Site icon Mondafrique

A l’ONU, la Côte d’Ivoire sous l’influence de la Chine

Un vote au Conseil de sécurité des Nations Unies sur la Syrie le mois dernier a apporté une nouvelle preuve que la Chine se sert de son influence grandissante pour réduire le rôle de l’ONU dans le domaine de la protection des droits humains, dans ce cas avec l’aide de la Côte d’Ivoire.

Le 19 mars, l’abstention de trois pays africains siégeant au Conseil de sécurité — la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie et la Guinée équatoriale — a permis à la Russie et à la Chine d’empêcher la tenue d’une réunion officielle de briefing sur la situation désastreuse en matière de droits humains en Syrie. Cet exposé de la situation par le Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad al-Hussein, aurait permis de décrire en détail la détresse des civils pris au piège dans des zones comme la Ghouta orientale, le quartier de Damas assiégé que l’alliance militaire syro-russe soumet fréquemment à des attaques menées sans discernement.

L’abstention de la Côte d’Ivoire a été surprenante car Alassane Ouattara a lui-même déclaré en octobre 2016 que « le Conseil de sécurité des Nations Unies doit être principalement l’organe au sein duquel les décisions courageuses doivent être prises, pour éviter à nos peuples et à nos Etats, les conflits et les guerres, avec leurs lots de détresses et de souffrances. »

Pourquoi la Côte d’Ivoire n’a-t-elle pas voulu entendre le compte-rendu de Zeid Ra’ad al-Hussein sur les abus dont souffrent maintenant les Syriens? Les membres du Conseil de sécurité qui l’avaient invité à New York, dont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, ont affirmé que la Côte d’Ivoire avait initialement promis qu’elle soutiendrait la tenue de ce briefing officiel. Mais plusieurs diplomates bien informés nous ont affirmé que la Côte d’Ivoire a été amenée à changer d’avis à la suite d’une intervention diplomatique de haut niveau et agressive de la part de la Chine, qui a investi puissamment dans des projets d’infrastructure ivoiriens.

La Chine devient de plus en plus agressive dans ses tentatives de réduire l’espace réservé au dialogue sur les questions relatives aux droits humains aux Nations Unies, tant au Conseil de sécurité qu’au sein d’entités dédiées spécialement aux droits humains comme le Conseil des droits de l’homme.

Les dirigeants africains comme le président Ouattara, qui se disent attachés aux institutions internationales protégeant les droits humains, et qui ont vu personnellement comment des actions de l’ONU peuvent sauver des vies, ne devraient pas transiger sur leurs valeurs sous la pression d’une superpuissance.

par Mausi Segun, directrice de la division Afrique de Human Right Watch.

Quitter la version mobile