
La récente visite à Bangui du président portugais Marcelo Rebelo de Sousa a mis au grand jour une réalité dérangeante que la présidence centrafricaine peine désormais à masquer : Faustin-Archange Touadéra n’est plus maître de ses décisions. Pire encore, il apparaît comme l’otage docile de ses “protecteurs” de la milice russe Wagner, devenue la véritable autorité de fait dans la capitale centrafricaine.
Officiellement, la visite du chef d’État portugais, les 24 et 25 février, devait être une étape de courtoisie diplomatique centrée sur la coopération bilatérale et la présence du contingent portugais au sein de la Minusca. Mais derrière les sourires contraints et les poignées de main convenues, la tension fut palpable. En cause : le sort de Joseph Figueira Martin, chercheur belgo-portugais arrêté en 2024 à Zémio par les mercenaires de Wagner alors qu’il travaillait pour l’ONG américaine FHI360. Depuis, il croupit dans les geôles du camp de Roux, victime d’un procès expéditif soldé par dix ans de travaux forcés pour des accusations improbables d’atteinte à la sécurité de l’État.
Lisbonne, convaincue d’avoir obtenu l’accord personnel de Touadéra pour sa libération, avait même dépêché un avion pour rapatrier son ressortissant. Mais à la dernière minute, les Russes ont opposé une fin de non-recevoir. L’ordre venait d’ailleurs , et non du palais de la Renaissance. Un camouflet humiliant pour le président centrafricain réduit au rôle de figurant dans son propre pays.
Menaces de mesures de rétorsion
Furieux, Marcelo Rebelo de Sousa aurait menacé son homologue centrafricain de mesures de rétorsion : retrait du contingent portugais de la Minusca, gel de la coopération bilatérale et pression sur Bruxelles pour enclencher des sanctions ciblées contre le régime. Il a quitté Bangui précipitamment, boudant le dîner officiel prévu en son honneur.
Cette séquence révèle une vérité que nul ne peut plus ignorer à Bangui comme à l’étranger : la souveraineté centrafricaine n’est plus qu’un slogan creux. Faustin-Archange Touadéra, jadis présenté comme un président habile et consensuel, n’est plus qu’un pantin suspendu aux fils de Moscou. Tandis que les mercenaires russes dictent la politique sécuritaire du pays, contrôlent ses ressources minières et verrouillent jusqu’aux cellules de ses prisons, le chef de l’État n’assume plus que la mise en scène.
La visite manquée du président portugais aura eu au moins un mérite : celui de rappeler, preuves à l’appui, que le pouvoir à Bangui ne se trouve plus au palais présidentiel mais bien dans les casernes de Wagner.




























