Côte d’Ivoire, il faut sauver le soldat Tidjane Thiam

Que ce soit dans l’Hexagone où il a ses entrées, particulièrement chez le président français Emmanuel Macron, ou dans son pays où ses partisans dénoncent la tenue d’un procès visant à l’évincer de son poste de président, l’objectif affiché est de sauver le soldat Tidjane Thiam.

Correspondance à Abidjan, Bati Abouè

Selon la dernière publication d’Africa Intelligence, Emmanuel Macron serait plutôt favorable à ce que l’opposant Tidjane Thiam soit éligible à la prochaine élection présidentielle prévue le 25 octobre prochain. En fait, si le président français joue les activistes sur ce sujet, c’est bien parce que l’ancien directeur général du Crédit Suisse n’est plus ivoirien à titre exclusif au sens de l’article 55 de la constitution ivoirienne.

En 1987, Tidjane Thiam avait en effet pris la nationalité française pour avoir une carrière internationale rêvée après son passage à la prestigieuse école française de Polytechnique. Il prend alors successivement la tête de l’ex-Crédit Suisse, puis de Prudential avant de prendre, en 2020, les rênes du Conseil d’administration du Rwanda Limited, une agence gouvernementale chargée du développement et de la promotion du Kigali International Financial Centre (KIFC).

Ce n’est qu’en 2023 qu’il revient en Côte d’Ivoire. C’est aussi cette année-là que Tidjane Thiam prend la tête du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, le principal parti d’opposition, à la mort de son chef Konan Bédié le 2 août. Mais après un an d’exercice, l’opposant a été finalement rattrapé par sa nationalité française. Alors en février 2025, il annonçait une procédure de renoncement pour redevenir exclusivement ivoirien.

En mars, il perd en effet la nationalité française mais doit, pour être à nouveau ivoirien à titre exclusif, faire une demande en réintégration de la nationalité ivoirienne dont l’issue dépend d’Alassane Ouattara qui a d’ores et déjà écarté Laurent Gbagbo en tirant profit de ses démêlées judiciaires et en refusant de lui faire bénéficier une loi d’amnistie.

Un aveu de non validité

Mais pour Tidjane Thiam, la procédure de renoncement à la nationalité française engagée dès le 7 février 2025 sonne comme un aveu que son élection à la présidence du PDCI n’a pas respecté les statuts et règlements qui commandent que le candidat à la présidence du parti soit tout aussi ivoirien à titre exclusif. Ce qui n’était pas le cas de Thiam en 2023.

Ainsi, pour revenir dans le jeu, le président du PDCI choisit de compter sur les pressions extérieures et notamment celles d’Emmanuel Macron avec qui Tidjane Thiam aurait un profond lien d’amitié. Selon Africa Intelligence, le président français aurait néanmoins pris soin de ne pas évoquer le sujet Thiam lors de ses échanges avec le président ivoirien Alassane Ouattara qui est revenu, il y a seulement quelques jours, de son dernier séjour parisien.

En revanche, il préfère s’appuyer sur la médiation de l’ancien président sénégalais Macky Sall pour que Tidjane Thiam puisse candidater lors de la prochaine élection présidentielle prévue pour le 25 octobre. Le sénégalais ne manque pas d’arguments. Outre la vive tension qui règne en Côte d’Ivoire autour du processus électoral, la damnation de l’ex-directeur général du Crédit Suisse ne ferait que ressortir l’hydre de l’ivoirité qui avait autrefois justifié, au début des années 2000, une guerre civile entre les partisans d’Alassane Ouattara et ceux de Laurent Gbagbo, puis une crise postélectorale meurtrière qui a officiellement causé la mort de 3000 personnes.

La gêne du président Ouattara

Alors le 28 mars, l’ancien président sénégalais se serait discrètement rendu dans la résidence d’Alassane Ouattara à Mougins (Alpes-Maritimes) pour évoquer ce sujet avec lui. Mais selon Africa Intelligence, les demandes de Macron auraient causé une certaine gêne chez Alassane Ouattara qui ne voudrait pas d’immixtions extérieures concernant le cas de Tidjane Thiam. En atteste son agacement lorsque Nicolas Sarkozy son ami de plus de trente ans avait évoqué la situation électorale de l’ancien patron du Crédit suisse.

Mais Tidjane Thiam s’active également dans son pays et, particulièrement à l’intérieur de son parti, pour tenter de contrecarrer la procédure visant l’invalidation de son élection à la présidence du PDCI. En effet, Valérie Yapo, une militante qui occupe le poste de déléguée communale d’Adzopé, à 104 km d’Abidjan, a porté plainte contre Tidjane Thiam pour sa double nationalité au moment de prendre la tête du parti. La loi n’étant pas rétroactive, elle a demandé au tribunal de le suspendre et de mettre le parti sous administration provisoire.

Le PDCI crie à la manipulation

Face à cette requête, le PDCI crie à la manipulation. Tous les organes du parti ont à cet effet multiplié des déclarations de soutien à Tidjane Thiam qui assure bénéficier de plus de 90% de soutien en interne. Mais ce procès représente une réelle menace pour le président du PDCI à quelques jours de la tenue du bureau politique chargé de choisir la date de la convention qui, elle, doit désigner le candidat du parti à l’élection présidentielle.

D’autant que son rival, Jean-Louis Billon, député du PDCI et homme d’affaires réputé est également candidat à ladite convention. Et selon toute vraisemblance, une chute « judiciaire » de Tidjane Thiam lui profiterait. Pour éviter une telle issue, la direction tente de politiser le procès. Une telle stratégie permet de mettre la pression sur les juges. D’ailleurs le jour du procès, un groupe de députés PDCI, écharpe de députés en évidence, ont tenté de rallier à la marche le palais de justice d’Abidjan où se tenait à huis-clos l’audience. Bloqués par la police, ils ont dénoncé une atteinte grave à la démocratie avant de remercier la centaine de militants venus soutenir les avocats du parti.

La décision du tribunal est attendue pour le vendredi 11 avril prochain. En attendant, le PDCI est dans l’expectative. Officiellement, la réunion du bureau politique est maintenue au 5 avril. Mais il y a quelques jours, la direction avait choisi d’avancer au 3 avril. Signe d’une certaine panique.