. Les détails de cette première réunion restent donc impossibles à connaître.

Ce qu’on sait, c’est qu’il n’y a pas eu d’accord, ni même de consensus. On a parlé de la formation d’un comité technique qui travaillerait sur un accord cadre qui serait ensuite approuvé à Washington au mois de mai… Mais apparemment, c’est plutôt une spéculation de la part de la presse marocaine.

 

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